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1 au 31 janvier 2005
Janvier 2005
Retour à Trinidad du Québec. Cette fois l’approche se fait à vol d’oiseau. Cela nous permet d’admirer la baie de Chaguaramas où les bateaux à l’ancrage sont encore nombreux. Nous repérons facilement Scotland Bay où une douzaine de voiliers se languissent dans le calme au sein des montagnes. Quelle belle île verdoyante qu’est Trinidad avec ses montagnes et son littoral avançant dans la mer! Le contraste est frappant pour nous qui arrivons du pays de la neige. Après avoir goûté aux joies des retrouvailles avec famille et amis, nous revenons vers l’Aquarel sur son île. Un peu à l’écart, TTSA, notre marina se dessine où nous reconnaissons notre voilier alors que s’amorce notre descente vers l’aéroport. Le passage aux douanes nous rappelle le rythme du sud et nous oblige à être patients alors que notre attente dure une heure vingt minutes. Il est bien évident qu’il est temps de s’ajuster et de reprendre ce nouveau rythme. Nous avions très hâte de monter à bord de l’Aquarel et c’est avec satisfaction que nous avons constaté que tout était impeccable même si le bateau avait été fermé pendant deux semaines. À l’intérieur, pas d’humidité excessive grâce à deux pochettes achetées à cette fin qui asséchaient l’air au fil des jours. Nous avons le sentiment du retour à la maison après des vacances. Tous hublots ouverts, nous aérons le bateau rapidement et en signe de bienvenue Trinidad nous offre un coucher de soleil digne des îles. Un visiteur rare dans ces eaux, un dauphin tout près du bateau nous rappelle les douceurs du sud. Dans nos bagages nous découvrons nos trésors rapportés du Québec avec tous nos bons souvenirs.
Pour célébrer le Jour de l’An, nous avons décidé de se joindre à une centaine de navigateurs lors d’un Potlok c’est-à-dire que chacun apporte un plat de son choix et tout est mis en commun. C’est une pratique qui se répète souvent ici à Trinidad. C’est aussi une autre façon de rencontrer des gens nouveaux. Et c’est de cette façon que nous avons fait connaissance avec un couple charmant du Nouveau-Brunswick en navigation depuis plusieurs années.
Le dîner des pélicans. Cette marina, TTSA, est un club privé, hôte de nombreux bateaux des gens de l’île. Les pélicans ont bien compris que ces bateaux ne bougent pas en semaine. Ils en profitent pour se percher sur l’avant des bateaux et ils y passent de longues heures à roupiller apparemment. Mais en fin d’après-midi, ils s’envolent à la recherche de leur dîner. D’une grande agilité, ils surplombent le plan d’eau, font du rase-mottes et plongent à une vitesse telle que le bruit des éclaboussures est remarquable. Ils ressortent de sous l’eau avec leur proie à coup sûr. C’est un spectacle amusant. ______________________________________________________
APRÈS UNE ANNÉE DE VOYAGE À BORD D’UN VOILIER
Pour répondre à des interrogations reçues d’amis navigateurs du Québec, je ferai des prochaines pages un rappel plus technique sur la navigation et la vie à bord après une année de navigation.
Moteur, hélice, orin Depuis le départ, aucun problème avec le moteur du bateau. L’entretien revêt une grande importance. À intervalles réguliers, mon capitaine consciencieusement voit aux changements d’huile et à l’inspection de tout le système. Le moindre bruit inopportun attire son attention. Juste derrière l’hélice, avant le départ nous avions installé un coupe orin ( couteau fixé près de l’hélice). Il a été utile au moins une fois alors que nous avions ramassé un enchevêtrement de filets flottant entre deux eaux.
Nuit de navigation, harnais … Les nuits de navigation seront toujours un gros défi. Mais nous prenons confiance en nos instruments peu à peu; les bons choix de météos, la bonne préparation pour faire le point régulièrement, la bouffe préparée d’avance, la sécurité assurée par les harnais et les lignes de vie ( sangles attachées sur le pont, à bâbord et à tribord, de la poupe à la proue et à laquelle est relié notre harnais), le tout nous aide à naviguer en toute sécurité. Ces heures d’intimité avec la mer en robe du soir sont propices à une réflexion profonde.
Pilote automatique : Le pilote automatique est précieux durant nos longues nuits de navigation. Cela nous permet d’être plus disponible pour surveiller le radar et la navigation; notre énergie personnelle s’en porte mieux. Nous prenons garde de ne pas le forcer par mauvais temps. Il faut réaliser que c’est aussi énergivore, donc nous prenons la barre souvent le jour. Nous devons toujours gérer l’énergie en demande afin de l’utiliser au plus essentiel du moment.
Radar : Quel outil de navigation indispensable! La nuit, il nous aide à évaluer la distance et la trajectoire des bateaux qui sont dans notre entourage jusqu’à 20 milles nautiques; ce qui nous permet de prendre les décisions pour notre sécurité. De plus nous pouvons voir les grains se dessiner sur l’écran avec leur vitesse et leur direction. Nous avons déjà fait demi-tour pour une demi-heure afin d’éviter un grain ou encore, cela nous permet de se faufiler entre deux grains.
Batteries et éolienne : Avec une banque de quatre batteries de 6 volts pour le quotidien, cela n’était pas suffisant pour répondre aux besoins. Au départ, nous avons ajouté l’éolienne et deux panneaux solaires de 75 watts chacun. Durant la première année nous faisions quand même minimum une heure de moteur par jour pour aider à la charge des batteries et nous avons acheté une petite génératrice de 1000 watts que nous utilisons assez régulièrement à l’ancrage pour maintenir la charge des batteries. La demande étant très grande car nous avons un congélateur et un réfrigérateur, la radio-amateur, l’ordinateur, le désalinisateur, un chargeur de batteries ( les …eurs prennent beaucoup d’énergie ), plus l’éclairage, nous avons décidé d’ajouter un troisième panneau solaire et en janvier 2005 nous renouvelons les quatre batteries sur le bateau. Celle réservée au démarrage du moteur fonctionne encore très bien. Il faut dire que l’éolienne ne fournit de l’énergie qu’à partir de quinze nœuds de vent. L’achat d’une Aérogen 6 serait plus efficace que notre Aérogen 4.
L’entretien du bateau dans la mer salée, L’entretien général du voilier doit se faire régulièrement. Bien sûr le sel est présent dans l’air et dans l’eau. Bien sûr il faudrait frotter continuellement soit la coque, le pont, le cockpit, l’acier inoxydable, les boiseries, les plastiques, le dinghy, les hublots, les accessoires intérieures. Il y a des choix à faire, cela dépend de chaque équipage. Nous réservons du temps dans la semaine pour ces travaux mais pas au point de manquer une activité intéressante ou une rencontre imprévue. Les activités sont nombreuses autour de nous. Il y a aussi les jours où cela ne nous tente pas; nous choisissons alors de se reposer. Avec cette chaleur il faut penser s’y prendre tôt le matin. Il faut parler aussi de l’envahissement des algues et des coquillages sur la coque malgré nos excellentes peintures protectrices, elles reviennent inlassablement. Les bateaux ne brillent pas comme dans l’eau douce et nous voyons le bronze ou les alliages de nos lampes ainsi que les miroirs perdrent de leur éclat. Mais ce n’est rien de grave; ces choses se remplacent. C’est un peu le prix pour se promener dans la mer près de ces îles de rêves. Il ne faut pas oublier que le monde marin est un monde de concessions. Reste à voir ce que chacun est prêt à accepter.
% voiles et moteur en navigation. Cela dépend vraiment de nos intentions et de notre situation géographique. Si nous avons le temps d’attendre le bon vent, nous ferons de la voile. Si on se retrouve près d’un courant fort, nous ferons de la voile assistée du moteur, si nous avons besoin de refaire l’énergie des batteries, nous ferons du moteur ou du motorsailing. Si nous devons aller contre un vent dominant, nous ferons du moteur à moins d’accepter d’allonger notre itinéraire et de faire plus de virements de bord et ainsi prendre plus de temps évidemment. Il ne faut pas oublier que le voilier est pour nous un moyen de transport maintenant plus qu’un loisir de voile. Nous espérons toujours faire de la voile pour notre plaisir dans un de nos déplacements mais je dois admettre que les contraintes du voyage ne nous permettent pas d’en faire autant que nous aimerions. En seize mois de voyage je pourrais évaluer à 30% de voile uniquement. Peut-être qu’étant rendu dans les îles, avec plus de temps devant nous, en ferons-nous plus dans la prochaine saison ?
Bimini, dodger, entre-deux, pare-soleil. Le dodger, très utile la nuit en pleine mer pour se protéger des embruns et de la pluie. Il rend la navigation plus confortable. Dans le sud nous pouvons ouvrir le devant et les côtés pour profiter de la brise. Le bimini, indispensable pour se protéger du soleil; il est en place continuellement. L’entre-deux, cette partie qui relie le dodger au bimini est en place à chaque ancrage pour apporter de l’ombre dans le cockpit. Les pare-soleil, il faut prévoir un système pour se protéger du soleil couchant lors de ces moments où il est le plus aveuglant et qui risque de nous brûler même en fin de journée. Nous, nous avons un grand filet qui s’ajuste sur des velcros autour du bimini dans l’angle nécessaire. Le soleil brûle avec le temps le fil des coutures. Nous avons fait remplacer des fermetures éclair et plusieurs coutures ont été refaites. Heureusement la couleur de notre canevas, vert, ne change pas. La couleur de canevas la plus affectée par le soleil est le rouge. De plus, nous avons maintenant des tauds ( toiles protectrices du soleil ) que nous plaçons sur le pont à l’ancrage selon les besoins. Nous retrouvons dans plusieurs îles des boutiques qui travaillent le canevas; pour nous ce fût à Béquia et à Trinidad.
Eau potable, bidon bleu, désalinisateur, récupération de l’eau : Denrée précieuse sur un bateau, il est essentiel de bien gérer son utilisation. Il faut développer de nouvelles habitudes; par exemple, ne pas laisser l’eau couler quand on se brosse les dents, faire une seule vaisselle par jour si possible et utiliser le minimum d’eau; prendre des douches avec les douches solaires à débit plus léger; laver les légumes et les fruits dans un bol et non sous le robinet. Il est possible de se procurer de l’eau potable dans les îles assez facilement; souvent il faut la payer et la pression peut être faible. Afin de ne pas déplacer le bateau de son ancrage, souvent les navigateurs font leur plein d’eau avec des bidons bleus de 5 gallons qu’ils transvident dans leur réservoir. Il faut ajouter de l’eau de javel dans les bidons et réservoirs pour conserver l’eau. Idéalement, l’utilisation d’un désalinisateur facilite la vie. Le nôtre nous fournit 5 gallons à l’heure. Le seul inconvénient, c’est l’énergie qu’il prend; le moteur doit fonctionner. Bien entendu, nous n’avons pas fait d’eau l’automne dernier dans l’intracoastal. Mais depuis il suffit à notre demande. Il y a aussi la récupération de l’eau de pluie que certains navigateurs dirigent directement dans leurs réservoirs. Le temps d’un grain et déjà une bonne quantité d’eau est ramassée. De mon côté, je profite d’une pluie à l’ancrage pour remplir ma chaudière et cette eau est utilisée pour le nettoyage extérieur.
Diesel, filtre Bahia Le diesel doit être manipulé avec soin. À chaque plein de diesel, les navigateurs versent du Bio-Guard dans leur réservoir ou dans leurs bidons de 5 gallons pour protéger le diesel des bactéries et séparer l’eau. Pour obtenir une filtration supplémentaire, mon capitaine utilise un filtre Baja au moment du remplissage du réservoir principal. Tous les bateaux ont en permanence des bidons jaunes de diesel sur le pont bien attachés. Lors d’une longue traversée, nous avons d’ailleurs eu besoin de transvider du diesel dans le réservoir principal.
Bouffe, Dépendant des îles, il est facile de se procurer notre bouffe soit dans de petites épiceries ou à des kiosques extérieurs de fruits et de légumes. Bien entendu le choix peut être restreint ou différent de nos attentes mais parfois nous avons la surprise de se retrouver dans un supermarché qui offre un choix extraordinaire de produits. C’est le temps d’essayer aussi de nouveaux produits. Nous avions fait ample provision au Québec avant le départ. Aux Bahamas, il est important d’avoir ces provisions car c’est plus difficile de s’approvisionner et beaucoup plus dispendieux mais après, cela s’est avéré plus facile. Les pots Masson préparés au Québec ont été très utiles pour les longues navigations, il en reste encore d’ailleurs. Prudence est requise lors de chaque épicerie afin d’éviter les insectes à bord; ne jamais entrer des contenants de carton dans nos équipets et toujours laver les fruits et légumes dans de l’eau légèrement javellisée avant de les ranger dans le bateau.
Propane, essence Nous avons trois bombonnes de dix livres de propane à bord. Nous n’avons jamais manqué de propane. Il est possible de s’en procurer dans les îles à la condition de s’y prendre d’avance ( quarante-huit heures ). Souvent les marinas s’occupaient de les faire remplir pour nous. Toutefois dans les îles françaises, Martinique et Guadeloupe, le propane n’est pas disponible car ils utilisent du butane. Il s’agit de prévoir nos pleins avant notre séjour dans ces îles. Nous n’avons aucun problème pour se procurer de l’essence dans les marinas ou les environs. Il faut se présenter avec des bidons rouges, reconnus partout comme bidons à essence. Pour l’essence comme pour le diesel, les prix varient d’une île à l’autre. Les îles françaises sont renommées comme étant les plus coûteuses alors que le Venezuela est très bon marché.
Pêche Une canne à pêche avec moulinet et ligne de 100 livres test est intallée sur le balcon arrière du bateau. À certaines occasions, nous avons pêché à la traîne. Nous avons sorti quelques barracudas qui aux Bahamas sont toxiques malheureusement. Je dois avouer que l’équipage de l’Aquarel n’est pas très aguerri à la pêche mais nous ferons mieux peut-être à la nouvelle saison.
Dinghy, coquillages. Le dinghy demande à son tour de l’entretien. Lui aussi, avec le temps, recouvre son dessous de coquillages et de résidus d’algues. Il est sûr que le soir si nous le relevons sur les bossoirs, on en retarde l’apparition. Le dinghy doit toujours être barré le soir au bateau ou à tous les quais de débarquement. C’est la meilleure façon de décourager le kidnapping de nos dinghys. Dernièrement nous avons fait faire une housse pour le dinghy qui en recouvre la surface en permanence; c’est une protection efficace contre le soleil des Tropiques qui darde à tous les jours ou presque.
Monnaie des pays Dans toutes les îles, il est possible d’utiliser un guichet automatique. Il n’est pas garanti qu’il fonctionne à tous les jours mais en général c’était assez facile. Il faut calculer des frais de 5 $ pour chaque retrait; il vaut mieux prendre le maximum lors d’une visite que d’y retourner plusieurs fois.
Douanes Il faut se rappeler que voyager d’un pays à un autre exige le passage aux douanes même par la mer. À l’arrivée, le drapeau de quarantaine est en place et nous avons en principe vingt-quatre heures pour s’y présenter mais l’équipage ne peut descendre à terre avant d’avoir passer par les douanes. Les frais et le permis de séjour sont différents selon les pays et parfois selon la longueur du bateau. Aux Bahamas nous avons payé 300$ U.S. pour un permis de séjour d’une année. Les frais pour autres îles visitées ont varié entre 8$ et 30$ U.S. pour des permis de séjour d’une semaine à six mois. C’est seulement à ce moment que le drapeau jaune sera remplacé par le drapeau du pays hôte. Certaines îles demandent également des frais quand nous dédouanons.
Ancrages conformes aux indications des Cruising Guides Ces guides sont très bien faits et nous décrivent les ancrages, la configuration, l’approche, la profondeur, la protection des vents et tous les services attenants. Nous avons suivi ces guides et nous avons constaté la précision de leurs informations. Ce sont vraiment des outils indispensables à notre voyage. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, on ne peut pas s’ancrer n’importe où sans courir des risques sur les fonds ou se retrouver dans des endroits non sécuritaires.
Vie à deux, Vivre à bord à deux est sans doute un sujet à exploiter longuement. Pour être la plus objective possible, j’en parlerai en général d’après mon observation des navigateurs en y incluant mon expérience. La voile, je le disais, est un monde de concessions. L’espace réduit est le premier défi; chacun doit s’y trouver un mode de vie qui répond à son bien-être dans le respect de l’autre. Bien sûr nous devons fermer les yeux sur des situations du quotidien qui seraient anodines dans une maison mais qui prennent de l’ampleur dans le petit bateau. On doit s’adapter à un nouveau mode de vie qui exige simplicité, promiscuité et complicité. Par contre, il est indispensable de se ménager des moments de solitude et c’est à tout à fait possible. Si le pont ou la cabine ne suffit pas, il est toujours possible de prendre le dinghy et de se retrouver sur la plage ou dans les boutiques des villages. Le contact avec les autres équipages permet une évasion salutaire tout en variant les sujets de conversation. Nous allons au restaurant deux à trois fois semaine ; dépendant des îles nous retrouvons de bonnes pizzas, des poissons, des mets locaux, des salades et des menus variés selon la cote du restaurant. Nous pouvons aussi trouver des hôtels à proximité des ancrages qui offrent une cuisine raffinée, à un coût raffiné aussi.
Passe-temps : films, dvd, lecture, hobby personnel, musique Même après avoir réalisé tout le travail inhérent à un voilier, il faut prendre le temps de profiter des îles, de la plage, de la plongée, de la baignade, des couchers de soleil, des apéros et … des passe-temps favoris. Entre navigateurs en voyage, il y a aussi des échanges de livres et de films. Ce qui est très intéressant.
Communications : VHF, café internet, radio amateur, téléphone, journaux. Les communications sont un élément important à bord. Bien sûr le VHF est connu des navigateurs. Il s’agit de bien obtenir le canal en vigueur à l’approche d’une île. C’est différent d’une île à l’autre. Sur la VHF nous avons connu le net du matin à trois endroits : Georgetown, Grenade et Trinidad. Le net ( 20 à 30 minutes ) nous donne de nombreuses informations très pratiques surtout pour un long séjour sur place. Les cafés internet sont présents dans presque toutes les îles; les coûts sont très différents même sur une même île. Si on se donne la peine de les chercher, nous trouvons souvent les cafés internet moins coûteux. Les communications par les ondes courtes impliquent que nous sommes radio amateur. Nous apprécions énormément ce mode de communication qui nous permet d’être en contact avec le Réseau des Petits Bateaux et le Réseau du Capitaine à tous les matins; ils nous fournissent la météo, les nouvelles, permettent des contacts entre bateaux et des appels téléphoniques avec la famille en cas de besoin immédiat. De plus, par ce moyen, nous envoyons et nous recevons nos courriels directement sur le bateau. Ce qui nous permet de communiquer en temps réel avec la famille et les amis. Le téléphone est également présent dans les îles mais là c’est une autre histoire. Je fais très peu d’appels mais je peux dire que souvent les appareils ne fonctionnent pas bien, qu’à certaines occasions, il faut courir des cartes d’appel ou bouffer un nombre incroyable de pièces de monnaie. À Trinidad, c’est plus facile, le système est plus simple et mieux organisé. Dans les Caraïbes, il existe aussi un journal pour les navigateurs, le Compass, édité à tous les mois, disponible gratuitement dans toutes les îles de Puerto Rico au Venezuela. Ce journal, d’une soixantaine pages, présente des articles divers susceptibles d’intéresser les navigateurs. S’ajoutent les publicités, des reportages, les évènements à venir, des expériences vécues, des explications techniques et bien d’autres choses.
Météo La météo est notre gouverne. Elle est notre guide des jours de navigation et d’expéditions dans les îles. Les vents, l’état de la mer et la direction de la houle en passant par les courants marqués sur les cartes, tout est pris en considération avant une navigation. Une analyse de la situation après avoir observé l’évolution des derniers jours nous permet une décision éclairée. Souvent aux vents, il a fallu ajouter 5 nœuds pour se rapprocher de la réalité. Il faut toujours se tenir prêt également à faire face à des situations parfois différentes des prévisions.
Le moment de l’ancrage J’en fais un titre à lui seul car sur tous les bateaux c’est le moment critique de la journée. Ah! Que d’histoires d’ancrages viennent alimenter les 5 à 7 ! C’est la rude épreuve de la communication entre la proue et la poupe. Au moment de l’ancrage, tant de questions surgissent. Est-ce assez profond si j’avance encore ? Suis-je trop proche des autres bateaux ? Le bateau à côté a mis combien de pieds de chaîne ? Si je tourne avec le vent vais-je toucher le fond ou être trop près de ces rochers ? Et bizarrement la vision du capitaine et celle de l’amirale ne concorde pas toujours. En imaginant que le vent combiné au bruit du moteur empêche de bien s’entendre, il n’est pas rare que les gens finalement crient pour se comprendre. Nous avons opté pour l’utilisation d’écouteurs facilitant la communication. Mais toutes les histoires finissent bien. L’enchantement des lieux fait aussi son œuvre aussitôt que nos yeux s’y attardent.
Voilà pour cette section qui permet de se faire une idée des différentes facettes de notre voyage. J’ai essayé d’être le plus fidèle possible à la réalité mais que d’imprévus il faut savoir affronter. Chaque jour peut changer la donne. C’est le mot adaptation qui fera la différence.
_________________________________________________________ Trinidad en ces temps de carnaval.
En janvier et février, Trinidad prend des airs de fêtes. De nombreux évènements rattachés au carnaval se préparent : les répétitions à tous les soirs pour les Steel Band, la confection des costumes, l’organisation des lieux de parades et compétitions. Il y a plus d’une trentaine d’évènements qui s’annoncent étalés sur les deux mois. Les week-ends sont particulièrement bruyants; la musique est omniprésente.
Nous y reviendrons. En attendant nous allons prendre un peu de repos dans une île non loin d’ici.
Chacachacare Chacachacare fait partie d’un ensemble de petites îles au Nord-Ouest de Trinidad. En forme de fer à cheval, tout autour de la grande baie de Chacachacare toutes en vallons de plus petites baies offrent des abris douillets aux voiliers. , L’île revêt un manteau de verdure riche en feuillus et en cactus. Du vert tendre au vert sombre des sous-bois, la gamme des nuances passent du jaunâtre au bleuâtre au gré des lueurs du jour. Une léproserie existait sur cette île jusqu’aux années quatre-vingt. Une communauté assez impressionnante vivait dans un village aux maisons éparpillées dans la montagne; depuis la découverte de médicaments pour combattre cette maladie, la colonie a été abandonnée. La nature envahit progressivement les bâtiments mais sur place quelques objets personnels et articles de maison sont là, vestiges d’un passé. Durant notre exploration, nous avons repéré la maison des médecins, la résidence des sœurs soignantes, l’hôpital et le village.
Ces bâtiments sont maintenant en délabres mais grâce aux constructions solides du temps, les toits et les murs ont survécu.
Elles ont subit du saccage, des murs défoncés, des murs bariolés, mais elles demeurent témoins d’une œuvre de bonté et d’humanisme. Une seule route bordant la mer reliait ces habitations. Au quai solide de béton accostaient les bateaux de ravitaillement. Un groupe électrogène imposant, installé sur l’île, desservait chacune des demeures.
Aujourd’hui le seul véhicule sur place, celui du gardien du phare, fait la navette selon ses besoins entre le phare et le quai sur la seule route praticable de l’île. Une côte implacable de trois milles nous guide jusqu’au phare qui domine l’île. Si nous sommes chanceux, nous nous retrouvons sur son chemin. Justement nous l’avons salué à notre arrivée, il pêchait au quai. Nous avons entrepris notre ascension pendant deux milles avec plusieurs arrêts pour se désaltérer, pour admirer fleurs et papillons ou pour reprendre notre souffle. Puis le son du moteur fait naître un espoir. En effet, il s’arrête alors que nous faisons du pouce ( c’était notre seule chance ); nous montons dans son véhicule climatisé avec grands remerciements. Nous apprécions fortement cette aide.
D’en haut, nous pouvons apercevoir la côte du Venezuela, à sept milles à peine, et de l’autre côté la baie de Chagaramas, à sept milles également. De grands manguiers ploient sous le poids de leurs fruits. Nous en faisons provision. Puis c’est le temps de redescendre et comme par hasard, des hommes travaillant à la restauration du phare signifient leur départ. Nous profitons à nouveau de leur gentillesse et nous économisons nos énergies de la journée. La baie frétille de poissons, nous irons tenter note chance un peu plus tard.
Une nuit à Chacachacare. C’est un endroit de calme absolu où le silence n’est brisé que par les bruits de la nature. Huit heures, la nuit est tombée et les nuages envahissent le ciel depuis plusieurs heures, impossible de voir les étoiles. Des murmures d’oiseaux au loin agissent en fond de trame sonore; des vaguelettes s’échouent sur le rivage, épuisées, en fin de voyage. La pluie se met à tomber en un rideau opaque formant un mur étroit autour du bateau; le voilier est cerné, en suspension dans le temps. Trois heures, je m’éveille. La pluie a cessé depuis un bon moment. Je sors sur le pont en quête de fraîcheur. Les nuages sont épars; la lune se laisse deviner derrière celui aux couleurs blafardes. Les étoiles ont la chance de jouer à cache-cache et je peux repérer Cassiopée, la Grande Ourse et Orion en ce ciel d’une profondeur sans fin. L’ombre des montagnes se façonne entre cette mer paisible et ce ciel incertain. Devant moi, des scintillements fascinent mes yeux, les lucioles coquines se promènent nonchalamment de feuillage en feuillage m’offrant un spectacle privé. Cinq heures, le vent se lève en bourrasques et réveillent les nuages qui bougonnant, non d’autres choix que de se déverser sur notre baie en une pluie drue pendant de longues minutes. La verdure de cette île n’est pas étrangère à cette source de vie. Huit heures, le soleil tente bien de se pointer mais le plafond de nuages persiste mur à mur. Seuls de grands oiseaux noirs, volant à une hauteur vertigineuse, donnent signe de vie. Le pépiement des autres de leur immense domaine montagneux, annonce le début de la journée. À Chacachacare, ce sera une autre journée sans histoire où le rythme du temps s’écoule doucement baigné dans une plénitude de paix et de repos.
Le passage du bonheur Le retour de Chacachacare se décide tôt le matin. Nous laissons passer une petite pluie qui voile le soleil et nous levons l’ancre. Un vent de 12 nœuds nous permet d’ouvrir le génois et de se laisser porter tout doucement vers la baie de Chaguaramas. Après cinq jours de calme et de repos, nous profitons de ces derniers moments de tranquillité; assise dans le cockpit, je lis alors que Robert est à la barre. Au bout d‘une heure, levant les yeux, j’aperçois un aileron gris, puis deux et trois. Je réalise soudain que nous sommes encerclés d’un banc de dauphins. Il y en a bien une cinquantaine qui filent tout autour en s’amusant à nous dépasser, à revenir et à repartir à notre rythme. Je me rends sur le pont pour les voir de plus près puis à la proue du voilier déjà sous le charme de leur agilité. Je suis très excitée d’en voir autant et je ne cesse d’indiquer à Robert leurs diverses apparitions à la surface. J’ai amplement le temps de les admirer car ils resteront près de nous une bonne demi-heure. En me penchant au-dessus de la rambarde, je peux très bien les voir nager en parallèle avec l’étrave et j’en suis à me demander s’ils ne touchent pas à la coque. De chaque côté de l’étrave, telles des sentinelles, filant exactement à la vitesse du voilier, ils semblent nous indiquer la route à suivre. Ils m’offrent le spectacle gracieux d’un ballet aquatique. Ils tournoient, plongent, refont surface, se croisent dans un pas de deux extraordinaire. Petit solo d’un premier suivi d’un piqué, accompagné d’une sortie à la surface de deux ou trois dauphins en parfaite harmonie supportée en fond de scène par la parade de l’ensemble, c’est un feu roulant d’exhibitions d’une facilité déconcertante. En voici un, plus humoristique, qui décide de sauter en frappant sa queue à la surface de l’eau espérant m’éclabousser; à chaque éclat de rire, il recommence. C’est fantastique! Ils veulent s’amuser avec nous. Plusieurs fois, un d’entre eux s’approche en surface tout près de moi, tout à côté du bateau, il se retourne sur le côté à la recherche d’une caresse peut-être; je peux voir son dos d’un gris foncé pâlir sur les côtés jusqu’au gris perle de son ventre. De son regard amical émane une telle douceur. Ce sont des mammifères extraordinaires qui dégagent une force naturelle sans aucune malignité. Je reste éblouie par tant de bonheur. Avoir la chance de pouvoir les observer en liberté dans leur immense monde marin est un moment de pur ravissement. Ce souvenir en sera un des plus heureux de ce voyage.
Le carnaval. Le carnaval à Trinidad n’est pas seulement l’histoire de deux jours. C’est une série d’évènements auxquelles se rattachent des soirées spéciales organisées dans les hôtels. L’attrait principal est bien sûr cette musique omniprésente des Steel Bands et des costumes des rois et des reines qui seront en compétition. Il y a donc des préliminaires, des semi finales et des finales clôturées par les défilés sur deux jours. Les préparatifs se sont intensifiés depuis Noël. Tout Trinidad est en liesse. Nous avons senti l’excitation monter d’un cran à chaque jour. Parmi tous ces évènements, il faut choisir et c’est difficile. Au stade de Savannah Park, les places sont à différents prix dépendant de leur situation et de leur confort.
Les Steel Bands
Le jour de la compétition, il faut imaginer ce parc immense où les joueurs de regroupent, pratiquent des séquences de leur pièce et organisent la disposition finale des instruments. Une foule est présente autour d’eux, curieuse de s’approcher, d’encourager les musiciens ou de profiter de la musique de leur répétition. Des kiosques de nourriture et de boisson sont alignés le long du parcours. On a peine à marcher dans cette fourmilière. Pendant ce temps les compétitions débutent dans le stade et chaque groupe s’avance près de l’estrade à son tour. Nous sentons l’excitation les envahir; ils vont se défoncer à coup sûr pour gagner. Nous assistons aux semi finales des Steel Bands. Vingt-quatre groupes en compétition; cela se passe de 11 heures le matin à très tard en soirée. Le stade est ouvert aux deux extrémités. Il faut imaginer que les groupes en compétition vont monter, un à la fois, sur l’estrade élevée de cinq pieds qui traverse le stade sur toute sa longueur avec des plans inclinés aux deux extrémités. Chaque groupe comprend de cinquante à plus d’une centaine de joueurs. Jusqu’à une douzaine de Steel Pans peuvent être fixés dans une armature sur roulettes facilitant le déplacement. Alors quand un groupe est annoncé, nous les voyons pousser sur les armatures, grimper le plan incliné et venir s’installer devant les juges.
On leur donne dix minutes pour s’installer, ils présentent une pièce de huit minutes et ils ont quatre minutes pour dégager l’estrade. Pour un néophyte, c’est assez impressionnant de voir l’habileté de ces musiciens jouant sur différents steel pans. Ils ont l’ingéniosité de produire des sons mélodieux grâce aux différents modèles de steel pans et le résultat est fantastique, rythmé et incomparable. À l’intérieur du stade, l’excitation est à son comble. Comme il y a toujours des délais entre les groupes, la musique des boîtes de sons prend la relève avec ses hauts décibels pour faire patienter les gens qui se lèvent et dansent souvent durant ces intermèdes. Puis l’annonce du groupe en place ramène le calme. Quelques minutes de concentration et les musiciens prennent le rythme; leur corps bat déjà la mesure et le coup d’envoi est lancé pour un déclenchement d’énergie sans égal. Ils jouent avec leurs mains impatientes mais il faut les voir se déhancher tout en jouant, sautiller et vivre cette musique qui sort de leurs tripes. Ils font partie de leur instrument. Les mélodies, les jeux de cadence et les progressions de sons se succèdent à un rythme infernal. Ils donnent tout leur pouvoir en ces instants de plaisir assuré. Leur enthousiasme est contagieux et entraîne toute la foule. Les juges évaluent et donnent le classement après l’exhibition.
La soirée des reines et des rois.
C’est une compétition de costumes de grande envergure afin de choisir le roi et la reine du carnaval. Toute la soirée, devant les juges, c’est un défilé de costumes dans toute leur splendeur sur le rythme de la musique carnavalesque. Ces créations deviennent d’élégants défis par leur thème, leur montage, leur exubérance, leurs couleurs, leur brillance et leur mouvement. Le montage porte sur deux roulettes à l’arrière tout en reposant sur les épaules de la personne. Résultat d’un travail d’équipe minutieux, reflet d’une imagination débordante, chaque costume a un nom et représente un thème dans une catégorie.
Chaque participant a droit à environ cinq minutes pour se mettre en valeur sous les projecteurs. Tout est mis en œuvre pour épater, éblouir et impressionner les juges. C’est un feu roulant de soixante-dix concurrents qui se bataillent les premières places. Spectacle grandiose, haut en couleurs, c’est un régal pour les yeux.
Le carnaval des enfants.
Tout simplement fabuleux! Près de mille enfants se préparent à défiler dans le stade. Ils sont regroupés dans le parc attenant sous d’immenses toiles solaires. Les costumes étendus par terre sur des toiles ou sur des mannequins, les adultes s’affairent aux derniers préparatifs tout en faisant reposer les enfants. Les présentations se font par groupe d’âges de très jeunes jusqu’à 15 ans. Je verrai une puce de neuf mois présenter son costume d’ange tout blanc dans les bras de ses parents. L’excitation se sent dans l’air. L’organisation est à point. Vers onze heures le matin, les premiers se présentent sur le stade au son de la musique du carnaval et le défilé dure jusqu’à sept heures du soir sans arrêt. Les juges sont là et les gagnants des trois premières places pour chaque catégorie vont chercher leur prix au fur et à mesure. La présentation des costumes individuels est entrecoupée par celle des groupes, le tout monté sur des thèmes. Les enfants sont fantastiques, les costumes sont magnifiques. Nous avons droit à un bain de couleurs, de charme et de beauté. Ces costumes chatoyants où figurent aussi le tulle, la soie, les perles, les plumes, les voiles et les rubans sont les témoins d’un sens artistique aiguisé. Chaque détail est étudié de la parure de tête jusqu’aux souliers en passant par les petits bracelets, le maquillage et la brillantine sur la peau. Les thèmes peuvent représenter des contes connus, la mer, la nature… Plus l’âge avance, plus le costume est volumineux et raffiné. Ils brillent autant de tous leurs feux que d’imagination.
C’est la fête et l’enchantement est à son comble. La relève est assurée.
La fin de semaine du carnaval commence.
Tous les soirs de la semaine ont été témoins de spectacles divers. La musique du carnaval est omniprésente dans les autobus, dans les marinas, dans les restaurants, à la télévision et dans la rue. Ce samedi soir, ce sont les finales de la compétition des Steel Bands et dimanche soir, les finales des compétitions des Rois et Reines. Lundi dans la nuit c’est J’ouvert suivi du Mardi gras qui sera le défilé costumé, en musique, dès huit heures du matin.
Dimanche matin marque un réveil hors du commun car nous sommes ancrés à 500 pieds du rivage où une estrade est installée avec d’énormes boîtes de sons; un super party de carnaval a lieu et la musique du carnaval envahit les lieux. Il était prévu de minuit à midi et il a attiré une foule incroyable. Tout le long de la route qui borde le rivage, il y a une suite interminable de voitures. La circulation est complètement bloquée. Des kiosques sont installés pour offrir le déjeuner. La fête bat son plein. Toute la nuit, les gens ont dansé, bougé et bu. À cinq heures, un feu d’artifices ajoute à la fête. Nous réussissons à dormir grâce aux hublots fermés et aux bouchons d’oreilles. Vers onze heures, enfin au bout de leur énergie, les gens se dispersent ou se sont endormis sur le gazon.
J’Ouvert
Abréviation de jour ouvert, ce jour représente l’inverse de la normalité. De par son histoire, ce jour était, à une époque, le jour de congé des esclaves. Ils en profitaient pour se déguiser et faire de la musique rythmée avec tout ce qu’ils trouvaient. De là sont nés les Steel Pans et la tradition de la fête costumée dans la rue. Et J’Ouvert, un événement du carnaval, commémore ce temps en donnant pleine liberté pour s’amuser dans la rue. Cette fête donne une licence pour faire fi des quand dira-t-on; les gens sont là pour lâcher leur fou et se donne la permission de se salir pour le plaisir. Nous faisons partie d’un groupe nommé Hula-Hula et nous portons un léger costume sur un short pour identifier le groupe : jupe hawaïenne, t-shirt, collier hawaïen. À deux heures dans la nuit, un maxi-taxi vient nous chercher à la marina pour nous amener au lieu de rendez-vous. Nous passerons quelques heures à marcher et à danser dans les rues de Port of Spain se laissant entraîner par les Trinidadiens de notre groupe toujours accompagnés des énormes boîtes de sons montées sur camion qui nous rejoue les musiques du carnaval sans relâche. Au cœur de la fête, badigeonnés de gouache, on se soucie très peu des apparences et on s’amuse ferme. Les provisions de liquide nous suivent et les premières lueurs du jour marquent notre retour. Épuisés par notre nuit écourtée, nous avons besoin de repos mais en arrivant, il faut mettre nos dernières énergies sur une longue douche, situation oblige. Le défilé du carnaval
Mardi gras, nous revoilà en cabale. Le défilé commence à huit heures. C’est une longue journée pour tous. Plus de cent milles personnes participent au défilé et la foule des spectateurs est innombrable. Ce défilé est organisé de façon géniale: il est divisé en cinq grands groupes partant de cinq points différents, simultanément. Le long de l’itinéraire, à cinq endroits, les juges sont installés; forcément, dans la même boucle, tous les groupes passeront devant eux. Alors les spectateurs ont droit dès le début de la journée à un feu roulant de présentations tout le long du parcours. Les gens fêtent, dansent et chantent. Ils ont tellement le rythme dans le sang, ils bougent de façon si aisée; nous avons droit à des exhibitions plus sensuelles qui font normalement partie de ce défilé. C’est vraiment une passion pour eux; ils y mettent des heures de préparation et tellement d’énergie en ce jour. Chaque participant a acheté un costume et fait partie, se faisant, du band que représente son costume. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres. Je manque de mots pour les décrire alors je mettrai plus d’images. Dans l’essentiel, c’est très coloré, brillant, esthétique, sexé, fantaisiste, étonnant, extravagant, flamboyant et séduisant. Les accessoires de bijoux, de hautes plumes et de scintillants mettent en valeur l’ensemble des groupes. Sous le soleil ces parures offrent un spectacle sans égal. Quelques costumes plus sophistiqués, plus grandioses accompagnent les groupes et toute cette musique entraînante nous englobe. C’est une ambiance fantastique. C’est un bain de foule.
Il faut dire qu’ils ont le sens de la fête et ils savent s’amuser.
Bientôt, nous quitterons Trinidad. Nous aurons nos images, nos impressions et le souvenir d’une île accueillante, amicale où l’escale nous aura permis des rencontres extraordinaires et offerts de plus, des moments magiques.
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