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15 au 30 septembre 2003

 

Mercredi, 17 septembre 

Journée extraordinaire !!  C’est la journée parfaite pour un départ.  Le soleil est au rendez-vous et le lac Champlain est calme.  La température est douce et confortable.  L’Aquarel déborde de provisions et l’équipage vient de vivre une fin de semaine remplie d’émotions avec la famille et les amis.  Enfin mon capitaine est à la retraite et nous sommes heureux d’entreprendre ce long voyage.

 

                                           

 

Mais voilà que dame nature s’impose déjà à nous.  Le départ est retardé car l’ouragan Isabel est en force et on nous annonce son passage, vendredi,  sur le lac Champlain avec des possibilités de vagues de cinq à huit pieds; les écluses que nous devions atteindre dans trois jours seront ouvertes pour mettre à l’abri des bateaux qui rebroussent chemin.  Après mûres réflexions, nous décidons de retarder le départ et de laisser la place à Isabel, après tout nous ne sommes pas si pressés.  Cela permet de continuer de petits travaux et d’avancer l’installation de la radioamateur. 

 

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Jeudi, 18 septembre 

L’ouragan Isabel nous tient en haleine.  Il y a de l’effervescence dans la marina.  Certains bateaux sont changés de quai par leur propriétaire car ils sont trop dans l’entrée où le vent pourrait les atteindre fortement.  Il y a également des bateaux de d’autres marinas qui viennent se mettre à l’abri dans notre marina.  Nous sommes à l’affût de tous changements.  On solidifie les amarres.  Cela nous permet de rencontrer à nouveau des amis qui viennent au quai.

 

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Vendredi, 19 septembre   

Un autre matin sans bouger du quai.  Dès notre lever, nous observons un ciel très indécis qui nous envoie du soleil en alternance avec des nuages.  Notre baromètre descend à chaque heure en nous annonçant le passage en fin de journée de cet ouragan.  Il n’y a pas à s’inquiéter dans notre position mais il faut rester en alerte.  De bonnes bourrasques se ressentent à partir de trois heures.  On nous annonce des vents pouvant atteindre 45 nœuds;  c’est assez imposant. 

Nous prenons notre mal en patience et nous attendons la bonne journée pour un départ calme et serein.   En fin de journée, on nous annonce qu’il a passé plus à l’ouest ; nous avons évité le pire.  Ouf !! 

 

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Samedi, 20 septembre 

Le temps est nuageux en matinée mais très vite le soleil s’installe et tout redevient normal.  Plusieurs capitaines nous offrent généreusement leur voiture pour refaire les provisions de frais que nous ferons finalement dimanche.  Denis et Louise (de Douce Folie) viennent nous voir, heureux de nous revoir avant le départ.  Merci Denis du coup de main pour la radioamateur et merci Louise pour la tourtière, faite maison, que nous avons dégustée ensemble à l’heure du lunch; c’était délicieux.

Puis en soirée, voilà que les amis s’amènent, Diane et Laurent du Geai Bleu, Diane et André de Pissaro, Suzanne et Daniel de Pondamour. Suzanne nous offre une superbe aquarelle qu’elle a faite elle-même, cadeau que nous emporterons avec nos souvenirs du Québec.  Un dernier souper communautaire partagé à notre marina; beaucoup de plaisir, de rires et d’histoires.  Les dernières recommandations et la boucle est bouclée.  Chacun retourne à son bateau.  On dirait qu’Isabel nous réservait plus d’une surprise.

 

 

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Dimanche, 21 septembre    

Ah! Tiens c’est le début de l’automne!  Quelle journée magnifique!  Aujourd’hui nous allons faire les dernières provisions, un dernier contact internet et demain, ce sera le départ prise 2 !!!  On veut se reposer un  peu et vérifier les cartes de départ et le temps passe si vite.

 

Lundi, 22 septembre         

 

Faux départ!  Alors qu’en se levant ce matin, c’était le départ prévu,  la météo en a décidé autrement.  On nous annonce des vents jusqu’à 20 et 30 nœuds, un peu trop forts pour aller se balader avec un mât couché.  Comme de toutes façons, à partir de maintenant, nous sommes dépendants de cette météo, aussi bien faire bon cœur contre mauvaise fortune.  Nous en profitons pour faire des essais de courriels de groupe ou avec photos; nous pouvons aller au bureau de notre marina pour se brancher sur internet assez facilement.  La visite d’un ami et de ma sœur Lise nous a permis de finaliser les derniers courriers de terre.

 

Mardi, 23 septembre         

 

De la pluie abondante depuis cette nuit,  c’est gris et le ciel est couvert à grandeur.  Journée de repos.  Nous en profitons pour reprendre les cartes et les livres pour un dernier coup d’œil  sur la navigation des prochains jours.

 

 

 

 

Mercredi, 24 septembre     

 

Départ, prise 3.  Ça y est, c’est aujourd’hui !!!!  Nous quittons tout doucement notre marina avec les émotions partagées que nous avoue notre cœur.  Pourquoi les départs sont-ils si difficiles?  J’ai hâte de retrouver ma sérénité mais la journée ne faisait que commencer.  Aussitôt dans le passage de la pointe de Cumberland, le vent a forci jusqu’à 20 nœuds et de bonnes vagues nous secouent.  11 milles plus loin, nous nous arrêtons à Valcour pour passer la nuit.  Tout de même, nous sommes partis et comme nous attendons des rafales à 35 nœuds, nous sommes bien à l’abri de ce vent du sud pour la nuit.  C’est le temps d’ouvrir une jolie boîte que nous avons reçue en cadeau dont la consigne était à ouvrir seulement au premier ancrage. 

 

Que d’émotions!!  Cette boîte contenait plusieurs cartes des gens de ma famille.  Que des messages, très touchants, les représentant si bien tous et chacun.  J’ai été quitte pour une bonne heure d’émotions fortes, le champagne aidant.  Et que dire de toutes les magnifiques surprises que nous avons également trouvées dans cette boîte.  Des photos, de la musique, des gâteries et quelque chose de très particulier de notre beau-frère, une photo de notre voilier où nous pouvons lire un message écrit de la main de Georges Leblanc, un grand navigateur québécois. 

 

 

Jeudi, 25 septembre     

 

Le soleil est au rendez-vous mais la météo nous annonce des rafales jusqu’à 37 nœuds comme la nuit dernière.  Nous décidons de rester à l’ancre jusqu’à ce que tout se calme.  14 heures, nous levons l’ancre sous un ciel gris, le vent a baissé et devrait passer à l’Ouest sous peu.  À la sortie de l’île Valcour côté sud, les vagues sont de trois pieds mais à la vitesse de 5 nœuds, le voilier se comporte bien.  Nous restons vigilants; heureusement au bout d’une heure le vent a passé à l’ouest et les  vagues se sont adoucies.  Le ciel se dégage peu à peu jusqu’à nous dévoiler le soleil.  Et nous filons pendant cinq heures pendant que Marco, le pilote automatique, barre sous l’œil vigilant de mon capitaine.  Nous arrêterons dans Potash Bay, c’est toujours dans le lac Champlain,  juste à temps pour jouir d’un merveilleux coucher de soleil.

 

 

Vendredi, 26 septembre   

 

C’est sous un soleil splendide que nous nous mettons en route.  Le lac est très calme.  Nous essayons toujours d’émettre sur le réseau du capitaine mais il semble que l’on soit trop près encore du Québec.  Toutefois à notre grande surprise, ce matin, Robert a été entendu par un radio-amateur en France.  C’est un début!

 

Longue route aujourd’hui, 57 mn.  Après avoir passé le fort Ticondéronga, le lac rétrécit et prend l’allure d’une rivière;  l’eau devient brune.  Ce couloir est bordé d’un côté par des montagnes abruptes et de l’autre par un chemin de fer.  Nous nous sommes rendus à Whitehall, écluse numéro 12 ( nous aurons à faire de 12 à 1 ) mais comme il était tôt et qu’il faisait beau, nous avons décidé de se rendre à l’écluse numéro 9, Smith Bassin.  Les écluses sont dans le canal Champlain et suivre ce canal, c’est comme être sur une autoroute pour bateau.  Voilà, ma première expérience d’écluse est faite pour moi !  J’étais un peu sur le qui-vive ne sachant pas comment faire mais finalement je me suis débrouillée assez bien.  Je suis fière de moi.  À la sortie de l’écluse, nous nous sommes amarrés au quai d’attente.  C’est gratuit ! Sans service mais bien à l’abri.

 

Le temps d’un apéro bien mérité et voilà qu’arrive un voilier démâté en sens inverse.     Il s’amarre au même quai et dans la pénombre, un des équipiers joue du banjo. 

 

Samedi, 27 septembre     

 

Départ tôt car nous voulons faire le reste des écluses aujourd’hui.  La température est douce et après une bonne nuit de sommeil, nous nous attaquons aux 38 mn de la journée.  À l’écluse numéro 7, Fort-Edward , le canal Champlain se jette dans la rivière Hudson.  À partir de ce moment, les bouées rouges et vertes sont inversées.  Donc les vertes à tribord et les rouges à bâbord.  On s’adapte.  Nous avançons au rythme des bouées;  elles nous indiquent le chemin à suivre pour assurer une bonne profondeur. Le paysage est beau; nous côtoyons tantôt des boisés, des champs, les abords de petites villes et même un golf tout près de l’eau. Écluse après écluse, passage sous une trentaine de ponts, nous filons jusqu’à Waterford située au confluent de la rivière Hudson et du canal Érié.  Un long quai de ciment municipal permet aux bateaux de passage de s’arrêter; on leur offre l’électricité, l’eau et les douches gratuitement.  Très bel accueil !  En quête d’une place le long du quai où déjà se retrouvent de nombreux bateaux ( venus surtout de l’Ontario ), voilà qu’un capitaine nous invite à son épaule, c’est à dire que nous pouvons nous amarrer à son bateau alors que ce dernier est amarré au quai.

 

Dimanche, 28 septembre   

 

 

Tout est gris ce matin, il pleut.  Nous prenons notre temps et nous étirons le déjeuner.  Nous allons en profiter pour faire de petites réparations sur le bateau car notre speedomètre s’est arrêté, probablement bloqué par des algues.  Il faudra vider le plancher de la chambre avant, pour faire la réparation car ce petit appareil est fixé dans notre cale et sort sous la coque.  Ce qui veut dire qu’en l’enlevant, l’eau rentre par pression par un trou de trois centimètres jusqu’à ce qu’on place le bouchon de même dimension, et ce petit bouchon est la responsabilité de l’amirale.  Pas sorcier penserez-vous mais si on ne replace ce petit bouchon…  Mais la manœuvre a bien fonctionné et le speedomètre s’est remis en marche.

Après l’écluse de Troy, nous commençons à ressentir l’effet de la marée.  Nous sommes toujours dans la rivière Hudson.  Nous passons la ville d’Albany et nous nous rendons à Castleton pour la nuit.  C’est toujours gris ce soir.

 

Lundi, 29 septembre   

 

 Aujourd’hui, nous partons pour Catskill.  Le trajet s’est fait en 3h50 minutes;  ce qui a permis le remâtage le jour même.  Il faudra plusieurs heures pour l’ajustement de l’accastillage, remettre les voiles, replacer les drisses et les écoutes et tout le reste.  De plus, un bon nettoyage du pont s’imposait.  Les jours de repos ne sont pas encore arrivés et les bras de Morphée nous accueille très tôt en soirée.

 

Mardi, 30 septembre    

 Pour cœur sensible, abstenez-vous de lire cette journée.

 

 Ce matin, il fait 12 degrés dans le bateau au réveil.  Mon capitaine me dit de rester au lit le temps qu’il fait chauffer l’eau pour le café.  Ce qui apporte rapidement une douce chaleur dans le carré .

Nous prenons la route à nouveau en surveillant bien les bouées rouges et vertes qui nous font sinuer de gauche à droite selon les profondeurs.  Deux heures après le départ. Le bateau s’immobilise;  nous sommes échoués.  Nous étions au nord de Esopus Creek près de la ville de Saugerties et nous avons réalisé trop tard que nous filions sur la limite du 42 pieds et du 2 pieds.  Ce qui devait arriver, arriva.  Il n’y a eu aucun bris ni aucune blessure mais nous sommes échoués dans la vase tout doucement !!!  Juste une petite remarque, nous sommes depuis le départ en marée descendante… Nous essayons¸ par tous les moyens de nous en sortir :  en reculant, en tirant avec le dinghy, en remontant le dinghy au bout de la bôme pour faire gîter le bateau, en plaçant une ancre loin en arrière et en winchant tirer le bateau, un bateau à moteur a tenté de nous tirer.  Rien à faire; pendant tout ce temps la marée continue à descendre et l’Aquarel se couche de plus en plus sur son flan à tribord.  Nous avons atteint une gîte de 30 degrés, et non, les chandeliers n’étaient pas dans l’eau mais par contre, pas très confortable pour nous.

Robert s’est résolu à faire un Pan-Pan aux Coast Guard américains.  Je tiens à vous raconter cet épisode car je dois dire qu’ils ont été super avec nous.  Ils ont commencé par demander si nous étions en danger, quelle était notre position, qui était à bord, le nom et une description du bateau.  Ils ont demandé si nous voulions assistance immédiate alors qu’il n’y avait aucun danger à nos yeux;  puis ils ont discuté avec Robert à savoir l’influence de la marée montante qui allait nous libérer d’ici quelques heures, deux heures peut-être.  Les C.G.ont envoyé un bateau pour vérifier notre sécurité.  Puis ils ont vérifié par VHF la situation aux quinze minutes pendant une heure et après ils ont demandé qu’on  les appelle aux heures, question de savoir ce qui se passait avec nous.  Le Bateau des C.G. a fait un nouveau tour pour  observer mais déjà l’Aquarel se redressait quoique toujours échouée.  Deux heures et quart après le début de la marée montante, l’Aquarel était libérée.  Nous avons communiqué avec les C.G. pour les remercier de leur vigilance; ils nous ont alors demandé notre destination ainsi que, de les rappeler pour les informer que nous étions à bon port et que tout allait bien. 

Je crois que cette présence était digne de mention et pourrait rassurer les navigateurs;  en cas de besoin, ils sont là. 

Cette aventure a duré tout de même 4h.15 .  C’est long ! Nous avons repris la route et trois heures plus tard, nous avons jeté l’ancre à Kingston dans Rondout Creek, heureux de refaire le plein d’énergie.