|
|
|
|
1er au 30 novembre 2004
Novembre Retour sur la Grenade deux mois après l’ouragan. Nos invitées arrivent sur le bateau. Pourquoi faut-il que la pluie et les vents se sentent invités pareillement ? Heureusement la chaleur se maintient et les épisodes d’ensoleillement permettent de s’éblouir comme dans mes écrits. Ici ils disent :’’ Today, it’s a liquide sushine ‘’. Le point de départ, Grenade. La végétation a effacé une partie des traces de la désolation d’après l’ouragan. Grenade se veut encore accueillante. Les toits rouges d’origine ont de fait tourné au bleu avec toutes ces bâches de plastique qui les recouvrent mais en se promenant, on peut apercevoir plusieurs travailleurs affairer aux réparations. Mais on ne s’y attarde pas pour le moment, le but étant de se rendre à Tobago Cays. La première journée se vit difficilement car nous naviguons nez dans le vent avec des vents de 25 nœuds. C’est aujourd’hui ou jamais que Lise et Annie devront s’amariner. Malgré tous nos bons soins, ce n’est pas facile pour elles et l’ancrage à Carriacou est très espéré. Dès le lendemain, tout va mieux mais la pluie se pointe dans la journée pendant les quatre premiers jours. Les visites à Union et Mayreau permettent les escapades à terre et la baignade dans nos eaux turquoise.
Le moral est bon et nous espérons une baisse des vents pour permettre la plongée en apnée à Tobago Cays. Nos nouveaux matelots démontrent d’excellentes qualités d’adaptation. Elles se laissent gagner aux beautés de ces îles même si le vent se fait trop présent à mon goût. Mais enfin le soleil gagne du terrain à tous les jours même s’il bataille constamment avec les nuages. Je commence à comprendre que le mois de novembre est définitivement un mois faisant partie de la saison des pluies. Les bons repas dans les restos, la baignade, la plongée à Tobago Cays, les plages de Mayreau, la chaleur et le magasinage à Union, ont su enchanter notre équipage. Elles ont réussi les épreuves des balades en dinghy dans le noir, de la remontée de l’eau dans le dinghy sans appui, de la navigation dans les vagues, de dormir dans un ancrage rouleur, de descendre dans le carré tout en naviguant par grands vents, de se lever aux premières lueurs de l’aurore pour voir un lever de soleil et enfin de cuisiner dans un espace restreint avec les moyens du bord. Elles ont même affronté les pirouettes d’un oiseau ou plutôt d’une chauve-souris dans le carré du bateau ( elles sont attirées par l’odeur des bananes ), les insistances des dragueurs dans leur Boy’s Boat et les randonnées à terre sous les rayons ardents du soleil. Mais elles ont eu droit aussi à la langouste livrée au bateau, au Pina Colada à Petit St-Vincent et aux poissons tropicaux lors de leur plongée. Cette photo ne date pas du premier jour de navigation ;-)
La dernière journée, un tour à St-Georges en minibus donne le pouls de l’île. À notre grande surprise, l’île a changé de visage; les troncs nus des arbres se fondent à nouveau dans une verdure bien présente. L’île reprend ses couleurs et la population est à l’œuvre; les restaurants, les épiceries, les commerces ouvrent leur porte graduellement. Il y a bien encore des maisons détruites, des murs manquants et des toits arrachés mais nous pouvons voir partout les réparations en cours. Les débris sont ramassés petit à petit, l’électricité revient tranquillement dans les régions éloignées, l’eau douce est disponible et les routes sont dégagées. Le transport en minibus est bien en place et nous nous sentons en sécurité. Le marché aux épices est encore là car ils ont des épices pour quelques années en réserve. Ils sont heureux d’avoir des visiteurs; déjà trois paquebots se sont arrêtés à leur quai. De nombreux voiliers sont ancrés dans les baies; certains en attente de réparations et d’autres en simples visiteurs. Le choc de l’événement étant passé, la vie quotidienne reprend son cours. Notre promenade au carénage de St-Georges nous plonge au cœur de la ville. De tous les commerces présents, certaines devantures sont placardées, d’autres ouvertes au public; en passant devant la station des pompiers nos nous voyons leurs camions à l’intérieur de la caserne sans toit mais au moins le froid ne les assaille pas. Grenade reprend vie et c’est bon à voir. Nos nouvelles équipières doivent reprendre la route du nord malheureusement. Leur avion nous survole dans un dernier au revoir. Il nous reste quelques jours à Grenade avant un autre départ.
16 novembre
Un quartier de lune et une infinité d’étoiles, une mer calme et un vent léger, voilà que sont rassemblés les éléments gagnants pour une navigation confortable de nuit. C’est un départ vers Tobago, île inconnue de l’Aquarel. La traversée sur Tobago est facile ce soir. Comme pour chaque navigation de nuit, les points GPS sont entrés, la carte papier est sur la table, la carte électronique où la route est dessinée apparaît sur l’écran de l’ordinateur, le pilote suit le cap donné, le radar reste en éveil pour détecter toute présence autour de nous, mon capitaine porte son harnais et surveille le tout. Le thermos de café est prêt et les sandwichs sont au frigo. Le départ de Grenade s’est fait à 17 heures et nous prévoyons notre arrivée vers neuf heures demain matin. Nous commençons nos quarts et nous inscrivons notre position aux deux heures. Tout va bien. Quelques cargos au loin poursuivent leur destination. Durant plusieurs heures les lumières de Grenade restent perceptibles, puis plus rien. Notre petit bateau est fin seul dans la mer des Caraïbes. Sur l’écran du radar un grain apparaît mais sa trajectoire nous évite; puis un autre et un autre nous obligent à changer de cap pour les éviter et finalement il a fallu rebrousser chemin pendant quinze minutes pour se soustraire au dernier qui nous poursuivait; il a bifurqué finalement et nous avons repris notre cap. Ce manège nous a fait perdre une demi-heure mais nous les avons tous évités. À l’aurore, je suis de quart et c’est un lever de soleil prometteur qui se pointe. J’aime être de quart à ce moment de la journée; les premières lueurs apportent toujours ce contentement que nous avons vaincu la nuit et qu’un nouveau jour arrive avec toute la splendeur de ses premières heures. Déjà Tobago se dessine clairement, pays de montagnes verdoyantes; à son approche un courant de 1 à 2 nœuds nous ralentit. Quelques heures encore et nous ancrons à Scarborough, capitale de Tobago. Tobago comme Trinidad faisaient partie du continent sud américain il y a de ça des millénaires. Elles se sont détachées tout en gardant en particulier les oiseaux extraordinaires de ce continent.
ScarboroughArrivés à Scarborough, un seul voilier au pavillon hollandais est présent dans l’ancrage. Plus tard, deux autres voiliers nous rejoindront, un pavillon français et un autre danois. Nous resterons deux jours ici car nous voulons visiter un peu la capitale. Le cœur de la ville est très vivant; il y a de la musique qui vient des nombreuses boutiques, les gens s’affairent à leur boulot ou à leurs achats, les enfants sont à l’école. De petits marchés plein air sont ici et là, plusieurs voitures circulent, des grues sont au travail dans le port.
Le deuxième jour, transformée en chèvre de montagne, me voilà escaladant les pentes abruptes de la ville, destination Fort King George. Malheureusement je n’ai pas leur agilité et les kilomètres parcourus ( oui, oui ) à éviter les trous sur mon chemin, à m’adapter aux dénivellations, aux apparitions et aux disparitions des trottoirs, mes pieds et mes genoux m’envoient des messages non équivoques. Mais cette escapade en vaut la peine.
Petit à petit les bruits de la ville s’atténuent et le chant des oiseaux nous accompagne. De ce point culminant, la vue panoramique sur la ville et la mer est splendide. À l’horizon, Trinidad se découpe entre ciel et eau. Ce fort du 18e siècle a été témoin de plusieurs prises de possession alternativement, les Hollandais puis les Français et les Anglais. Le musée est très explicite sur les évènements. Le terrain est très bien entretenu autour du fort; on y retrouve des arbres centenaires majestueux. Les bancs judicieusement disposés permettent aux visiteurs de se reposer face à des panoramas envoûtants. Cet endroit est vraiment agréable comme havre de paix.
Il faut maintenant redescendre ces pentes sur la retenu et je rêve d’un hamac à l’ombre sous une jolie brise. Il est midi, c’est l’heure du lunch. Nous recherchons un restaurant recommandé dans notre Cruising Guide. Selon les indications d’un promeneur, il faut suivre la route qui borde la mer, à l’horizontale cette fois. Ouf!! Un peu plus loin, on nous parle d’un quart de mille ou d’une dizaine de minutes. C’est fou comme les distances et le temps nous paraissent plus longs sous un soleil ardent. Mais nous y voilà, c’est charmant; une maison traditionnelle d’une plantation de coton avec ses vastes galeries ouvertes où les tables de la salle à manger sont dressées. De grands fauteuils en osier nous permettent de se reposer alors que nos regards se portent sur les fleurs et la végétation des jardins qui nous entourent. Nos seuls compagnons sont de jolis oiseaux qui viennent nous faire causette. Le retour au bateau se fait doucement au moment où déjà le soleil se pointe à l’Ouest. Demain nous changeons de mouillage. Passage aux douanes pour avertir que nous changeons de mouillage, c’est assez particulier à Tobago mais nous nous plions à leurs caprices.
Anse Bateau Pour s’y rendre, nous avons fait une journée complète de voile. Le vent dans le nez mais qu’à cela ne tienne, nous avons louvoyé et pris le double de temps. L’approche de ce mouillage est accentuée d’une bonne houle et des vagues se fracassent sur la falaise de la côte. Assez impressionnant cette vue de Goat Island et de Little Tobago qui font face au mouillage. À l’abri de ces îles, les vagues se calment et l’arrivée dans cette petite baie donne l’impression d’être très loin puisque nous sommes le seul voilier. Nous jetons l’ancre juste devant le Blue Water’s Inn. C’est calme mais durant les deux jours que nous serons là nous roulerons allègrement par moments. Plusieurs plongeurs accompagnés de guides, partent de cet endroit pour se rendre à Little Tobago, paradis de la plongée et sanctuaire d’oiseaux. Nous faisons une randonnée pédestre sur cette île; notre guide nous explique la végétation et les oiseaux qui l’habitent. Ces oiseaux s’apparentent aux espèces du Venezuela aux couleurs contrastantes.
Notre guide nous accompagnera également pour faire de la plongée en apnée. C’est une plongée extraordinaire et nous pouvons admirer à nouveau des poissons tropicaux dont certains ont une allure très raffinée tels que ces poissons bleu nuit dont la base des nageoires est soulignée d’un trait or. Le temps d’une plongée est toujours trop court mais nous devons revenir au mouillage.
Charlotteville Tôt ce matin nous levons les voiles vers Charlotteville. Nous devons contourner la pointe Nord-Est de Tobago. Plusieurs îlots et rochers bordent cette partie de l’île et leur passage demande de la vigilance. Un courant est bien présent accompagné ce matin d’une houle venant en sens inverse et de vagues de cinq à six pieds. Cela tient l’équipage bien réveillé. La première heure de navigation ressemble au brassage d’une lessiveuse mais dès que nous prenons le large, l’Aquarel reprend ses bonnes manières et son allure est plus reposante poussé par un vent arrière tribord. L’arrivée au mouillage de Charlotteville est très agréable. Nous jetons l’ancre auprès de sept voiliers face à une jolie plage. La matinée a été ensoleillée et une baignade à la plage nous attire aussitôt. Un léger goûter et il est temps de se rendre aux douanes et à l’immigration. Malheureusement la pluie commence et ne s’arrêtera pas du reste de la journée. Nous allons de toutes façons aux douanes où nous sommes reçus assez froidement; aucun sourire n’est de mise, que de la paperasserie et les complications de séjour d’un port à l’autre avec obligation de retour aux douanes et à l’immigration à chaque arrivée et chaque départ. Finalement nous passons plus de temps dans leurs bureaux qu’à se promener dans la ville. La pluie ne cesse de tomber et leur plage est couleur terre. L’explication étant qu’il y a une dizaine de jours, des pluies diluviennes se sont abattues pendant vingt-quatre heures sur Tobago et causé des éboulements de terrain; maintenant les ruisseaux des montagnes n’en finissent plus de s’écouler avec cette terre rouge jusqu’à la mer. Dommage pour nous qui ne sommes que de passage. Il est impossible de faire de la plongée en apnée près des côtes. De plus il pleut encore, interdisant toute excursion dans l’île. Nous ne verrons pas Tobago dans toute sa splendeur. Mais dans un voyage, il est normal de constater différentes facettes des îles.
Crown PointDernier ancrage pour nous à Tobago tout à fait au Sud-Ouest. Cette baie est située tout près du récif Buccoo qui recèle tant de beauté pour les plongeurs. En bordure plusieurs hôtels magnifiques et la piste d’atterrissage n’est pas très loin car plusieurs gros porteurs nous survolent. Nous n’y passerons que quelques heures car cette nuit nous prendrons la mer pour se rendre à Trinidad. Plusieurs bateaux sont au mouillage mais nous constatons à nouveau que peu importe la baie, Tobago est rouleur fidèle à sa réputation. Il est très difficile de dormir dans ces conditions et à deux heures du matin nous ne sommes pas fâchés de se mettre en route. C’est une nuit de pleine lune et il est facile de se faufiler en dehors de la baie sans problème. C’est un bain de lune pour plusieurs heures. Elle pose un éclairage doux et tendre sur notre traversée et j’ai bien essayé de voir des dauphins dans sa traînée de lumière sur l’eau mais je n’ai pas eu cette chance. Un courant nous pousse et nous fait avancer à bonne vitesse. Nous ne pouvons faire de voile car le vent est absent. Les caprices du vent, nous connaissons. Notre cap est bordé d’un train de nuages et à l’aurore, le soleil s’amuse à y dessiner des contours contrastants. |