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1 au 29 février 2004.

 

Dimanche, 1er février  Black point                                                        

 Départ, à regret, de Little Pipe Cay, doux souvenir d’un passage hors du temps.  Nous filons vers Black Point, nous avons deux heures de navigation à faire.  Il est important de bien calculer notre marée car la sortie de Little Pipe Cay doit se faire à marée haute; nous avons besoin de 6 pieds d’eau pour le passage des trois voiliers.  Donc le départ est fixé à 13 :30h. soit trois heures après la marée basse car nous devons passer à un endroit sur la carte où il y a 5 pieds d’eau seulement à marée basse.  L’Aquarel prend la tête et indique les profondeurs au passage des points critiques.  On suit scrupuleusement le couloir de la sortie car si on déroge c’est l’échouage assuré.  La proximité des îles est toujours délicate et nous devons en tenir compte. 

Arrivée à Black Point, l’ancrage se fait sur une seule ancre car l’espace est grand.  Nous descendons à terre pour une corvée d’eau et nous décidons de se rendre au resto Lorraine’s Café car aujourd’hui elle annonce un buffet à 13$ avec le Super Bowl en prime sur son écran télé.  Nous avons ainsi rejoint les rangs de trois autres équipages américains pour cette soirée;  12 personnes c’est un peu moins que chez La cage aux Sports mais il faut croire que même dans les îles perdues, cela est connu.  Mais à la demie, tous tombaient de sommeil et ont repris le chemin des voiliers. 

 

Lundi, 2 février  Galliot Cut                                                                     

Aujourd’hui, nous allons chercher les pains commandés hier chez Lorraine’s Café; un pain au coconut et un autre au blé entier.  C’est parfait car ce matin nous avons fini notre pain maison.  Robert revient donc avec ses deux pains tout chauds ( 3,50$ us chacun) et en passant, il s’est acheté un chapeau de paille pour 5$.  On aide l’économie de cette petite île.   

Nous partons ce matin vers Galliot Cut;  nous avons un soleil qui dès 10 heures nous chauffe sérieusement, gare aux intrépides sans crème.  La mer est turquoise, ça vous le savez, un vent de 10 nœuds nous accompagne.  Mon banc de dauphins est bien utilisé et installé à la proue du voilier, je me gave de ces paysages pittoresques sans relâche et j’imprime en ma mémoire les sensations de bien-être que me procure cette liberté, cette chaleur et ce vent caressant. 

 

 

L’ancrage se fait  en après-midi et nous laisse amplement le temps de se baigner.  C’est la première fois que les trois voiliers Aquarel, Images et Soliton se retrouvent seuls dans un ancrage face à des îles désertes.  Les capitaines font un nouvel essai pour la pêche mais à vrai dire, ils jugent que c’est plutôt de la chasse.  Il ne faut pas trop traîner car ce soir c’est un souper communautaire sur Images.  Louise prépare les conchs frits et le pain à l’ail maison, Susanne, le riz genre rizotto et les rhums coconut et pour ma part c’est la salade wardorf avec poires, les pommes manquant, ainsi que  la tarte au citron garnie de crème fouettée, la meringue ne voulant pas montée en neige.   C’est devenu notre quotidien d’adapter nos recettes selon les caprices de nos provisions ou de nos accessoires culinaires. 

 

Mardi, 3 février    George Town                                                                     

 

Jour 1.  Le réveille-matin a sonné à 6 heures.  On a perdu cette habitude mais ce matin nous devons nous lever tôt car la journée de navigation sera plus longue.  Nous partons vers George Town où nous passerons au moins un mois.

Dès sept heures, les ancres sont levées et nous nous engageons dans le Galliot Cut.  C’est une passe qui nous permet de traverser du côté est des îles.  Les Exumas s’étirent sur une distance d’environ 95 milles nautiques      et elles sont orientées du nord-ouest au sud–est.  Quand nous naviguons du côté ouest nous sommes sur le Exuma Bank avec des profondeurs de 3 à 6 mètres et quand nous naviguons du côté est,  nous sommes sur le Exuma Sound  avec des profondeurs de 500 mètres et plus.  Quand nous traversons un cut, les vagues sont plus grosses car les eaux se pressent dans la même entrée; après le passage, la mer se rétablit.  

Il est possible de faire des « phones patchs » grâce à nos fidèles radio-amateurs du réseau du capitaine ou du réseau des petits bateaux et ce matin c’est Gerry qui a permis un contact;  en ondes avec moi, il téléphone à Jean-Sébastien, mon fils, le réveille évidemment, et me met en ligne avec lui.  Ainsi je peux lui souhaiter un bon anniversaire de vive voix et avoir une courte conversation pour notre plus grand plaisir.  

10 :45h.  Jocelyne prend un bain de soleil dans le cockpit et Robert supervise le pilote automatique et fait le point sur sa carte quand tout à coup la ligne à pêche retentit nous signalant une bonne prise.  Depuis le départ Robert avait installé sa ligne à la traîne à l’arrière du bateau.  Branle-bas de combat mon fier capitaine commence à entrer sa ligne doucement alors que j’avertis les copains que nous allons ralentir.  Appareil photo en main, un peu de rhum dans un verre, le livre sur les poissons tout près,  je suis à l’affût de cette prise.   Robert réussit à rapprocher son poisson du voilier et avec son crochet le monte à bord.  C’est un barracuda de 32 pouces de long, photo à l’appui, qu’on calme avec un peu de rhum dans les ouies ( j’espère qu’il a apprécié mon rhum coconut ) et que  malheureusement on doit rejeter à la mer car il n’est pas comestible;  ce poisson est coupable de nombreuses intoxications alimentaires chez l’humain.  Stimulé par cette première prise mon brave capitaine remet sa ligne à l’eau. 

 

 

L’approche se fait tout doucement et sous l’œil vigilent de l’équipage,  l’Aquarel fait son entrée à George Town.  Des centaines de bateaux se retrouvent dans les ancrages de George Town;  certains y passent quelques semaines, d’autres y passent l’hiver.  Les activités y sont nombreuses et l’approvisionnement est plus facile.

 

Jour 2.     4 février

De bon matin, nous sommes prêts pour une première exploration de George Town.  En quinze minutes, nous y sommes en dinghy; à l’arrivée, nous passons sous un  pont étroit et nous voilà au quai des dinghys.  Le robinet d’eau potable est directement au quai, nous emplissons notre douche.  C’est une ville d’environ 600 habitants; sur la rue principale, il y a de l’activité.  En sortant du quai, nous trouvons  Exuma Maket où nous avons fait envoyer une pièce venant de Californie pour notre désalinisateur.  Elle y est, nous sommes ravis.  Exuma Market est un peu la centrale de la ville.  C’est une grande épicerie climatisée qui est alimentée grâce aux MailBoat qui viennent à chaque semaine.  Le mardi, c’est un arrivage de fruits et de légumes frais; c’est le temps de s’approvisionner.  Nous pouvons trouver lait, jus, œufs, pain, cannages, aliments secs, viandes congelées, quelques fromages et grignottines.  Tout est très cher; on se contente des produits frais car des réserves, on en a.  Quelques pas plus loin, une minivan toute neuve, l’inscription dessus :  Mom’s Bakery.  C’est une gentille dame qui vient vendre son pain fait maison et ses pâtisseries aux deux jours.  Elle est accueillante et fort joviale.  Quand tu achètes son pain, elle t’embrasse chaleureusement. 

 

 

Notre visite nous amène à découvrir un petit Straw Market et quelques boutiques de vêtements du Sud, un magasin de pièces pour bateaux, la buanderie, un coiffeur, des « Liquor Store », une mini bibliothèque. 

De retour au bateau, mon capitaine en profite pour faire des travaux et déclare qu’en après-midi, ce n’est pas une bonne idée de travailler;  il fait beaucoup trop chaud.  Je crois qu’il commence à prendre le rythme bahamien. 

 

Jour 3.     5 février

Nous subissons depuis hier soir des vents de 15 à 25 nœuds.  Le sommeil est un peu plus difficile mais nous étions en sécurité.  Nous n’avons pas bougé de notre point d’ancrage.  Quand il y a de grands vents, Robert met l’alarme sur le GPS qui sonne si l’Aquarel change de position.  Comme ici les marées sont peu fortes, nous avons tous pointé l’étrave dans le vent toute la nuit et face à Stocking Island, nous étions protégés des vagues.  On nous annonce ces vents pour plusieurs jours, heureusement que nous sommes rendus car nous attendons Nicolas lundi prochain. 

Aujourd’hui journée de travaux sur le bateau.  De toutes façons, impossible de sortir du voilier par un temps pareil.  Robert s’attaque en avant-midi à son désalinisateur et je dois réparer notre petit drapeau québécois qui commence à s’effilocher sérieusement.  Il a bravé tous les vents depuis notre départ et donne des signes de fatigue.  Je mets à date mon journal de bord et travaille au classement des photos.  En fin de journée nous sommes invités pour un apéro et un souper sur Images.

 

Jour 4.     6 février

De bon matin, nous avons prévu se rendre à terre.  C’est la journée lavage et nos capitaines vont commander des cartes sur Internet.  Au moment où je monte sur le quai des dinghys, je rencontre des québécois du bateau Le Nôtre, Roger et Isabelle et c’est toute une surprise puisque Isabelle a enseigné dans la même école que moi et on s’était perdu de vue depuis vingt-cinq ans.  Et voilà qu’on se retrouve aux Bahamas sur nos voiliers.  Nous étions enchantées de se revoir et nous nous promettons des soirées de détente ensemble, nous avons tant de choses à se raconter. 

À George Town, il faut dire que toute une vie sociale s’organise.  Il y a  plusieurs plages dont Hamburger Beach, Volleyball Beach dont le nom annonce la vocation.  Il y a des parties de pétanques, des cours de yoga, de l’aquarelle, des créations de bijoux, des ateliers sur la pêche etc.

Les activités de manquent pas.  Le matin à la VHF, à 8 :10h , c’est la météo locale et c’est suivi de toutes les annonces pour la journée.  Ce n’est pas étonnant que plusieurs plaisanciers passent plusieurs mois ici. 

 

Jour 5.     7 février

Journée de répit, le vent s’est calmé.  Je décide de participer à un cours de yoga sur la plage avec mes copines.  Sur le sable chaud, dans un calme apaisant, cette séance de yoga est très agréable.  C’est une belle détente et un moment de réflexion intimiste.  Elise donne ce cours avec générosité.

L’après-midi est consacré à une longue promenade sur la plage à la recherche de coquillages.  Impressionnant ce que la nature crée et offre à nos yeux quand on se donne la peine de regarder.  Une découverte et une interrogation, une recherche et une compensation, chaque instant devient moment de bien-être loin de tous les soucis.  Chaque marée permet d’espérer trouver le coquillage recherché car chaque marée renouvelle ce rivage tant sillonné.  Il s’agit que notre regard se pose un instant et notre patience peut être récompensée. 

 

Jour 6.     8 février

Le vent a repris ses droits.  Un autre front froid;  la radio du capitaine nous dit que c’est le dernier, après, le beau temps avec les alizés.  Nous verrons; pour le moment nous profitons de cette journée pour préparer le bateau, la visite arrive demain.  Robert travaille à nouveau avec Guy sur le désalinisateur et cette fois cela fonctionne.  C’est la joie.  Nous serons plus autonomes pour l’eau douce;  il fallait bien que ce système finisse par fonctionner après tous ces efforts.  Pendant ce temps Louise vient m’aider à faire ma couleur; nous resterons dans le cockpit, quand les capitaines envahissent le carré, vaut mieux être ailleurs. 

L’après-midi passe très vite.  Nous réussissons à rendre la cabine arrière  accueillante en déplaçant des choses encore et encore.  Le soir venu, le vent ne démord toujours pas et entraîne l’Aquarel dans un pas de deux inlassable.

Peu de vagues mais le vent dans les haubans se fait entendre en s’imposant à nous et dans la virée, il nous arrache encore quelques heures de sommeil. 

 

Jour 7.     9 février

Ce matin, les derniers préparatifs avant l’arrivée de notre invité.  Je veux cuisiner gâteau et muffins pour assouvir les appétits.  Nous voilà enfin prêts pour aller chercher Nicolas à terre.  La balade en dinghy de 20 minutes nous donnera une bonne douche d’eau salée.  Alors comment arriver à terre dans un état présentable.  C’est un cas de pantalon et imperméable.  Ici à George Town, les gens ont développé une technique pour se sauver de l’eau salée.  Ils restent debout en se tenant aux amarres avant du dinghy et là le jeu du rodéo commence.  Il s’agit de garder son équilibre dans les mouvements du dinghy et surtout de ne pas tomber à l’eau.  Assez amusant!

 

 

Le taxi arrive de l’aéroport et Nicolas est là, tout heureux de se retrouver aux Bahamas.  Retour au bateau et le premier souci, assouvir sa faim car dans ses vols, les repas étaient plutôt légers.  L’installation de notre invité est vite faite et le souper servi, déjà les yeux clignotent.

 

Jour 8.     10 février.

Pour Robert et Nicolas, la journée commence par un petit tour en ville.  On a besoin de faire le plein des réservoirs portatifs de diesel.  Robert aime bien garder son plein maximum de diesel, à chaque fois qu’il en a chance.  Cela prendra l’avant-midi.  Pendant ce temps je cuisine car ce soir c’est un 5 à 7 avec les copains sur Aquarel.  En après-midi, nous profitons de la plage et une longue marche nous permet de voir une raie et des étoiles de mer en quantité. 

 

 

Le sable fin nous accueille et c’est un vrai plaisir de marcher pieds nus.  Au 5 à 7, Guy et Robert, avec leur conch respectif, font leur première salutation au soleil.   Ils soufflent dans le conch pendant les deux ou trois minutes du coucher du soleil.  Des capitaines sur d’autres bateaux répondent aussi à cet appel.

 

 

Jour 9.     11 février

Rendez-vous à la Hamburger Beach pour une conférence donnée gracieusement par un capitaine qui a déjà fait le voyage jusqu’à Trinidad.   Cela fait partie des activités offertes à George Town sur le net le matin.  Cette conférence est intéressante et fort appréciée de tous les participants, au moins une vingtaine de personnes qui glanent plusieurs renseignements fort utiles pour une navigation dans ce coin. 

C’est très amusant de voir le rassemblement des dinghys  côte à côte sur la plage ou au quai.  Puisque nous y sommes, nous prenons notre dîner sur place avant de partir à la recherche de coraux afin de faire de la plongée.  Nous trouvons un endroit qui semble prometteur et les ancres des dinghys à l’eau, les équipages de Soliton, Images et Aquarel se retrouvent au pays de Neptune pour admirer un coin de coraux et ses habitants, petits poissons multicolores. 

 

Jour 10.     12 février.

Ce matin l’Aquarel se prépare à une petite expédition de 22 milles nautiques qui nous amènera à Rat Cay un peu plus au nord.  Nous voulons faire un peu de voile avec Nicolas et dans cette direction , nous pouvons lever les voiles et garder notre moteur silencieux.  Quel plaisir pour tout l’équipage !  

Le vent arrière, de 10 à 15 nœuds,  nous pousse et nous permet de voguer sur génois uniquement.  Quatre heures de belle voile nous ont permis d’admirer la mer à perte de vue à tribord et bordée d’îles à bâbord. 

À l’arrivée nous devons traverser le « Cut » peu large mais d’une bonne profondeur.  Les eaux changent de couleur très vite mais un arc plus foncé nous indique le canal plus creux qui contourne l’île et nous conduit à l’ancrage.  Le capitaine et le matelot ont le temps de faire une plongée pendant que l’amirale se prélasse sur la plage sous son parasol.  Une dizaine de bateaux sont ancrés pour la nuit.  La soirée douce nous procure le temps idéal pour observer les étoiles.  Nous repérons Orion, Cassiopée, La Grande Ours avec la carte des étoiles. 

 

Jour 11.  13 février.

Départ par le Bank.  vers Lee Stocking Island, encore un peu plus au nord.  Nous partons vers 11 heures car on doit tenir compte de la marée;  nous avons besoin de la marée haute pour certains passages qui indiquent sur la carte 1.5 mètre à marée basse. Comme notre tirant d’eau est de 4,8 pieds,  ces passages sont délicats et doivent être bien négociés.  C’est encore une magnifique journée.

Une heure et demie plus tard, nous arrivons à notre nouvel ancrage.  Nous avons la chance de prendre un des trois moorings offerts par le centre de recherche sur la faune marine installé ici.  Nous passons l’après-midi à faire de la plongée pour finalement descendre sur une petite île déserte qui avec  ses palmiers nous donne l’impression d’être en Polynésie.  Sa longue plage dans l’eau agrémente notre baignade.  L’eau est tellement claire que nous avons la chance d’admirer plusieurs étoiles de mer et une raie qui va son chemin nonchalamment.

 

 

 

La salutation au soleil de mon capitaine fait duo celle du capitaine de Varuna et je dois dire que ce coucher de soleil est particulièrement majestueux.

 

 

Jour 12.    14 février 

C’est la St-Valentin.

Il est prévu aujourd’hui une visite au centre de recherche.  Nous apprenons entre autres choses que les conchs prennent de trois à cinq ans pour arriver à leur maturité et que les langoustes changent de carapace au cours de leur existence à mesure qu’elles grandissent; à ces moments,  elles sont très vulnérables et se cachent dans les herbages.   Ce centre analyse aussi la relation des poissons avec les coraux dans l’évolution des deux espèces. 

                 www.cmrc.org

 

L’après-midi est consacré au nettoyage de la ligne de flottaison.  Grâce aux poignées à suces, Robert et Nicolas peuvent se retenir à la coque et frotter avec des grattoirs à neige l’accumulation de petits coraux.  Hé oui les grattoirs à neige ont une nouvelle vocation sur notre voilier :  enlever les coraux sur la ligne de flottaison.

Ce soir la salutation au soleil se fait en duo car Nicolas a déniché un conch.  Le carré s’est paré pour la St-Valentin de petits cœurs  au mur, de napperons rouges, et des serviettes de table assorties.  Ce soir au menu des vols-au vent au poulet.

 

Jour 13.     15 février

Retour à George Town.  Nous avons des vents du sud-est de 12 à 20 vents, nous naviguons au près avec toute la voilure.  Nous sommes enchantés;   bien entendu le soleil est de la partie et l’eau cristalline est éblouissante.  Nous décidons de laisser la ligne à la traîne et surprise quelques milles plus tard, la ligne nous fait entendre un son non-équivoque, elle se déroule.  Nous nous préparons à la ramener doucement.  L’excitation est à son comble, nous espérons avoir pêché notre souper.  Mais voilà un barracuda qui se pointe et qu’on doit rejeter à l’eau à notre grande déception.  Mais mon brave capitaine ne perd pas confiance et remet sa ligne à l’eau.

Le temps d’un léger repas et voilà encore le signal d’une pêche.  Nous espérons cette fois-ci le poisson comestible mais non, encore un barracuda.  Décidément, on devra patienter pour le repas de poisson frais, 

Robert décide d’ajuster la tension des haubans avec l’aide de Nicolas.  Les harnais en place, attachés à la ligne de vie ( j’y veille ), ils vont tous les deux sur le pont accomplir ce petit travail. 

 

 

Finalement il ne reste qu’à profiter du banc des dauphins pour se payer un moment de solitude et de communion avec la mer. 

Un appel d’Images et de Soliton nous confirme que nous sommes attendus pour un apéro de retrouvailles. 

 

Jour 14.     16 février

À neuf heures, nous nous sommes donnés rendez-vous pour une randonnée au monument qui nous mènera en haut de la colline.  Il fait très chaud sur l’île et la montée nous donne des sueurs.  Mais cela en vaut la peine car le panorama est magnifique.  Nous avons une vue d’ensemble sur tous les ancrages de George Town. 

 

 

Nous pouvons très bien voir les différentes profondeurs par les tons de vert émeraude et de bleu qui nous entourent.  Nous redescendons avec le plaisir de passer le reste de l’avant-midi à patauger dans la mer et à observer les étoiles de mer.  La faim nous ramène à notre voilier et l’après-midi est consacré pour nos capitaines à la plongée.  Louise et moi partons du côté mer ramasser des coquillages et flâner sur la plage.

La journée passe tellement vite que la faim nous ramène à nouveau pour le souper.  Cette fois sur l’Aquarel le menu doit changer;  j’avais prévu une fondue fromage mais nous n’avons pas trouvé de pain croûté aujourd’hui.  Alors Suzanne qui a fait de la pâte nous en offre pour faire une quiche.  C’est un régal. 

Je veux ce soir mettre mon journal de bord à date que je vais envoyer à mon webmestre sur CD grâce à l’entremise de Nicolas qui le postera de Montréal. 

Ici à George Town, l’accès à internet coûte 30$ de l’heure.  Alors on essaie d’éviter d’y aller.

 

 

Mardi, 17 février   Toujours à George Town                                                                                                                                                                                                                                                      

Ce matin, Nicolas doit se préparer à reprendre l’avion qui le ramènera dans son pays de neige.  Vous le connaissez sans doute ce pays.  Nous repartons en dinghy pour se rendre sur le quai près d’Exumas Market.  C’est le rendez-vous central et les taxis prennent leurs voyageurs à cet endroit.  Nous avons réussi à négocier son prix à 20$ car il est seul dans son taxi. 

Nous voulons en profiter pour faire le plein d’eau de notre réservoir portable et de notre douche et surprise, il n’y a pas d’eau aujourd’hui au robinet du quai.  Nous devrons nous en passer.  De plus il manque d’électricité, donc internet ne fonctionne pas et les banques sont fermées.  Le rythme de ces îles s’impose et contre mauvaise fortune, bon cœur; nous reviendrons un autre jour.  C’est pourquoi il est toujours prudent de ne pas attendre à la dernière minute. 

Nous finirons cette journée par un apéro avec les copains sur Aquarel. 

 

Mercredi, 18 février                                                                                                                                                                                     

Au lever ce matin, à la radio du capitaine, on nous confirme l’arrivée éminente d’un front froid.  À peine une heure après, de gros nuages gris nous foncent dessus et une pluie abondante tombe pendant une bonne heure.  Nous en profitons pour récolter cette eau douce avec des seaux et des serviettes déposées sur le bord du bateau et tordues dans les seaux dès détrempées.  C’est le temps de dessaler les coussins, le cockpit, les plastiques du doguer, le plancher du carré et de prendre une bonne douche avec cette eau douce, cadeau du ciel. 

9 : 30 la pluie cesse, le soleil apparaît et les vents, installés au nord, nous rejoignent déjà.  Ils prennent rapidement de la force et nos anémomètres nous indiquent bientôt des vents de 20, 25, 30 nœuds jusqu’au soir.  Certains auraient vu jusqu’à 40 nœuds. 

Tous les capitaines sont aux aguets sur leur voilier et justement un voilier devant nous se retrouve un peu trop près et cela nous inquiète.  C’est que le vent fait en sorte que tous les voiliers étirent leur chaîne au maximum et ce capitaine nous avertit qu’il a 125 pieds de chaîne.  Évaluant la situation, Robert décide de rajouter à notre 100 pieds de chaîne, 40 pieds d’amarre et déjà l’Aquarel se démarque du sillage de ce voilier et tout indique que la situation est plus sécuritaire.  Sur les 80 bateaux qui nous entourent, aucun, de la journée et de la nuit ne chassera.  Tous les ancrages ont tenu bon et au petit matin, le vent passant à l’est,  le calme est revenu. 

 

Jeudi, 19 février                                                                        

 

Ce matin, c’est la journée de remise en ordre.  Je dois retourner des livres et des disquettes sur Soliton.  Nous allons faire un tour et nous en profitons pour discuter de notre parcours à Lee Stocking Island, des points GPS et des ancrages, car ils veulent faire cette expédition avec leurs visiteurs.  Puis nous continuons sur Images où nous allons échanger des films et des informations.  Une petite bouchée chez l’un et chez l’autre;  il est déjà 14 :30h.  Nous devons retourner sur Soliton pour remettre un CD en passant.  Nous sommes invités sur Images pour l’apéro, vite nous retournons sur Aquarel.  Robert a un peu de temps pour nettoyer son arche et je me concentre à mon journal de bord.  Voilà une autre journée envolée.   

 

Vendredi, 20 février                                                                            

 

De bon matin, c’est l’expédition à la buanderie et à Exumas market pour l’épicerie.   À chaque fois que nous allons à terre nous rencontrons d’autres québécois et nous récoltons différentes informations sur des endroits à visiter, des produits à trouver, du rhum à meilleur prix. 

Voici la recette de deux boissons locales :

Le BAHAMA MAMA.

1 once de Gold Rhum

1½ once de Coconut Rhum

2 onces de jus d’ananas

½ once de Grenadine

 

Bien mélanger avec de la glace et servir dans un grand verre.  Garnir avec une cerise et une tranche de citron.

 

Le MANGO MADNESS

2 onces de Mango Rhum

1 once de Gold Rhum

3 à 4  morceaux de mangue cannée dans leur sirop

½ once de sirop de la mangue

 

Placer dans le mélangeur avec deux tasses de glace concassée.

Mélanger à la plus haute vitesse jusqu’à ce que le tout soit onctueux.

Garnir avec des fruits frais.

Le Mango Rhum est aussi délicieux avec du jus d’ananas ou d’orange et de la glace. 

Ce soir un spécial nous allons voir Isabelle et Roger sur Le Nôtre pour l’apéro.  C’est un vrai plaisir de se retrouver et de partager nos souvenirs des vingt-cinq dernières années car Isabelle et moi avons enseigné ensemble.

 

Samedi, 21 février                                                                                    

 

Ce matin nous mijotons un petit souper genre québécois.  Une pièce de bœuf et des légumes vont cuire plusieurs heures pendant la journée.  Soliton attend des invités de Québec. C’est la journée parfaite pour ce genre de cuisson puisque cette journée est nuageuse et plus fraîche.   Nous offrons à Suzanne et Gérard d’entreposer sur Aquarel certaines provisions pour leur permettre d’avoir plus d’espace pour vivre à quatre sur Soliton. 

Après quelques heures de lecture et nous invitons Guy et Louise à partager notre souper.  Une partie de cartes vient clore cette journée qui s’enfuit à grands pas. 

 

Dimanche, 22 février                                                                             

 

Journée de plongée.  Les capitaines de deux autres bateaux sont venus nous montrer leurs belles prises de langoustes, 9 en tout.  Ils étaient super fiers et pour cause car il faut plonger à plus de 15 pieds pour les trouver et de plus, elles se cachent dans les trous des coraux.  Il n’en fallait pas plus pour stimuler nos capitaines à partir en expédition.  Les trois dinghys avec équipage complet partent donc pour une randonnée d’une demi-heure qui nous mènera à l’île indiquée. 

 

 

Aussitôt arrivés, nous plongeons tous avec l’espoir d’un bon souper aux langoustes.  Malheureusement quinze minutes plus tard, Robert et Guy nous rappellent aux dinghys.  En plongeant Guy a vu un requin qui dormait et on a décidé qu’il vaudrait mieux ne pas le déranger.  Dommage !  Adieu langoustes pour aujourd’hui, la prudence est de mise.  Il ne sait pas quelle sorte de requin car il n’a pas insisté pour lui demander son nom.  Nous allons faire de la plongée sur le chemin du retour pour admirer de jolis poissons tropicaux et la journée se termine avec un merveilleux coucher de soleil durant l’apéro sur Soliton. 

 

Lundi, 23 février                                                                                             

 

C’est au tour d’Images d’attendre une invitée, Annie leur fille arrive en fin d’après-midi.  La journée est magnifique et ce matin, Robert fait un tour en ville pour différentes commissions.  Nous allons chercher de l’eau au quai.  Plusieurs se demanderont pourquoi aller chercher cette eau si nous avons un dessalinisateur.  Voilà, c’est que nous ne voulons pas traiter l’eau de l’ancrage

et la mettre dans nos réservoirs.  Nous sommes nombreux et comme les eaux usées sont rejetées à la mer, nous faisons fonctionner notre dessalinisateur quand nous sommes en navigation de préférence.  Pour le moment nous utilisons l’eau déjà dans les réservoirs pour la cuisson et pour boire; nous utilisons l’eau de la ville pour nos douches extérieures et la vaisselle.  Nous avons trouvé un moyen de rapporter plus d’eau au bateau en utilisant les poches de nos vigniers vides;  il est possible d’enlever le bouchon et de le remettre après le remplissage.  Le système D fonctionne aussi sur un  bateau.

Nous recevons Roger et Isabelle sur Aquarel avec grand plaisir et tout en jasant Robert fait voir à Roger le fonctionnement du Pactor qui nous permet de recevoir des courriels sur le bateau.  Nous apprenons à ce moment que Lise, ma petite sœur du nord (appellation donnée depuis que je vogue vers le sud), sera avec nous dans deux jours.  C’est une nouvelle extraordinaire;  je la soupçonne d’en avoir marre avec l’hiver.

 

Mardi, 24 février                                                                                                                                                             

 

Ce matin, le réveil se fait très tôt.  Je décide que c’est le matin où je dois me servir du dinghy toute seule.  Je fais la balade pour me rendre chez Soliton.  C’est réussi; je veux leur annoncer la bonne nouvelle.   Puis nous décidons de sortir en mer;  nous devons remplir un peu le réservoir d’eau potable.  Ce sera dons une sortie moteur-voile.  De retour cet après-midi, je dois préparer pour la première fois du plantain; je veux le servir en apéro avec du surimi et un avocat.

 

Finalement c’est délicieux.  Nous coupons le plantain en fines lamelles et nous le faisons frire dans l’huile.  Nous le servons comme des croustilles.  Hum!  Belle nouveauté!  Si le plantain est très mûr, nous pouvons le faire cuire dans un poëlon avec du beurre et le servir au déjeuner.  Nous sommes neuf sur Aquarel pour l’apéro car Soliton  et Images ont des invités.  La salutation au soleil est de mise pour clore cette autre journée magnifique.

 

Mercredi, le 25 février                                                                                

 

Nous attendons ma sœur, Lise, en fin d’après-midi.  Nous en sommes aux derniers préparatifs.  Nous allons en ville pour une épicerie et un remplissage d’eau.  La journée est ensoleillée; nous sommes très heureux et nous profitons de l’occasion pour dîner aux Two Turtles sur la terrasse.  Nous nous rendons à Exumas Market à trois heures et nous attendons fébrilement le taxi.  À quatre heures, nous nous posons des questions car elle n’arrive pas. En s’informant au bureau du tourisme, on nous apprend que son vol est d’abord retardé à Miami pour cause d’une violente tempête de vent et de pluie et que par la suite, il est impossible de décoller car ce retard empêche l’avion d’atterrir à George Town à la noirceur, l’aéroport n’ayant pas de lumière.   

Nous recevons un courriel qui nous indique qu’un vol arrivera demain matin à 8 :30h avec tous ces passagers retardés à Miami.

Nous décidons d’aller s’ancrer devant la ville afin d’être plus près du dinghy dock.

 

Jeudi, le 26 février                                                                                       

 

Lise arrive enfin avec plein de péripéties à nous raconter.  Nous sommes très heureux de la recevoir.  Il fallait bien sortir du Québec où les tempêtes de neige se sont succédées ces dernières semaines pour être retenue au sol à Miami par une tempête de vent et de pluie.  Elle a dû dormir à l’hôtel et reprendre un vol le lendemain matin pour nous rejoindre. 

Nous devons lui faire goûter un tour de dinghy dans ces vents qui se sont élevés;  elle connaît alors ce que veut dire : c’est salé, c’est collant, c’est humide et on aime ça car une vague s’est sournoisement invitée dans le dinghy.  Mais heureusement, elle ne voit que l’eau turquoise et la beauté de la baie d’ancrage.

Maintenant qu’elle est bien installée, nous retournons notre ancrage devant le monument car nous avons prévu un dîner sur un feu de bois à la plage avec les copains. 

Puis une promenade nous amène de l’autre côté de l’île, côté mer, où nous ramassons des coquillages le reste de l’après-midi.   Face à la mer nous attend le spectacle de la plage de sable, des rochers qui sillonnent de la rive à la mer et des vagues qui viennent y mourir.  Notre cueillette est fructueuse et nous revenons au bateau. 

L’apéro, sur Images est très animé; c’est avec plaisir que nous partager cette fin de journée.  À dix personnes confortablement installées, c’est un moment de rire et de complicité. 

 

Vendredi, 27 février                                                                                        

 

Expédition dans les sentiers de Stocking Island.  Cette île est à l’est de notre ancrage et nous protège des vents.  C’est une série de petites collines dont une plus élevée, est surmontée d’un monument.  Le sol est sablonneux et la végétation est diversifiée. Au monument, la vue sur les ancrages est magnifique.  D’un côté, nous pouvons voir la baie et de l’autre la mer.  Nous choisissons pour redescendre de prendre le sentier qui nous conduit à la mer.  Le reste de l’après-midi, nous flânons sur la plage, un peu de baignade et cueillette de nouveaux coquillages.  L’équipage d’Images nous a rejoints et c’est ensemble que nous reprenons le sentier du retour. 

 

 

Samedi, 28 février                                                                                                                                                                              

 

Au programme aujourd’hui, escapade en ville en dinghy.  En analysant la situation, nous jugeons que pour se rendre, nous aurons les vagues arrière.  À basse vitesse nous pourrons nous rendre sans trop se faire détremper mais au retour il est prévu de porter des imperméables car nous serons éclaboussés certainement.

Sur le quai des dinghys, nous rencontrons comme d’habitude de nombreux équipages et nous faisons causette.  Nous allons dans les deux boutiques de la ville, au marché et dîner sur la terrasse de Two Turtles. 

 

 

La musique provenant d’un parc où des gens de la place sont rassemblés, donne une atmosphère de fête et de vacances à la ville.  Les gens sont sympathiques.  Nous achetons de la crème glacée, nous ne sommes pas pressés.  C’est le retour au voilier qui ressemble à une sortie de saute-mouton sur le fleuve.  Même avec les imperméables, nous sommes mouillés, mouillés.

 

Dimanche, 29 février                                                                                          

 

Aujourd’hui c’est au tour de Soliton de se rendre à l’ancrage de la ville pour accueillir de nouveaux invités.  Impossible de traverser la baie pour se rendre à George Town en dinghy; c’est la douche assurée.

Les vents sont toujours présents, jour et nuit; ils ont passé du nord-ouest au nord et à l’est mais leur force est constante de 20 à 25 nœuds.  Jour et nuit, nous l’entendons souffler.  On nous annonce ces vents pour une semaine.   Impossible de faire de la voile, donc nous descendons sur les plages pour se délier les jambes.  Nous passons l’avant-midi sur du travail de bureau, courrier, impression de photos, préparation des papiers d’impôts car le tout sera rapporté au Québec par notre invitée.  Puis nous irons à la plage à la recherche de « Sea Fan » genre de corail en forme d’éventail.  C’est la baignade et l’observation des étoiles de mer qui est à l’ordre du jour. 

 

 

Petit apéro sur Aquarel avec Images, le saumon fumé apporté par Lise est fort apprécié.