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16 au 31 octobre 2003 Jeudi, 16 octobre
Après avoir envoyé quelques messages par airmail du bateau, c’est un départ. Le but de la journée est de se rendre à St-Michaëls, 20 milles nautiques. Nous levons d’abord la deuxième ancre et pour cela Robert doit se rendre au-dessus, en dinghy; puis lever la chaîne et l’ancre ( 50 lbs ) et enfin mettre le tout dans le dinghy. Wouach ! La boue partout dans le dinghy, sur Robert et sur l’Aquarel, par la suite, je vous fais grâce de plus amples descriptions. La deuxième ancre rentrée, nous voilà prêts pour un autre départ. Le soleil est au rendez-vous et nous avons de bons vents, ce qui nous permet de faire notre première journée de voile sans moteur, du moins pour quelques heures. Il faut toujours être attentif aux fameuses bouées de pêcheurs car dans certains secteurs, on peut en dénombrer jusqu’à cinquante avec un petit ballon à la surface. On en vient à confondre les mouettes avec ces bouées. Mais heureusement, là où c’est plus profond, il n’y en a pas. Les premières heures nous apportent des vents entre 15 et 18 nœuds. Nous sommes au près et nous avançons bien mais la vague est assez rapprochée dans Chasepeake Bay avec des vents semblables. Puis nous devons changer de cap et ho bonheur ! nous avons le vent à tribord arrière et notre allure au portant est très agréable pour entrer à St-Michaëls. Nous sommes accueillis à notre mouillage par deux magnifiques cygnes qui nous réclament de quoi manger et qui font la navette de bateau en bateau comme les canards au lac Champlain. La soirée est très calme et nous décidons d’aller souper à terre au St-Michaëls Crab Steak House. Il y avait beaucoup de monde, cela est bon signe. Au menu, fruits de mer.
Vendredi, 17 octobre
Départ tôt vers les Iles de Solomons. Peu de vent, nous voilà redevevus un « Motor sailor ». 49 milles nautiques mais nous avons été chanceux car la marée descendante nous a portés et nous avons filé jusqu’à 8.3 nœuds. Ainsi nous sommes arrivés vers trois heures. L’ approche des îles est très jolie et nous nous engageons dans Back Creek tout doucement avec plusieurs autres bateaux dont 8 québécois, Safina, Charade, Image… Faut croire que nous avons un itinéraire semblable… Nous avons invité Safina pour l’apéro mais nous ne veillons pas tard car une journée de navigation nous fait toujours coucher tôt.
Nous sommes fascinés par le nombre de bateaux qu’on peut voir dans toutes ces anses, près des marinas. C’est inévitable alors qu’on se retrouve si proche de la mer.
Samedi, 18 octobre
Ce matin, nous partons explorer mais attention avec notre chariot pliable et notre lessive. Pendant que Robert se rend chez West Marine, je me retrouve à la buanderie où je rencontre Louise du bateau Image. Eux viennent de Québec et ils ont fait comme nous; ils ont vendu la maison, les meubles et garder dans un petit entrepôt des choses personnelles. Le capitaine Guy a pris sa retraite à la fin août. Je crois que nous en rencontrerons beaucoup d’autres dans la même situation. Nous avons badiné sur le fait que les gens nous croient à la retraite et, près à la farniente, et pourtant nous sommes tellement fatiguées que nous dormons à neuf heures quand ce n’est pas à huit heures le soir.
Puis nous devons transporter la lessive toute fraîche de la buanderie, ramasser les sacs d’épicerie et marcher jusqu’au dinghy et tout transférer dans le voilier. Mais comme la journée manquait de piquant, le moteur du dinghy a des ratés et l’équipage de Thalia nous tire jusqu’à l’Aquarel; quelques ajustements sur le carburateur et nous n’en parlerons plus. L’entraide est toujours au rendez-vous. Retour au bateau à trois heures; nous avons invité Charade pour l’apéro. Il sera temps de se détendre.
Dimanche, 19 octobre
Quelle belle journée aujourd’hui ! Nous sommes restés aux Iles Solomons car le vent était trop fort. D’ailleurs quelques bateaux sont sortis et au bout d’une heure sont rentrés au port. À quoi bon se faire brasser puisque demain les conditions seront meilleures. Après déjeuner, nous préparons notre route pour demain avec les points GPS et nous partons vers une marina pour se payer une bonne douche au chaud. Nous avons été bien servis. Pour deux dollars, nous avons eu droit chacun à une salle de bain complète privée avec toilette, bain-douche, lavabo, électricité pour le séchoir et tout cela bien au chaud. Quel bonheur ! Vous êtes chanceux à la ville d’avoir ce luxe à portée de main, croyez-moi.
De retour au bateau, on a passé l’après-midi à des bricoles et le soleil nous permettait d’être en tee-shirt. C’était bien agréable ! Et devinez quoi? Mon capitaine s’est de nouveau payé une autre visite chez West Marine. Puis nous sommes allés admirer le musée maritime Calvert, d’architecture typique. L’Aquarel était parmi les bateaux que l’on voit à arrière-plan sur la photo. Nous partons demain pour Wicomico River, ancrage magnifique selon nos livres.
Lundi, 20 octobre
Nous partons comme prévu vers Wicomico River. Les vents sont en notre faveur et le soleil est de la partie. Il est huit heures et plusieurs bateaux lèvent l’ancre silencieusement. C’est très calme et deux cygnes viennent saluer les navigateurs. Nous passons à nouveau à travers un champ de bouées de pêche. C’est un paradis pour les amateurs de crabe donc faudra bien s’accommoder des pièges à crabe dans l’eau. Mais une fois dans les eaux plus profondes, il n’y a plus de problème.
En chemin, nous longeons une zone réservée à la marine américaine où nous voyons des navires de guerre. Puis un jet passe au-dessus de notre tête avec un bruit d’enfer. Heureusement il n’y en aura pas d’autre. À vue, une dizaine de bateaux voyageurs suivent le même cap sud.
L’arrivée à Wicomico River se fait en douceur en suivant les méandres de Mill Creek et marque notre entrée en Virginie. C’est un ancrage où les bords de l’eau sont un boisé sauvage aux couleurs naissantes de l’automne. L’atmosphère est paisible et propice au repos. Après sept heures de route, c’est fort apprécié. Petit 5 à 7 sous les chauds rayons de soleil avec Guy et Louise de Imagine. Souper sur le BBQ et soirée de repos.
Mardi, 21 octobre
Comme nous ne naviguons pas aujourd’hui, vent du sud de 20 à 25 nœuds oblige; aucun bateau ne bouge. Chacun vaque à de menus travaux. Robert a donné un coup de pouce à Guy qui ne pouvait plus envoyer de courriels avec son pactor; en comparant les données dans leur ordinateur respectif ils ont résolu le problème. Comme je vous ai déjà parlé de notre ancrage bucolique, je décide de vous raconter mon expérience de cuisine. Il fait un soleil resplendissant, 25 degrés, et il me vient l’idée de faire une mousse aux crevettes. Bien décidée, j’ouvre l’ordinateur pour retrouver facilement ma recette :
7. pour nous cela veut dire aller en dinghy mais le moteur n’est pas en place; alors il faut prendre le temps de descendre le moteur avec le palan et bien l’attacher avant de partir.
Finalement la mousse aux crevettes a trouvé place dans le frigo. Il fallait encore laver la vaisselle mais il n’y avait pas d’eau chaude puisque cela fait 24 heures que nous sommes arrêtés. La bouilloire nous a offert cette facilité. Gens de la ville, avez-vous réalisé le modernisme de votre foyer ?
Et tout ce temps mon capitaine l’a passé à trouver une solution afin de pouvoir utiliser l’onduleur sur les prises intérieures et pour les gens qui le connaissent bien cela veut dire avoir la tête dans le rangement au fond du lit de la cabine arrière. Chacun s’amuse à sa façon. Et c’est comme cela qu’une journée passe. On nous avait dit « une chose par jour », je crois que je commence à comprendre.
Mercredi, 22 octobre
Grand luxe ce matin, il fait 19 degrés dans le bateau au réveil. Nous écoutons notre météo; on nous annonce des vents du NO de 15 à 20 nœuds. Nous serons au portant si nous décidons de partir. La décision se prendra après le petit déjeuner.
Nous partons vers Deltaville; une distance de 21 milles nautiques à parcourir. Le soleil nous accompagne; nous saluons le bateau Image qui fera la pêche au crabe aujourd’hui. Nous les retrouverons probablement à Norfolk. La navigation se fait bien et les vents sont de la force annoncée mais les vagues, elles, sont deux fois plus grosses que prévues, 5 à 6 pieds; heureusement nous surfons sur elles étant au portant. Nous avons deux prises de ris sur la grande voile et un tiers de genois et nous filons en moyenne à 7 nœuds. Les bouées en approche de Deltaville sont en vue. Les cartes nous indiquent un passage très étroit et sillonnant de gauche à droite pour éviter les hauts fonds. Nous nous engageons très lentement, le profondimètre baisse toujours et nous touchons le fond, on recule et on se reprend en longeant cette fois plus près la bouée rouge selon les instrutions d’une marina. Rien n’y fait, on ne passe pas; c’est la marée basse en plus. Nous décidons de se diriger vers Fishing Bay, 2 milles plus loin, ce qui nous éloigne de Deltaville et nous retient sur le bateau. Nous devrons attendre pour les courses. Nous avons eu un contact radio ondes courtes avec le bateau Image à 5 heures qui est toujours à Wicomico River. C’est très intéressant de pouvoir communiquer ainsi d’un bateau à l’autre au-delà des distances possibles par VHF.
Jeudi, 23 octobre
De forts vents ont soufflé une grande partie de la soirée mais après minuit, c’était beaucoup plus calme. Une dizaine de voiliers, nous y compris, se préparent déjà à prendre la route. 13 degrés ce matin dans le bateau, pas chaud, pas chaud. La petite chaufferette a bien travaillé et l’amirale s‘est levée à …17 degrés. Départ pour Mobjack Bay. Des vents soutenus de 15 à 20 nœuds nous obligent à bien ajuster les voiles car des coups de vent peuvent nous surprendre. Nous avançons bien car le voilier roule en moyenne à 7 nœuds sous voile aujourd’hui par grand largue. C’est à moteur qu’on doit négocier l’approche de Mobjack Bay et monter la rivière car étant face au vent , il faut rentrer les voiles. Chemin faisant, j’en profite pour écrire mes courriels et mon journal de bord.
Nous jetons l’ancre à 3 heures dans East River. L’environnement est très beau mais il fait encore froid. La question du jour : où prendre une douche car dans le bateau il fait à peine 15 degrés ? Aucune marina à proximité, deuxième solution, attendre à demain ou bien encore chauffer le bateau et prendre la douche dans le bateau puisque nous avons suffisamment d’eau chaude. J’opte pour la troisième solution. Et du même coup je ferai chauffer le four en préparant des muffins. Cela devrait nous fournir une chaleur confortable. Ce soir, le vent est complètement tombé; nous sommes trois voiliers à l’ancre et c’est d’un calme incomparable. Nous dormirons sans doute comme des marmottes.
La carte suivante vous montre une image que nous pouvons voir sur notre ordinateur grâce aux cartes électroniques Nobeltec. Si vous regardez au centre de la carte, vous voyez une petit bateau vert, c’est nous exactement à l’endroit où nous sommes ancrés en ce jeudi 23 octobre. Durant la journée, grâce à un branchement avec notre GPS, nous voyons notre petit bateau avancer sur la route que nous suivons. AH ! La technologie !
Vendredi, 24 octobre
Dans le bateau, 9 degrés ce matin mais heureusement le soleil est de la partie et il n’y a presque pas de vent. Je ne prends pas de chance, ce matin je suis bien décidée à me protéger du froid encore plus. Je mets des bas chauds et je place des Warmers Toe, excusez le terme anglais; hé oui j’avais cela dans mes réserves achetées l’automne passé. C’est une petite compresse que l’on place entre le bas et la chaussure sous les orteils qui provoque une chaleur pour 6 heures. Très confortable ! Plus de pain ce matin, c’est le temps d’être ingénieuse car le capitaine vient de me demander ce que j’ai prévu pour le petit déjeuner. Alors ce sera jus d’orange, céréales chaudes, muffins chauds aux pépites de chocolat, banane et café. C’est pas si mal. Il faut que je passe de l’eau claire sur les plastiques du dodger car il y des dépôts de sel qui embête la vision. Alors je m’équipe de mon seau et de chiffons et madame Blancheville se met à l’œuvre . Nous prenons la route vers Norfolk. Nous sommes à moteur; on essaie de s’aider avec la grande voile mais les vents faibles de 5 nœuds ne nous font pas avancer vraiment. La journée file et nous finissons à moteur.
En approche de Norfolk, c’est tout un autre décor qui nous attend. Le port est très achalandé. Nous voyons des bateaux de toutes sortes; les cargos et les bateaux à moteur nous font de la vague, ce qui nous obligent à baisser notre vitesse et à positionner le bateau pour négocier ces vagues à chaque fois, sans trop se faire brasser.
Norfolk, chantier de bateaux de guerre, et port pour ces mêmes bateaux. Il y en a de toutes les sortes : porte-avions, cuirassées, destroyers, ravitailleurs et tous ceux que je ne peux reconnaître. Nous sommes ancrés dans la rivière Elisabeth en face à l’hôpital naval. De l’autre côté de la rive, nous voyons le centre Nauticus et le destroyer Wisconsin. Peut-être irons-nous visiter demain ?
Samedi, 25 octobre
Hier soir, à la marina Waterside, le « dockmaster » a accepté de nous prêter une ligne téléphonique pour se brancher à AOL et ainsi envoyer nos courriels et le journal de bord. Nous apprécions énormément avoir l’abonnement à AOL car cela nous permet d’avoir accès à Internet en se branchant sur une ligne téléphonique, ce qui est sans frais pour ceux qui nous fournissent la ligne.
Aujourd’hui, on a visité Nauticus et le destroyer Wisconsin qui a participé à la guerre du golfe.
Nauticus est un centre d’informations technologiques et historiques sur le monde marin et sur l’histoire navale de la marine américaine. Nous avons passé un bon moment. Puis on a décidé d’aller se promener au MacArthur Center qui est en fait un très grand centre d’achats à trois étages, très moderne et accessible à pied de la marina.
Retour au bateau, nous avons rencontré l’équipage de Soliton, Gérard et Suzanne, qui se joignent à nous et Image pour un souper à terre. Pauvre capitaine de Soliton ! Il a passé la journée à réparer son dinghy qui s’était percé ce matin en glissant sous le tableau arrière de son voilier; ce désastre a été causé par une vague de bateau moteur et le dinghy était attaché trop serré à l’arrière. Petite leçon pour tout le monde !
Dimanche, 26 octobre
Au réveil, 19 degrés ce matin dans le bateau. Il est six heures. Nous n’avons pas oublié de reculer notre heure. Guy, le capitaine d’Image me dit que je me suis levée en retard, faisant référence aux 17 degrés. Quel humour ! Depuis New-York, nous naviguons dans l’eau salée et je dois dire que le sel colle à nos câblots, à nos coussins, aux chandeliers, à tout quoi. Comme il a plu cette nuit, je profite de cette eau douce et je passe un chiffon dans le cockpit. Départ de Norfolk. C’est le début de L’Intracoastal Waterway; 1200 milles à peu près de la Floride. Nous nous engageons dans la rivière et pendant encore 8 milles, les berges sont des lieux de réparation de gigantesques bateaux de guerre. Puis nous bifurquons dans le Dismal Swamp Canal. Nous nous assurons de la profondeur de 6 pieds sur tout son parcours. Ça va ! Dès notre entrée dans ce canal, nous retrouvons le calme; c’est peu large, 50 pieds, et bordé d’arbres, de maisons et parfois d’une route. L’eau est maintenant couleur café corsé. Nous avons une seule écluse à passer; le maître-éclusier est très sympatique et de bonne humeur. Il aide chaque bateau à bien s’attacher; il prend le temps de nous jaser. Quand les neuf bateaux sont fin prêts, l’eau monte tranquillement. Il prend le temps de prendre un des conchs qui ornaient la terrasse et nous joue une petite mélodie. Nous applaudissons; c’est ça, avoir le temps ! Nous devons tout à tour quitter l’écluse et cela sans se presser puisque le même maître-éclusier doit aller ouvrir un pont à 500 mètres en avant. C’est une procession de bateaux, personne ne dépasse, nous profitons du décor.
En rouge, c’est Image, en bleu, c’est Soliton et en vert l’Aquarel. Nous avons parcouru 28 milles nautiques et nous accostons à un quai public en Caroline du Nord qui est en même temps une halte routière. Nous sommes 5 voiliers. C’est un temps pour nettoyer les bateaux car on nous fournit de l’eau claire. Nous voilà tous sur les brosses. Une petite promenade nous fait découvrir des fleurs de coton et des plants d’arachides. Un 5 à 7 amical clôture la journée.
Lundi, 27 octobre
Tous les voiliers se remettent en route dès 7:45 h car quatre milles plus loin, un pont va ouvrir à 8:30h. et nous ne voulons pas le manquer sinon la prochaine ouverture est à 11:00h.. Nous sommes en route pour Elisabeth City; nous avons 22 milles à faire dans le canal, à l’abri des vents. C’est donc une petite journée tranquille, c’est nuageux mais pas froid. La profondeur du canal est maintenant de dix pieds; c’est un peu moins inquiétant de s’y promener. Nous pouvons voir des traces de l’ouragan Isabel ici aussi : des arbres ont été déracinés, certains toits de maisons endommagés. Le canal se jette dans la rivière Pasquotank qui nous mène à Elisabeth City.
En arrivant, nous descendons à terre; nous sommes avec Guy et Louise. Sur le quai, Monsieur Fred Fearing est là ; il vient souhaiter la bienvenue aux navigateurs. Assis dans sa voiturette de golf, il a 89 ans et il vient inviter les équipages à un vin et fromage. Depuis 20 ans, The Roses Buddies marque Elisabeth City comme le port de l’hospitalité. Ici chaque femme qui descend d’un bateau reçoit une rose naturelle.
Nous avons jasé longuement avec ce gentil monsieur pour ensuite l’accompagner dans son jardin afin de couper les roses pour la réception; puis il nous conduit à l’épicerie en nous informant que l’épicier viendra nous reconduire à quai avec nos sacs d’épicerie. L’atmosphère est très sympathique dans cette petite ville. Nous nous retrouvons près de cinquante personnes, navigateurs en voyage, à cette réception toute simple mais combien généreuse sous une tente à l’extérieur. Sur le quai, nous prendrons un souper léger dans un joli restaurant avant de revenir à nos voiliers, en dinghy, sous la pluie, avec l’équipage d’Image et de Soliton.
Mardi, 28 octobre
6:15 h.. Petit déjeuner, en préparation pour le départ de la traversée de l’Albermarle Sound. C’est l’aurore tout juste. À travers le hublot du carré, je vois des jets de lumière alternatifs. Je sors dans le carré et je vois que le capitaine d’Image veut nous parler. J’ouvre le VHF et Guy nous informe que nous devons devancer notre départ car on doit passer le pont avant 7:00h. Alors, on précipite la fin du déjeuner; le temps de lever l’ancre et nous voilà tous près du pont à 6:45h. De là nous pointons notre étrave vers le sud et une longue journée commence sous les nuages.
C’est vraiment impressionnant le nombre de bateaux qui suivent cette route et dans Alligator River qui fait suite à l’Albemarle Sound, nous devons suivre un chenal de bouées même si cette rivière est large. Donc nous voyons des bateaux suivrent les mêmes sillons et avancer à la même vitesse en écoulant les milles nautiques. Il faut dire que le plan d’eau est calme aujourd’hui, et qu’une bruine de pluie fait fondre le contour du paysage des rives qui nous entourent. C’est une carte postale qui donne l’impression que le temps s’arrête. Nous ancrons tôt près de la bouée rouge 46, dans un décor de brume aux berges désertées qui laissent entrevoir que de grands arbres aux formes sinueuses. La pluie bercera notre nuit couleur d’encre noire.
Mercredi, 29 octobre
5 heures du matin. Il pleut toujours. Les vents se sont levés et notre anémomètre nous indique des pointes à 25 nœuds. C’est un « cas de capitaine dans les cockpits ». Nous sommes 5 bateaux dans une profondeur de 8 pieds d’eau. Pas beaucoup de vagues mais le vent nous fait balancer sur nos ancres. On s’aperçoit que le bateau Image chasse sur nous; Robert tente d’attirer l’attention du capitaine avec son projecteur et en quelques minutes, c’est le branle-bas de combat. Tous les capitaines allument leur moteur et Guy parvient à contrôler son bateau et à s’ancrer solidement plus loin. Nous en sommes quittes pour quelques battements de cœur. Il ne retrouvera pas son marqueur d’ancre, petit ballon flottant qui marque la position de l’ancre. Voilà une bonne raison de visiter un autre West Marine.
6:00h. Nous préparons le petit déjeuner; la pluie cesse. L’aurore se pointe et nous reprenons notre route vers Belhaven.
De l’Alligator River, nous entrons dans un canal, Pungo River Canal. Il est plus large que le Dismal Swamp Canal et plus profond. Ici nous sommes dépassés par des bateaux à moteur qui nous indiquent de quel côté de notre voilier, ils vont passer. Il s’agit pour nous de ralentir et le bateau à moteur fait de même habituellement. Ils font moins de vagues à ce moment-là et nous replaçons notre étrave dans son sillon sans trop se faire brasser. Les voiliers qui ne comprennent pas le principe en ont pour leur argent; les vagues les atteignent plus fortement.
L’arrivée dans Pungo River se fait sous un soleil éclatant; il fait 19 degrés. La navigation se fait à moteur car on doit suivre à la lettre un passage souligné de bouées. Depuis ce matin, nous avons vu deux voiliers s’échouer. Cela ressasse des souvenirs inconfortables.
L’arrivée à Belhaven se fait bien; nous allons s’ancrer près du pont dans Pantego Creek dans 9 pieds d’eau. Nous avons le temps de descendre à terre marcher dans la ville, aller à la bibliothèque, à la buanderie, à la quincaillerie et à la mairie. C’est une petite ville modeste mais accueillante, malheureusement durement touchée par l’ouragan Isabel.
Jeudi, 30 octobre
En quittant Belhaven, ce matin, des centaines oiseaux perchés sur les piquets des quais, nous chantaient leur ritournelle en un au revoir.
7 :30h, un soleil resplendissant accompagne tous ces bateaux déjà en route. Le point d’ancrage pour ce soir est Cesar Creek près d’Oriental. Toute la journée se passe bien et nos 42 milles nautiques sont faciles à faire. Nous passons dans divers plans d’eau : des canaux, des rivières qui s’élargissent et qui donnent l’impression d’être en mer mais elles sont peu profondes. Nous espérons pouvoir acheter des crevettes à un petit port de pêche près de notre ancrage mais malheureusement, leur journée était finie.
Une dizaine de bateaux se sont arrêtés ici, c’est un point d’ancrage directement sur l’Intracoastal. C’est une nuit très calme qui s’annonce. Pendant que j’écris le journal de bord, mon capitaine fait la vaisselle du souper. C’est une habitude que je trouve très agréable car si j’attends plus tard, je remettrai à demain, le sommeil me gagnant. Robert a décidé de faire un essai de pêche aux crabes avec les os de nos côtelettes d’agneaux. Demain, suite de l’histoire…
Vendredi, 31 octobre
Bon soleil qui accompagne notre départ pour Beaufort. C’est une étape importante de notre parcours. Certains bateaux ici prennent la mer mais nous resterons sagement dans l’Intracoastal, néophytes que nous sommes. C’est une agréable journée de navigation. Toutefois l’arrivée à Beaufort se complique un peu à mesure que les bouées se multiplient en indiquant diverses entrées. Ici Soliton rentre à Beaufort, Image continue vers Swansboro et nous rentrons à Beaufort par un chenal différent de Soliton. À un croisement bien inscrit sur notre guide pourtant, le fond se rapproche un peu trop de notre quille; nous décidons de faire marche arrière, de revenir sur nos pas d’un mille et prendre le canal que Soliton avait pris. Ouf ! Nous rentrons à Beaufort mais ce n’est pas évident avec le soleil dans les yeux et le repérage des bouées. Nous faisons le plein de diésel et d’eau à la marina de Town Creek. Puis il faudra attendre 25 minutes l’ouverture d’un pont qui ouvre à toutes les demi-heures. Hé oui on ne le savait pas et nous étions là 5 minutes en retard. En attendant nous faisons du sur place et nous avons la chance de voir nager une grosse tortue près de nous. Safina nous appelle sur la VHF, ils sont à l’ancre juste derrière nous parmi d’autres bateaux.
Nous passons enfin le pont et nous voilà en face de Beaufort. À notre bâbord, c’est la ville bordée de quais où sont amarrés les bateaux des gens de la place. À tribord, une île de terre et de sable, refuge d’oiseaux, le long de laquelle sont les ancrages; en arrière de cette île, c’est la mer. La vie de ces petites villes côtières se passe paisiblement; rien à voir avec New-York. Nous allons nous promener à terre; au musée on peut réserver gratuitement une voiture pour deux heures; ce sera pour demain. Nous avons accès à internet à la bibliothèque et nous avons découvert une boutique qui faisait du fudge. On se demande bien comment se passe le déjeuner dans ce Bed and Biscuit.
Retour
au bateau vers 3 heures. En profitant du soleil dans notre cockpit. Un
petit dinghy passe et attire notre attention. Comme c’était l’Halloween,
un capitaine de voilier a eu l’idée géniale de faire vivre à ses enfants cette
fête en petits mousses. Il a fabriqué un mât avec un drapeau de fantôme,
le capitaine était déguisé en pirate et les trois enfants portaient également
des costumes et ils se promenaient dans le chenal devant la ville à petite
vitesse. Soliton vient partager notre Happy Hour et nous annonce qu’ils devront attendre une pièce pour la pompe de leur moteur jusqu’à mercredi. Dimanche, ils ne reprendront pas la route avec nous mais ils nous rejoindront plus loin. Tiens ! Un autre dinghy, fantôme cette-fois ( lire ici sans capitaine ), passe à tribord de l’Aquarel. Nous partons en dinghy le récupérer en même temps qu’un autre couple qui l’a vu aussi. Ils nous disent de le garder attacher à notre bateau et ils iront rechercher à qui il appartient. Cela est vite réglé; c’est le deuxième voilier en avant de nous, Maggie. Ils sont très reconnaissants de cette aide. À retenir, bien attacher nos dinghys car le courant les promène facilement. Nous sommes à nouveau dans une zone de marée; alors même sans vent, le courant influence notre bateau. Aux six heures, le bateau fait un 180 degrés et la profondeur peut changer de 4 à 5 pieds. Il est important d'en tenir compte dans nos ancrages. |