Introduction
Fiche Technique
Journal de Bord
Album Photo
Itinéraire
Contactez-nous
Livre d'or

1er au 30 août 2004

 

Dimanche, 1er août

 

Le mois d’août, à la Grenade, est un mois spécial pour nous.  D’abord c’est la préparation pour le carénage et c’est l’arrivée à la destination prévue pour cette première année.  Il est vrai que nous avions pensé caréner à Trinidad mais tout au cours du voyage, les commentaires de voyageurs expérimentés nous ont conduit à changer notre option, l’île de Trinidad étant plus chaude et très humide.

Ici commence une nouvelle expérience.  Nous consacrons le début du mois à  repérer les différents services susceptibles de répondre à nos besoins en ce moment.  Nous avons la chance de se promener et ainsi d’expérimenter le bus local.  Il faut savoir que le même véhicule peut-être un bus ou un taxi.  Si nous sommes sur le trajet du bus, cela nous coûtera 1.5 EC (75 sous can.) mais s’il nous mène à un endroit juste à côté à notre demande, il nous en coûtera 5 EC chacun. Voilà notre apprentissage qui commence.  Nous apprenons aussi qu’il y a un net le matin sur la radio HF.  Un animateur demande aux gens de se signaler s’ils ont une annonce à faire; soit un départ, une arrivée, des choses à vendre, des besoins de pièces spécifiques de bateau, des organisations de randonnées à terre, des formations de groupe pour l’enseignement du français ou de l’espagnol, un partage de taxi pour aller au cinéma ou à des restaurants.  Enfin c’est une sorte d’entr’aide entre gens de bateaux. 

       

St-Georges, Grenade

 

Le marché aux épices.

Il faut se préparer à un bain de foule, à un bain de découvertes et à un bain de parfums capiteux.  C’est toute une expérience !  D’abord il faut se rendre avec l’annexe dans la baie de Carénage si nous sommes au mouillage en face de St-Georges.  Puis une petite marche nous fait traverser un tunnel à sens unique partagé par les voitures et les piétons qui frôlent le mur.  Nous débouchons au cœur de la ville de St-Georges juste au pied du long escalier qui même au fort.  Déjà l’atmosphère de la ville nous transporte dans un monde exaltant en cette veille de carnaval.  Le marché ici est unique avec ses kiosques serrés sans allées précises.  Parfois certaines denrées sont exposées à même le sol sur des plastiques, d’autres sur des tables de fortune et d’autres sur tout ce qui peut servir à l’étalage des produits.   Ce qui frappe au premier abord, ce sont les présentations diverses des épices : en petits paniers, en sachets, en colliers, en bouteilles.  Les couleurs et les arômes sont mises à profit et les marchandes se font pressantes à la vente tout en restant souriantes.  Elles prennent le temps de nous parler et de nous présenter leurs produits.   C’est un monde pimenté pour l’odorat.

Quelques pas plus loin, les étalages de fruits et de légumes s’offrent à nous.  Nous y trouvons de quoi remplir nos sacs à dos : tomates, chou, laitue, carottes, ail, oignons, échalotes, concombres, avocats, piments, pommes de terre, oranges, mangues, papayes, bananes, fruits de la passion, citrons, ananas, pommes, raisins, tout un choix s’offre à nous.  Plus tous les légumes et les fruits que nous ne connaissons pas encore mais que nous nous promettons d’essayer.  Justement nous voilà devant une gentille marchande qui nous offre des French Cashews, fruits très délicats, de la grosseur d’une petite pomme, délicieux refroidis. 

On essaie aussi une Mammee Apple, genre de fruits au goût près de l’abricot mais de la grosseur d’un petit cantaloup et des Skin Off, petits fruits de la taille des raisins dont on ne mange pas la pelure mais l’enrobage du noyau. 

Nous en avons plein les yeux.  Cela méritera plusieurs visites.        

Les gens sont très gentils; ils ont le sourire facile.  C’est une journée dont nous revenons enchantés.

 

Le Carnaval.

Le 9 et le 10 août sont des journées de carnaval à Grenade.  Cela se passe à St-Georges.  Quelques jours avant, les festivités commencent avec des activités spéciales telles que des soirées musicales de Steel-Band et de Calypso.  Nous avons cherché vainement le programme des festivités.  Rien n’est disponible.  Ce carnaval est pour eux et la publicité se fait rare.  Les informations glanées de peine et de misère se contredisent sur les heures et les lieux.  Nous savons que le  spectacle de samedi soir a commencé avec deux heures de retard.  C’est incroyable!   Donc pour revenir au spectacle de musique de dimanche soir, nous avons entendu la musique du bateau toute la nuit et à quatre heures du matin, la coutume veut que les gens festoient dans la rue en se barbouillant de toutes les couleurs.  Cela a duré jusqu’à neuf heures du matin.  Nous y avons fait un tour pour se retrouver face à des gens peinturlurés, vêtements y compris, de la tête au pied en bleu, en jaune, en rouge ou carrément en couleurs mélangées.  Les gens dansent, s’amusent; il y a des boîtes de sons gigantesques à l’extérieur, c’est leur fête.  Puis il faut tout nettoyer car des parades sont prévues pendant deux jours.  Celle d’aujourd’hui nous ne sommes pas restés;  depuis ce matin nous sommes sous la pluie donc détrempés et les renseignements nous indiquent qu’elle partira du stadium, coin inconnu par nous et l’heure n’est pas claire.  Toutefois nous avons vu des gens circulant avec des costumes colorés qui se rendaient en taxi ou en autobus à leur point de départ.   Demain on nous dit qu’à onze heures la parade passera  dans les rues.  Nous nous promettons de s’y rendre.  

 

Le défilé du carnaval enfin le mardi vers deux heures, je dis bien vers deux heures.  Nous nous sommes rendus à onze heures selon la quinzième version retenue hier. Mais tout est tranquille en ville;  il est facile de comprendre que les gens refont leur force car toutes les nuits il y a de la musique et c’est la fête dans les rues.  Donc vers une heure nous voyons des gens costumés qui se dirigent à pieds vers le point de départ du défilé.  Nous sommes à une terrasse à prendre le lunch du midi.  Des gens s’installent debout sur le bord de la rue et vers deux heures, voici les premiers participants.  Des groupes aux costumes pittoresques, pantalons et hauts très amples,  dans un tissu imprimé à base de rouge et d’orangé dont les manches et les jambes sont de couleur différente.  Une serviette blanche bien attachée, cache les cheveux et un masque de filet souple peint aux visages théâtraux  complète le tout.  Ces groupes, une cinquantaine personnes à la fois, chantent et scandent des expressions qui nous sont inconnues.  Ils ont dans leur main une boîte de poudre de bébé  qu’ils secouent sur les gens à l’occasion, ce qui les entourent d’une poussière blanche à l’effet de fumée.  Puis chaque groupe est précédé d’un camion surmonté d’un système de sons à hauts décibels.  Un rythme endiablé sera présent tout les long du défilé.

 

 

Durant trois heures, des groupes dansent en suivant ce rythme entraînant, dans leurs costumes scintillants de mille feux.   Il est difficile de les décrire mais pour sûr, ils sont magnifiques, étincelants et sensuels.  La base du costume est un maillot uni près du corps ou deux pièces légers dans les tons de blanc, jaune, rose, bleu, vert, orange ou lime, le plus souvent fluo.  S’ajoutent à cela les ceinturons d’où jaillissent en cascades des rangs de perles brillantes, des minijupes de voiles, au cou des plastrons recouverts de brillance de toutes sortes, des chapeaux au montage en couronnes avec plumes et rubans assortis, des bracelets avec pendants de perles au poignet et au bras, des lacets retiennent les parures aux chevilles qui complètent l’ensemble du costume.   Les souliers assortis peints aux couleurs du groupe ajoutent la note finale.  Le tout est d’un goût raffiné.  Leur peau est parsemée de brillants en poudre et les accessoires,  tels de longues perches avec une création par exemple d’une immense fleur en tulle au bout, tenus en main par les danseurs servent au grandiose du défilé.  Ce qui est le plus magique,  c’est de voir avec quel plaisir les gens participent à ce défilé où le mouvement et l’expression du corps sont libres.  Il y a bien une trame de fond de chorégraphie mais le rythme les entraîne et chacun y va de son imagination.  Il est remarquable aussi de voir que des gens de tous âges et de tous acabits y participent. 

 


 

Certains personnages précèdent un groupe et représentent leur thème.  Ces personnages portent un costume élaboré qui est un montage fort bien réussi et tout à fait génial.  La matière utilisée est diversifiée montée sur des fils de fer pour une tenue ferme.  Une image vaut mille mots, en voici donc un exemple.

 

 

Nous revenons de ce carnaval avec des images inoubliables.   

 

MT. Hartman Bay

 

Cette baie est bien jolie avec la mangrove d’un côté et de l’autre les quelques résidences construites à flanc de montagne.  Au fond de la baie, la marina Martin, aux abords charmants, prépare des BBQ le vendredi soir.  Plusieurs navigateurs s’y retrouvent pour un apéro, une bonne bouffe et le plaisir de nouvelles rencontres. 

 

Tempête tropicale 

C’est ici que nous vivons notre première tempête tropicale.  Depuis trois jours, on nous annonce ce mauvais temps.  Les navigateurs se rendent dans des mouillages qui leur semblent un bon abri.  Nous suivons l’évolution de la météo.  Le temps est chaud et humide.  Il n’y a plus de vent depuis hier et le soleil est toujours présent.  La nuit est calme mais ce matin les nuages ont envahi le ciel.  Nous avons un couvert nuageux dont la luminosité ne dit rien qui vaille.  Depuis l’aurore les équipages vérifient si tout est bien arrimé;  nous décidons de garder le bimini et le dodger mais de rajouter des sangles pour assurer la bonne tenue.  Nous enlevons nos toiles solaires.  Nous enroulons le génois de quelques tours de plus sur ses écoutes.  Nous plaçons le frein sur l’éolienne.  À la radio HF on nous annonce le passage de ces vents vers midi.  Ils sont assez précis car à onze heures Robert me dit que le ciel se fait menaçant et tout à coup le coup de vent précurseur est là.  La pluie se met à tomber et rapidement elle prend une tangente à 45 degrés et plus dans les bourrasques.  Le vent vient du large et entre dans la baie mais les vagues sont brisées par les hauts-fonds à l’entrée.  Nous partons notre moteur pour soulager la pression sur l’ancre.  Nous surveillons les autres voiliers autour car certains sont au repos, sans capitaine. 

 

 

Un problème surgit; voilà justement un voilier sans capitaine qui glisse sur son ancrage et vient vers nous.  Nous n’avons pas beaucoup de temps pour réfléchir; au mieux nous pourrons installer les défenses quand le voilier change subitement de direction et menace un catamaran.  Le capitaine du catamaran le regarde venir sans trop savoir quoi faire pour arrêter sa course.  Tout à coup le voilier s’enligne sur son ancre qui vient de s’accrocher dans le fond par hasard.  Heureusement il n’est pas à une distance dangereuse pour les autres bateaux.  Depuis il ne bouge plus au grand soulagement de tous car un accident est vite arrivé dans des situations stressantes.  Déjà chacun doit surveiller son propre bateau.  La radio diffuse fréquemment des informations sur les déplacements de cette tempête.  Nous restons en alerte;  heureusement c’est le jour.

Trois heures plus tard, le vent diminue, les nuages s’estompent, la pluie cesse.  Tout redevient calme.  La tempête s’éloigne de nous. 

Toute une expérience !  Pas de mal pour la cinquantaine de bateaux du mouillage, nous en sommes tous très heureux. 

 

Prickly Bay

 

Le carénage

On retrouve au sud de la Grenade une série de baies propices à l’ancrage.  Ces baies avancent profondément dans les terres et le mouillage est excellent.  Prickly Bay en fait partie.   C’est à Spice Island Marine que nous avons décidé de faire sortir le bateau de l’eau pour le carénage.  C’est un endroit très en demande pour le carénage des bateaux ou pour un remisage à long terme.  Les gens sont compétents et notre rencontre avec eux nous a satisfaits.  

Puisque nous allons habiter notre bateau durant ce temps aussi bien choisir un endroit des plus confortables.  C’est tout neuf avec de jolies douches, des lessiveuses et sécheuses impeccables, un restaurant terrasse au bord de l’eau qui présente un film sur écran géant le mardi soir et nous aurons accès à internet gratuitement dans leur bureau à l’air climatisé.   

Le jour de la sortie de l’eau est arrivé.  8: 15 nous arrivons au ponton; ils nous attendent.  Heureusement l’espace est grand car ils reçoivent aussi des catamarans.  La sortie se fait sans heurt et leur équipe est bien rodée.  Nous avons la chance d’être installés au bord de l’eau tout près d’un petit palmier qui fait partie de l’aménagement paysager de cette nouvelle marina.  Preuve que ce n’est pas un carénage au Québec.

 

 

Plusieurs travaux sont prévus sur l’Aquarel :  remonter la ligne d’eau qui nous permettra  un ‘‘antifouling‘‘ plus haut sur la coque, un sablage et pose de l’’antifouling’’, polissage, rénover le bois de teck des mains courantes, nettoyage de l’acier inoxydable, des filières,  du dodger, peinture de la planche arrière de l’annexe et mise au point de son moteur, vernis sur le plancher du carré et tous les travaux intérieurs de mise à jour.  Ouf!  Nous en ferons le plus possible à terre et le reste se continuera  de retour à l’eau Ce que je constate le plus est l’effet de l’eau salée et de l’air salin sur notre bateau, sur l’accastillage, sur l’annexe, sur les appareils à bord, sur tout le matériel à bord, sur nos vêtements et sur nous-mêmes. 

Alors commençons par le commencement.  Le séjour à terre est mémorable;  nous atteignons 33 degrés le jour et 28 la nuit.  Dès le lendemain les travaux sur l’Aquarel sont mis en chantier.  Il y a près de deux cents bateaux dans cette marina, autant dire que la planification est serrée.  Il y a tout près de la marina des appartements à air climatisé et nous décidons de s’y réfugier deux soirs afin de s’offrir des nuits de repos car dans le bateau, à terre, la chaleur est suffocante. 

Nous réussissons à garder le rythme pendant les 9 jours à terre.   Mais là nous avons besoin de vacances et nous allons en prendre sur un voilier ;).  Les gens de la marina sont très polis et très consciencieux dans leur travail.

L’Aquarel a eu droit à un traitement esthétique de première classe;  fièrement l’Aquarel retourne à l’eau pour une autre saison. 

 

 

Tout ce brouhaha ne nous empêche pas de surveiller la météo qui demeure le souci de tout bon navigateur.  À la Grenade, nous sommes en dehors de la zone des ouragans mais nous suivons la formation et la progression de chacun d’eux;  nous restons vigilants à tout hasard. 

De très jolies maisons sont construites dans l’environnement de cette baie.  Deux fois par semaine, Claus, un type très sympathique vient dans cette baie, rencontrer les gens sur leur bateau pour leur vendre ses pains tout juste sortis du four.  Ses pains santé sont délicieux et on ne manque jamais sa prochaine visite.