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1er au 31 octobre 2004 Octobre
Trinidad est chaud et humide, c’est vrai. Les soirées sont par contre très agréables. Les premières semaines à Trinidad permettent des rencontres extraordinaires. La vie sociale est très active. Les gens partagent facilement leurs découvertes et le temps nous file entre les doigts à une vitesse incroyable. L’idée qu’on se fait de la vie de plaisancier n’est pas toujours la lune de miel de nos rêves. À voir les gens ici frotter, astiquer, réparer, améliorer en suant sous ce soleil brûlant, il faut être amoureux assurément de la voile et de la mer. C’est pourquoi, il faut lâcher prise et savoir remettre à demain pour se garder des heures de détente et de joyeuses rencontres. Il faut aussi savoir rire des situations que cette nouvelle vie nous procure. Adieu les belles coupes de cheveux, on se retrouve toutes soit avec la queue de cheval ou le cheveu très court; adieu les beaux vêtements de sortie, nos shorts et nos camisoles sont de toutes nos balades; adieu les beaux manucures, on touche à toutes sortes de produits et les ongles longs ne survivent pas au frottage; la vie de bateau se vit vraiment très simplement.
13 octobre, nous revoilà à l’eau. Les réparations sont complétées. Nous attendons toujours notre nouveau dinghy qui attend l’estampille des douaniers. Nous sommes installés à la marina TTSA, Trinidad Tobago Sailing Association, sur deux moorings; ce qui permet aux bateaux de rester face à la houle.
Cette marina offre le service des bateaux taxis de sept heures le matin à sept heures le soir. Les bateaux sont assez proches les uns des autres mais c’est en majorité des voiliers des résidants de Trinidad qui travaillent la semaine. Donc c’est très tranquille comme endroit. Nous avons besoin de repos après ce mois de septembre à tout le moins exigeant. A tous ceux qui se demandent encore pourquoi nous nous sommes embarqués dans ce voyage avec les risques que cela comporte, j’écris cette citation de l’équipage du bateau français Managreva qui a vécu l’ouragan Ivan à Port Egmont avec nous : « À quoi sert de vivre si l’on ne se sert pas de sa vie » Pierrette et Jean-Claude Laine, ¸âgés respectivement de 68 et 67 ans.
Trinidad, journée nature.
Ce matin nous sommes partis un groupe de douze avec Jessie, très connu des navigateurs. Il nous conduit pour la journée d’abord dans les Rain Forest; c’est un décor époustouflant qui nous attendait. La route en lacet nous fait découvrir à chaque tournant une facette nouvelle de cette forêt. Les hauts faîtes sont mis en évidence par des vallées profondes. La végétation est très variée et tous ces arbres, palmiers, bananiers, bambous ajoutés à un nombre considérable de feuillus aux essences diverses font de cette région un tableau de maître où les fleurs sauvages ajoutent leur piquant. Les ravins tout comme les falaises sont dignes des grandes scènes panoramiques d’Hollywood. Fascinés à un détour par des plantations supportées par des treillis de broches, le guide nous explique que c’est une plantation de cristophines, légume que l’on retrouve souvent sur les tables de Trinidad. Cette plante possède un lot de racines centrales et ses branches courent sur le sol en couvrant une surface très grande; en mettant des treillis, non seulement la cueillette sous les treillis est facilitée mais la plante est protégée. C’était fascinant de voir les pentes des montagnes recouvertes de cette plantation.
Puis, l’arrivée à Asa Wright qui est un paradis pour observer les oiseaux. Ce centre de nature est aussi un hôtel champêtre où les gens peuvent dormir, se détendre et prendre leurs repas. C’est un refuge de quiétude, de beauté et de contemplation. Une immense véranda surélevée permet d’entendre le chant des oiseaux tout en observant les oiseaux mouche aux mangeoires ainsi qu’une bande d’oiseaux au ventre jaune qui dévoraient des tranches de pain et de pamplemousse qui leur étaient présentées, sous un treillis, juste sous nos yeux, sur une mangeoire. Quel spectacle! Les lieux reflètent une telle tranquillité que les gens n’osent parler, ne font aucun bruit; tout est consacré à la contemplation. De grands fauteuils invitent à la détente ou à un petit roupillon. Des tabourets permettent de s’approcher de la balustrade et de prendre le temps.
Derrière ces mangeoires, on aperçoit des sentiers balisés entraînant les marcheurs vers de nouvelles découvertes. Au loin, les montagnes se dressent en effaçant toute trace de civilisation. Elles rejoignent ce ciel qui s’habille aujourd’hui d’un bleu immense pour l’occasion. Lors de notre promenade, notre guide attire notre attention sur différents chants d’oiseaux, sur leurs habitudes et leur reconnaissance. En passant, il nous présente une tarentule, des papillons d’une beauté rare et des fleurs aux formes diverses. Cette randonnée s’est terminée par un repas savoureux servi dans leur salle à manger. Nous profitons du temps qu’il nous reste pour se rendre dans une piscine naturelle, exotique, par un joli sentier descendant. Les lianes côtoient les hibiscus et là devant nous, deux cascades alimentent cette piscine naturelle qui semble bien petite entourée de ces gigantesques arbres qui d’ailleurs lui cachent le soleil et lui donnent cette beauté exotique. Pour la première fois depuis plus d’un an, nous nous baignons dans une eau douce et froide nous rappelant le lac Champlain en juin. Un vrai délice et personne ne se plaint. Départ de Asa Wright, Jessie nous conduit maintenant dans les marais. Une heure de route et nous nous retrouvons à bord d’un bateau péniche pour une autre dose de nature. Nous avançons dans une rivière étroite. Différentes sortes de palétuviers ( mangroves ) nous entourent. Ces arbres sont très surprenants car à mesure qu’ils grandissent, de leurs branches supérieures se forment des racines qui aspirent rejoindre l’eau; ce qui réussit au bout de quelques temps. Cela ressemble à de longues lianes. Le guide nous instruit sur différentes observations dont un serpent endormi, enroulé autour d’une branche beaucoup trop prêt de nous à mon avis. Mais il dormait… La première image en tête qui vint: nous voilà tombés directement dans les décors de Indiana Jones, à cette heure où les ombres commencent à nous faire divaguer.
Mais c’est un sanctuaire d’oiseaux dont certains sont un ravissement pour les yeux. L’oiseau évocateur de Trinidad est un ibis entièrement rouge écarlate dont la grosseur se mesure à une longue aigrette. Nous en avons vu des volées et le point culminant de cette visite est un arrêt à proximité d’un îlot hautement montagneux dont les arbres feuillus se dressent fièrement en montrant leur parure; les ibis se perchent sur l’extérieur des branches et bientôt tous ces arbres semblent parés de fleurs pourpres. Ce spectacle au coucher du soleil est d’une beauté rare. Cet îlot perdu dans un lac sauvage où aboutissent les rivières des marais; tout cela donne l’impression d’être dans un autre monde. Quelle journée merveilleuse de calme et d’émerveillement!
20 octobre
Après une journée au quai des douaniers à notre arrivée à Trinidad, nous avons accosté à Power Boats pour une semaine où la houle nous baladait joyeusement; puis nous avons passé deux semaines en cale sèche suivies d’une semaine à TTSA accrochés à deux moorings, semaine reposante cette fois et aujourd’hui nous revenons au quai, à Coral Cove en attendant notre départ sur Grenade. Notre décor change ainsi au fil de nos arrêts et partout nous revoyons les équipages de bateaux connus. Une visite à Port of Spain cette semaine nous a dévoilé une ville très active particulièrement au centre-ville. Cité aux mille visages, aux mille couleurs, elle regroupe différentes ethnies. Le transport est très bien organisé par des maxi taxis ( minibus pour 12 personnes ) au coût de 2, 4 ou 5 TTD ( Dollar Trinidad Tobago ) dépendant de la distance parcourue. La circulation des voitures est intense mais il y a tout de même une certaine courtoisie envers les piétons. Ces rues sont très bruyantes, la musique est omniprésente. Comme dans toute grande ville, les gens vont et viennent à leurs occupations, certains en tenue classique de bureau où d’autres plus décontractés. Ils ont aussi leurs itinérants qui s’installent assis sur les trottoirs le plus souvent pieds nus, attendant la main charitable qui leur donnera de quoi manger. On y retrouve plusieurs rues débordantes de magasins de toutes sortes aux boutiques modernes. Il y a aussi les marchands de peccadilles sur les trottoirs. C’est surprenant de voir s’aligner plusieurs magasins de tissus, ce qui est vraiment particulier à Trinidad. À l’intérieur des magasins, d’une allée de cotons d’Égypte on passe aux tissus indiens, aux soieries de Chine, aux voiles asiatiques, aux brocarts, aux dentelles et à la variété de tissu polyester et spandex pour confectionner des maillots de bain; en fait il y a de tout. De jolies boutiques sont consacrées uniquement aux accessoires de couture, fils, aiguilles, rubans, boutons, délicates décorations, dentelles enfin tout ce qu’on peut imaginer en accessoires. On s’y promène avec un petit panier sous le bras pour rassembler nos trésors. Dans la baie de Chaguaramas, une couturière nous propose de confectionner nos maillots de bain suivant un modèle qu’on aime alors qu’on lui fournit notre tissu. Le tout revient à un prix raisonnable et l’idée est fort séduisante compte tenu du choix incroyable de tissu. Alors l’amirale ne va surtout pas laisser passer l’occasion.
Notre annexe est enfin arrivée. Nous pouvons nous promener à notre guise dorénavant. Tout cet ensemble de marinas où les bateaux se côtoient prend l’allure d’une fourmillère à voir les annexes se croiser continuellement. Bien installés à Coral Cove, nous nous préparons à passer une nuit tranquille mais à cinq heures, le vent se lève spontanément entraînant un train de vagues et une houle menaçante. Aussitôt les bateaux se mettent à valser dangereusement et pas toujours en cadence; ils tirent sur leurs amarres les étirant trop pour ne pas craindre que les bateaux touchent les quais. Rapidement les capitaines sont sur les ponts doublant les amarres et surveillant la situation. Très impressionnant d’ailleurs de regarder en haut et de voir les têtes de mâts se faire la courbette. À un moment donné les mâts de nos deux voisins de bâbord se sont touchés bruyamment. Face à nous, le voilier semblait vouloir grimper sur le quai à chaque vague. Les grincements sur les taquets laissaient entendre la pression que nos bateaux subissaient tiraillés de part et d’autre. Certains portant encore les marques de l’ouragan, bravaient quand même ce nouvel assaut. Finalement deux heures et le vent se calme, tout redevient à l’image des beaux jours. Nous préparons un retour sur Grenade car nous attendons des invités le 1er novembre. Nous profiterons de ce retour pour apporter des fruits et des légumes frais pour 7 équipages sur place qui doivent exécuter des réparations sur leur bateau.
23 octobre
Quatre mini bus de Jessie partent à 6 : 30h pour le marché.
Nous
profitons de ce marché plein air pour faire les emplettes. Nous avons une
heure pour acheter dans cet immense marché les précieuses denrées :
oignons, ail, pommes de terre, carottes, piments, cristophines, concombres,
tomates, choux, avocats, oranges, pamplemousses, ananas, pommes, melon, citrons
verts, bananes, papayes et des œufs.
Nous complèterons avec les salades romaines et le pain le jour du départ. Ce grand marché grouille de monde. Les vendeurs sont très actifs; la population locale est au rendez-vous. Les étalages débordent de produits aux formes et aux couleurs diverses. Les odeurs de poissons, d’épices et de fruits nous suivent. Tout est très frais et offert en grande quantité. Nous avons acheté une livre de grosses crevettes fraîches pour 20 TT= 5 $ canadiens, voilà un bon prix pour se régaler. C’était toute une escapade; il fallait nous voir tirer nos chariots sur roulettes avec nos sacs à dos débordants et la glaciaire pliable dans laquelle nous avions réussi à placer nos dix douzaines d’œufs. Mais nous ferons des heureux; c’est à notre tour d’aider. Le départ est prévu pour mardi soir le 25 octobre. Nous ferons route avec le bateau Ocean Banquet et les deux bateaux seront également chargés de dons divers pour la population de Grenade, provenant des navigateurs et de la population de Trinidad. Une organisation à Grenade prend en charge ce que les bateaux apportent; régulièrement des départs de voiliers offrent ce service si précieux pour les gens de là-bas.
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