1er au 30
septembre 2004
1er Sep
2004
Septembre
Une nouvelle saison débute pour nous. Voilà presque un an que nous
sommes partis. Nous avons en mémoire notre descente de l'Intracoastal,
notre traversée du Gulf Streem, notre arrivée aux Bahamas. Puis notre
passage dans les différentes îles où le temps nous était déjà calculé.
La navigation a été notre quotidien avec les passages plus longs et
toute cette application essentielle face à des nouvelles expériences. À
regrets, nous avons quitté chacune d'elle, n'ayant pas assez de temps
pour les connaître davantage, étant pressés de se rendre dans la zone
protégée avant le 1er juillet.
C'est pourquoi, en janvier, nous projetons de retourner vers la
Martinique et la Guadeloupe pour le prochain hiver.
Cette première semaine suivant le carénage, nous reprenons notre
souffle. De menus travaux sont au programme. Il est inimaginable le
temps
que l'on doit passer à la moindre réparation sur un bateau.
Cela n'empêche en rien l'attention que nous portons constamment à la
météo.
Nous suivons la formation des tempêtes tropicales et des ouragans.
Tue, 7
Sep 2004
Oui
nous savons, c'est préoccupant avec cet ouragan Ivan. Il arrive
sur Grenade au nord demain. Il est de force 2. Nous sommes ancrés
dans
le sud de la Grenade dans un trou à ouragan. Pourtant il n'est pas
supposé d'avoir d'ouragan ici mais nous devons faire face à la musique.
Celui-là a dû se perdre.
Cet ancrage est très bien protégé; nous y entrons par un petit passage
et à l'intérieur nous ne voyons pas la mer.
Nous sommes entourés de montagnes des quatre côtés et au pied des
montagnes ce sont des mangroves. Ce qui permet de s'attacher aux mangroves
tout près de terre. Alors nous avons trois câblots attachés dans les
mangroves à l'arrière du bateau et deux ancres en V en avant. Il y a une
trentaine de bateaux ici, c'est une baie assez petite.
Toute la journée, les équipages ont vérifié leurs attaches et nous
avons déhabillé les bateaux. Plus de voile, plus de bimini, plus de
coussins, plus aucun accessoire amovible sur le pont.
Nous attendons les effets de Ivan mardi vers midi. Nous avons des
bulletins météo aux quatre heures et on nous annonce de la pluie et de
grands vents mais moins forts car nous sommes au sud de Grenade.
Soliton est juste à côté de nous.
Nous avons pris les précautions d'usage.
8
septembre, 11:30h.
Nous allons très bien Robert et moi malgré une fatigue intense. Soliton ça
va aussi. Nous avons subi un ouragan de force 3 ce qui signifie que des
vents de plus de 100 Km heure nous ont fouetté de 14 heures hier à tard hier
soir avec
le plus fort entre 16 et dix-sept heures.
Hier je ne pouvais pas communiquer car les ondes ne passaient pas.
Bon voilà la situation actuelle. Dans la baie nous sommes à peu près
une quarantaine de bateaux. La majorité se sont retrouvés dans les
mangroves comme nous, les ancres ont lâché. Personne est blessé à ce que
je sache. Certains bateaux sont des pertes totales. D'autres se sont
coincés entre eux. Nous avons été chanceux de notre côté.
Aucun
bateau ne nous a touché. Nous n'avons aucun bris majeur à première vue.
Le
problème pour l'instant c'est que nous sommes coincés dans les
mangroves dans trois ou quatre pieds d'eau. Notre annexe a bien fait
plusieurs
pirouettes à l'envers puis à l'endroit et on recommence avec son moteur
s.v.p. puis il s'est brisé. Celui de Soliton volait sur son pont et
retournait à l'eau et refaisait ce petit jeu avec son moteur s.v.p.
C'était terrifiant ! Entendre le bruit que le vent faisait et la pluie qui
tombait en trombe c'est indescriptible. Mais nous étions accotés dans
les mangroves donc l'Aquarel ne faisait que gîter. Les arbres se
tordaitent dans tous les sens; plusieurs maisons ont été endommagées et
des
débris volaient en hauteur. Nous espérions que aucun débri ne touche le
bateau. Puis il y a eu une accalmie de quinze minutes et cela a
recommencé en décroissant dans la soirée. Puis la noirceur vers sept
heures;
l'île n'avait plus d'électricité alors on ne voyait que quelques
lumières sur les bateaux.
Nous avons dormi tant bien que mal et ce matin nous avons pu évaluer la
grandeur du désastre. Les bateaux sont sales et jonchés de feuilles et
de petites branches. Voir tous ces bateaux en péril, épouvantable.
Puis sortant de notre léthargie, quelques bateaux ont réussi à se sortir
de leur fâcheuse position et se sont mis à l'ancre dans le milieu de la
baie un à un. La plupart de peuvent pas bouger.
Il y a de l'entr'aide qui s'installe. On essaie de se donner des
informations. Les plus endommagés, les équipages ont abandonnés le bateau.
Nous avons de l'eau, de la nourriure et du diesel pour alimenter le
moteur donc notre énergie. Nous allons voir au fil des heures
l'évolution. Nous resortirons le bateau de l'eau pour une inspection.
Pour l'instant je ne peux en dire plus.
Dans l'île c'est la désolation. Il n'y a plus d'eau, d'électricité ni
de téléphone et que dire des provisions. Des gens ont perdu leur
maison. Nous voyons des débris dans la montagne. Nous allons communiquer
avec
nos assurances aujourd'hui pour obtenir de l'assistance.
Le danger est passé; le reste c'est du matériel. Nous prendrons des
dispositions.
Fri, 9 Sep 2004
Ce que je vais vous raconter aujourd'hui est à peine croyable.
Nous avons une chance inouie. Après avoir vécu l'enfer, ce que je vois
et j'entends aujourd'hui dépasse l'entendement. Je ne sais pas ce que
vous voyez ou entendez aux nouvelles mais ici, c'est un désastre
complet. Depuis quarante ans, il n'y avait pas eu d'ouragan et il fallait
qu'il arrive la même année que l'Aquarel. Nous recevons des informations
par petites brides. Des bateaux dans d'autres baies font des relais
d'informations. On nous dit que St-Georges est ravagé, que les
édifices
du gouvernement sont soufflés.
Même le lagon est un vrai désastre pour tous les bateaux là-bas.
Toutes les marinas ont été ravagées dont celle où nous étions il y a à peine
une semaine pour le carénage. Justement à cette marina, deux cents
bateaux sur terre se sont couchés en entremêlant leurs mâts. Dans toutes
les baies, il a des bateaux coulés, des bateaux appuyés les uns sur
les autres ou d'autres dans les mangroves. Certains ont été repoussés
vers la mer quand les ancres ont lâché et ils se sont échoués sur les
récifs dans les entrées de baies. Tous les bateaux ont des dommages;
des
chanceux comme nous, les dommages sont légers mais pour d'autres, même
s'ils sont à flots, la liste des réparations est très longue : des
chandeliers, des voiles, des panneaux solaires, des éoliennes, des amarres,
des perches d'homme à la mer, de l'accastillage, des girouettes, des
anémomètres, des arches, des défenses, des filières et bien d'autres
choses. En faisant un tour dans notre baie ce matin, nous avons pu prendre
la mesure des dégâts sur les bateaux et sur terre autour. Nous étions
vraiment dans l'œil de l'ouragan. Les maisons les plus modernes ont
tenu le coup mais toutes les autres ont perdu des sections. Les arbres
sont arrachés; des débris se voient dans toutes les montagnes.
Nous savons qu'il y a des secours qui s'organisent à St-Georges. La
Croix-Rouge est là pour distribuer des médicaments et de l'eau potable.
Deux bateaux de l'armée française et de l'armée britannique sont là
aussi pour offrir de la nourriture et de l'aide aux gens de l'île. Il y a
aussi des besoins de sécurité car il y a du pillage en ville. On ne
sait pas quand nous aurons du ravitaillement. Sur l'Aquarel, nous
pouvons tenir encore longtemps.
Dans notre baie, les gens de bateaux s'organisent. Tout le monde se
parle et se préoccupe de tous et chacun. Certains capitaines dont le
bateau est dégagé ont fait le tour des bateaux pour prendre en note l'aide
et les besoins de chacun, vérifier si tous ont de la nourriture et de
l'eau potable. J'ai offert d'envoyer des e-mails pour rassurer les
proches. D'autres offrent à faire de l'eau potable pour aider ceux qui en
manquent. Un capitaine nous a offert de plonger pour dégager notre
hélice d'un câblot; un autre nous a tiré plusieurs fois pour essayer de
nous dégager des mangroves, sans succès malheureusement. Plusieurs
bateaux français nous entourent. Certains ont déjà demandé de l'aide et ce
week-end, des barges et des grues s'amènent de Trinidad. Tous
s'encouragent car vivre un évènement semblable rapprochent les gens. Entre
temps nous tentons toujours de se dégager. Une fois à flots, nous
pourrons vérifier les instruments et la mécanique.
À première vue, le bateau va très bien à part quelques égratignures;
il a besoin d'un bon nettoyage mais bon, c'est rien. C'est l'annexe et
le moteur qu'on devra remplacer.
Je ne pensais jamais que nous allions vivre un ouragan et surtout pas
ici.
Quelle chance nous avons eue!
Nous verrons dans quelques jours, quelles décisions il faudra prendre.
L'île va se reprendre en mains mais je crois que ce sera très long. Il
n'y a pas encore d'électricité, ni d'eau potable, ni de téléphone.
C'est absolument incroyable !
Nous devrons changer d'île pour se réapprovisionner.
Nous avons eu la chance de choisir la meilleure des baies pour faire
face à un ouragan.
Fri,
10 Sep 2004
D'être radio-amateur, ces jours-ci, prend toute son importance. Nous
pouvons établir des contacts avec Le Réseau des petits bateaux. Gerry,
fidèle au poste nous accueille chaleureusement et nous donne priorité
dès qu'il nous entend. La Radio du Capitaine, avec nos correspondants
habituels, fait de même. Nous apprécions énormément leur soutien.
C'est grâce à Gerry ce matin que nous avons pu faire parvenir une liste
d'aliments à un voilier québécois, Sloopy, qui est en Martinique et qui
essaie de nous rejoindre le plus tôt possible. Nous avons demandé des
aliments de base pour aider tous les bateaux qui sont ici. Comme les
bateaux privés ne peuvent entrer à Grenade, nous ne savons quand il
arrivera. Nous n'avons aucun secours de terre, ils sont débordés.
De plus l'aéroport est fermé sauf pour les secours.
C'est ainsi que nous essayons de nous organiser entre nous. Nous
comptons nos œufs afin de les garder pour faire du pain. L'eau potable est
accessible à des bateaux qui ont un désalinisateur. Des amis ont
trouvé des fruits par terre sur les routes : noix de coco, des oranges,
des
citrons, des pommes grenade; ils les ont partagés Nous faisons très
attention à l'essence ( annexe ) et au diesel qui permet l'énergie
nécessaire pour les communications, les frigos, les batteries. Bon voilà
nous rationnons le plus possible.
La réalité nous rattrape car nous sommes sans savoir quand les services
seront disponibles.
Nous avons eu malheureusement de mauvaises nouvelles pour Guy et Louise
qui sont au Québec présentement. Leur bateau Images, avec qui nous
avons voyagé de longs mois, était à Grenada Marine en cale sèche; il est
tombé, le mât est cassé et sa coque à tribord est percée, d'autres
bateaux sont tombés sur lui. Comme dans toutes marinas , bien peu de
bateaux ont tenu dans cet ouragan. C'est un désastre ! Leur rêve vient de
s'arrêter. Ils ne peuvent même pas venir ici car les avions ne viennent
pas pour l'instant.
Soliton, le troisième acolyte de la flottille, est à flots, à côté de
nous. Ses dommages sont assez importants mais le bateau peut naviguer.
Son arche est tordue ainsi que l'armature du dodger, ses panneaux
solaires sont brisés, ses marches de descente à l'eau sont arrachés et ce
n'est qu'une partie des dommages. L'Aquarel semble avoir été protégée
des dieux; dès que nous serons libérés des mangroves, nous saurons si
nous sauvons notre gouvernail. C'est notre préoccupation pour l'instant
puisque nous sommes bien assis dans la vase.
De mon bateau je vois un magnifique catamaran qui coule un peu plus
chaque jour. Un voilier de l'autre côté de la baie a réussi avec une
pompe à sortir l'eau de son bateau; je ne peux imaginer les dégâts à
l'intérieur de ce bateau.
Tous les bateaux de la baie restent solidaires. C'est une question de
temps.
Pour alléger l'atmosphère, nous avons le soir un bal de lucioles dans
les mangroves et autour du bateau.
11 septembre
GRANDE NOUVELLE !!
Aquarel est dégagée des mangroves depuis 15 :35h hier à la faveur de la
marée montante avec l'aide de RainMaker, un bateau français dont
l'équipage est d'une générosité débordante. Ils nous ont tirés pour une
deuxième fois, après avoir bien établi la façon de faire pour prévenir les
bris. Tout doucement, au premier essai, l'Aquarel s'est glissé en
dehors des mangroves. Nous étions étonnés et en même temps très excités.
Le soulagement ressenti est indescriptible. Tout semble bien répondre,
le gouvernail, l'hélice et les instruments. Les gens applaudissaient
sur les bateaux pour saluer une nouvelle victoire. Nous sommes
maintenant seize sur l'eau, il en reste seize dans les mangroves, il y a un
catamaran de coulé, deux ou trois bateaux ont quitté la baie et il y a
trois catamarans locaux pour des randonnées touristiques qui sont
sérieusement endommagés. Nous sommes le dernier voilier à pouvoir
sortir
finalement des mangroves sans grue. Les autres sont très accidentés ou
hautement perchés.
Le moral de tous tient bon.
Puis vers la fin de l'après-midi, c'est l'arrivée, de Trinidad, du
catamaran britannique Zingano, Léonie et Jérémie, que nous avions connus à
Prickley Bay à la fin août. Ils se sont offerts pour transporter des
réserves de nourriture, d'eau et d'essence, venant d'une association de
gens de bateaux de Trinidad. Ces vivres sont distribuées gratuitement
aux voiliers dans différentes baies du sud de la Grenade. Ils ont fait
généreusement ce voyage de 80 milles nautiques pour aider les gens des
bateaux. Nos retrouvailles ont été très émotives. Ils étaient
heureux
de nous retrouver sains et saufs ne sachant pas où nous nous étions
réfugiés. Ils nous ont offert de nous prêter une annexe de réserve et un
moteur en attendant une possibilité d'achat pour nous. Ce sont encore
des gens formidables qui nous attendront à notre arrivée à Trinidad.
Pour l'instant nous resterons ici encore car nous voulons offrir le
gîte à nos amis du bateau Images qui viendront à Grenade dès que
l'aéroport sera ouverte aux civils. Après nous partirons pour Trinidad
jusqu'à
la fin d'octobre. C'est là que nous sortirons le bateau pour
inspection.
Malgré tout le décor qui nous entoure, sachez que les gens sont d'une
extrême gentillesse autour de nous. Un lien nous rattache, la
survivance.
Une autre chose extraordinaire arrive, l'association des radio-amateurs
s'est organisée pour nous donner un temps d'antenne illimité et une
priorité d'appel avec des heures supplémentaires. Nous avons une liste de
noms de bateaux québécois et français dont on nous demande des
nouvelles. Nous essayons de savoir ici mais aucune marina ne répond.
Nous
aimerions pouvoir rassurer les gens mais c'est très difficile. Peut-être
que demain nous irons en voilier à Prickley pour faire un tour de
reconnaissance. Nos communications sur la VHF ne passent pas très bien en
dehors de notre baie.
L'électricité n'est toujours pas revenue. De plus nous avons organisé
une surveillance sécuritaire dans la baie car comme vous le savez la
prison n'est plus et tous les prisonniers se sont évadés. Donc nous
restons en permanence sur le 16, nous fermons les bateaux le soir et nous
avons convenu d'utiliser la corne de brume si un voilier a besoin d'aide
la nuit.
Notre petite communauté nautique est pleine d'énergie.
Il y a quelques enfants sur les bateaux et des chiens. Nous essayons
de rendre tout le monde le plus confortable possible.
Depuis le 9 septembre, il fait beau soleil, le temps est calme comme si
rien ne s'était passé. Nos nuits sont étoilées à souhaits.
De petits avions survolent l'île; je crois que certains sont rattachés
à des services venant des autres îles. Trinidad n'a pas été touché
selon Zingano.
Hier soir un immense voilier français a fait son entrée dans la baie;
c'est un trois mâts de plus de cents pieds de long. Appelé en ami par
un capitaine de catamaran de notre baie, il vient tenter de porter
secours aux bateaux encore dans les mangroves. Et ce soir il y a six
bateaux de plus qui flottent.
Ils ont invité tout le monde de la baie pour faire la fête.
12
septembre
Aujourd'hui nous faisons une expédition à Prickey Bay. Nous allons à
la recherche de bateaux québécois dont on nous demande des nouvelles.
Nous nous rendons à Spice Island Marina, celle de notre carénage. C'est
un vrai cauchemar. Presque tous les monocoques sont par terre
entremêlés les uns aux autres. Plusieurs mâts sont brisés au milieu de
nombreux débris, des voiles déchirées et des cordages pendouillants.
C'est
très impressionnant de se promener dans ce chantier. Les bateaux sont
tombés les uns sur les autres. Et que dire qu'en on pense que l'Aquarel
était là encore, quatre jours avant Ivan. À notre emplacement,
évidemment les voiliers étaient tombés. À terre c'est le désarroi!
Cette
marina a été soufflée durement.
Dans la baie, nous rencontrons un bateau qui arrive de Trinidad avec
des sacs de provisions pour des bateaux dans Egmont Harbour. Les bateaux
français s'étaient organisés pour se faire parvenir des provisions. Il
nous demande si nous pouvons leur apporter. Et nous embarquons le tout
avec des provisions en surplus. Arrivés dans la baie nos capitaines de
l'Aquarel et de Soliton commencent à faire la distribution. Nous
sommes claqués; ce que nous voyons dans les autres baies en passant n'est
pas très réconfortant. Des épaves sur des récifs, des bateaux à
l'envers, des bateaux grimpés au flanc des montagnes mais une chose est
présente partout c'est l'entraide.
Quelques voiliers ont commencé à quitter l'île vers Trinidad. Nous
avons su qu'à Trinidad, il y a un comité d'accueil qui s'organise. À cinq
milles des côtes, les bateaux s'annoncent et ils mettent à leur
disposition des services de remorquage si nécessaire tout en les guidant vers
les marinas.
Ouf! La journée tire à sa fin et mon capitaine s'est trouvé quelques
bières.
13 septembre
Ce matin nous saluons nos compagnons de fortune dans la baie; Soliton
et l'Aquarel partent de leur trou à ouragan. Nous nous rappellerons
que les mangroves ont été notre planche de salut. Les équipages des
bateaux tentent de garder le moral mais tous et chacun ont des moments de
découragement, des cauchemars; les sanglots remontent très souvent dans
la gorge. Le choc a été solide. C'est pourquoi chaque petit geste
d'amitié est si apprécié comme ma distribution de muffins hier après-midi.
D'autres ont offert de plonger pour vérifier l'état d'une hélice ou
défaire une corde sous l'eau, envoyer des messages et tant d'autres
choses. Nous regrettons de laisser derrière nous des bateaux en mauvaise
posture. Ils attendent l'arrivée d'une grue pour les sortir.
Nous avons quitté Prickley Bay pour se rendre à Mt Hartman Bay; une
heure de navigation et nous y arrivons. Il y a là un mini-cargo qui a
apporté du diesel de Trinidad pour les plaisanciers. Nous faisons nos
pleins avec espoir de tenir encore longtemps. En changeant de baie nous
rencontrons de nouvelles personnes et toutes sortes de nouvelles nous
parviennent. Certains bateaux apprennent que leurs assurances sont des
assurances bidon, voilà un dur coup dans ces circonstances.
Un "resort" 5 étoiles est complètement dévasté, dans Grand Anse. La
ville de St-Georges semble complètement détruite. Les gens sont encore
sans électricité. Les maisons sur l'île sont détruites où abîmées dans
95% des cas.
Il est difficile de voir dans combien de temps cette île pourra
reprendre une vie normale. La population d'ici tout comme celle des
bateaux a
subi un choc terrible. Les gens sont découragés. Bien sûr plusieurs
bateaux pourront se déplacer vers d'autres îles mais les gens d'ici'
eux, devront se rebâtir. Nous espérons qu'ils recevront de l'aide des
grands pays car cela va prendre du temps, du matériel et énormément de
courage. Leur environnement à ce jour est désastreux. La nature les
aidera mais il faudra beaucoup, beaucoup de temps.
Au moment où j'écris ces lignes une première grue sur une barge fait
son entrée dans la baie. Elle vient de Trinidad. L'espoir va
renaître
pour ceux qui attendaient...
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Les jours passent mais la désolation reste. L'ampleur des dommages sur
l'île est indescriptible. Il y a un couvre-feu qui est décrété ici de
18 heures à 6 heures. Question de sécurité. Merci encore pour tous vos
encouragements. Nous sommes bien. Nous faisons notre eau et notre
pain. Nous avons encore des provisions. Certains voiliers sont venus de
Trinidad pour apporter de la bouffe, de l'essence et du diesel aux
bateaux de Grenade. Les gens sont très solidaires. On fait de notre mieux.
L'aide qu'on reçoit à bord des bateaux vient uniquement des bateaux,
rien de terre. Alors il fallait s'organiser ensemble et grâce à la radio
amateur et à certains qui avaient un téléphone, toute l'aide possible
s'est organisée avec la Martinique et Trinidad.
14 septembre
Nous sommes à MT Hartman Bay. Nous y avons passé la journée. Robert
et Gérard ont marché jusqu'à Spice Island Marina pour aller cueillir de
nouveaux renseignements sur des bateaux québécois. Ils constatent
qu'il y a une certaine sécurité dans le chantier et que des efforts sont
faits pour rendre leurs bureaux opérationnels le plus rapidement
possible. Il faut d'abord refaire le toit du bâtiment.
Leur marche à terre leur a permis de constater les dégâts sur terre.
Des ambassades endommagées sérieusement, des commerces, des résidences,
des débris partout.
Ils ont découvert une base médicale installée dans des locaux de la
marina de Hartman Bay. Cette équipe, médecins et infirmières, vient de la
Martinique. Ils visitent certains bateaux et on peut aller les voir à
terre. Ils aident aussi à l'hôpital de St-Georges durement touché.
Nous ressentons les effets physiques et psychologiques de toute cette
aventure. Une grande fatigue s'est installée et les courbatures sont
omniprésentes.
Des bateaux arrivent encore de Trinidad avec des provisions. Il y a
encore beaucoup de bateaux à remettre à l'eau et le travail se fait très
lentement. Comme les gens demeurent sur leur bateau, il faut
absolument les aider. Il y a aussi la question de sécurité; dans la baie où
nous sommes, il y a des quarts de garde de nuit. Les capitaines essaient
de protéger du vandalisme les bateaux qui touchent la terre. À la
brunante surtout, des locaux essaient d'y pénétrer. Dès qu'un capitaine
sonne l'alerte, plusieurs d'entre eux se rendent près des bateaux
menacés afin de décourager toute tentative d'y pénétrer. Il y a de
l'électricité dans l'air mais pas dans l'île.
Aujourd'hui nous avons eu la visite d'un ajusteur d'assurances. Nous
avons passé un bon moment ensemble. Il nous a expliqué la procédure.
C'est une première étape.
Nos amis d'Images arrivent dimanche aux dernières nouvelles. Nous
serons là pour les accueillir. Plus tard nous partirons pour la Trinidad.
15 septembre
Ce matin je fais du pain. Zingano le catamaran qui est venu porter
secours de Trinidad a certaines réparations à faire. Dans tout le
branle-bas des gens qui allaient sur leur bateau, il y a eu plusieurs bris
qu'ils veulent réparer avant de retourner. C'est maintenant eux qu'il
faut aider, leurs propres provisions baissant. Je leur porterai du pain
ainsi qu'à Soliton.
Une visite à la marina Martin de Mt Hartman Bay m'a fait entrevoir une
autre série de désastres. Dans cette toute petite marina, il y avait
bien une vingtaine de bateaux tous attachés aux quais avec de nombreux
câblots. Malheureusement l'ouragan aura eu raison sur tous leurs
efforts. Deux voiliers sont complètement coulés, dont un de 60 pieds, et un
catamaran est à l'envers. Presque tous les bateaux ont des dommages
sur la coque car ils ont été fouettés si durement que les coques et les
listons ont été grugés par le frottement aux quais sans compter les
dommages aux voiles et aux annexes.
Les gens de la marina s'affairent à replacer un nouveau toit sur le
restaurant de la marina. D'autres ramassent les débris et font des feux
pour les brûler, Des navigateurs ont organisé un centre de distribution
de nourriture et d'eau. Déjà huit jours mais la vigilance des
navigateurs ne relâche pas.
16 septembre
Nous avons rencontré des gens qui font partie d'une ONG, Secours sans
Frontières; ils venaient de Martinique et de la France. Parmi eux, des
pompiers, des médecins, des infirmières et plusieurs autres corps de
métiers. Ils étaient basés dans un immeuble désaffecté de la marina
Martin à Hartman Bay. Ces gens travaillaient à couper des arbres qui
bloquent des rues, à remettre un hôpital sur pied, à aider à remonter les
lignes électriques. Plusieurs d'entre eux couchent sur des lits de
l'armée avec juste un toit; ils ont leur groupe électrogène et une
compagnie leur fournit des téléphones. Ils sont autonomes pour leur eau et
leur bouffe.
Ces gens dévoués travaillent dur toute la journée sous le soleil
torride de la Grenade.
Aujourd'hui nous faisons un aller-retour avec le bateau à St-David. Le
bateau Images est en cale sèche dans cette marina. Cette marina a été
moins touchée que les autres. Plusieurs bateaux sont restés sur leurs
pattes. On répare déjà les bâtiments et ils sont capables de remettre
des bateaux à l'eau. Images est coincé dans un lot de bateaux tombés.
Mais dans quelques temps il pourra reprendre la mer.
Il y a des grues et des barges qui ont commencé leur travail.
À tous les jours des bateaux partent vers Trinidad.
Ce sera notre tour bientôt.
17 septembre.
Notre journée a été ponctuée par l'arrivée du bateau québécois Sloopy.
Manon et Louis arrivent de Martinique avec des provisions pour nous
ainsi que pour les autres bateaux. Ils sont également messagers d 'espoir
en apportant des vêtements et des caisses de médicaments destinés aux
hôpitaux de Grenade.
Nous étions très heureux de voir pointer leur étrave dans notre baie.
Nos capitaines sont allés au devant d'eux pour les guider.
Nous avons longuement parlé; ils sont estomaqués par la vue de Grenade
et tous ces voiliers immobilisés, en attente.
Nous avons fait un appel à tous pour offrir les provisions. Ses œufs
frais font fureur.
Nous avons aussi un message du bateau Images qui retarde son arrivée à
Grenade. Nous comprenons très bien leur indécision car tous ceux qui
sont loin de leur bateau ont peine à imaginer une telle catastrophe. Et
il faut penser que pour relever tous ces bateaux sur terre, il faudra
l'aide de grues et avant il faudra ouvrir les chemins pour que les grues
se rendent. La tâche est gigantesque. Il n'y a pas grand chose à faire
sur place. Par contre, il nous semble que la majorité des bateaux
pourront flotter, en claudiquant peut-être, mais ils pourront se rendre
dans une autre île pour des réparations si la décision s'imposait.
Donc nos amis Guy et Louise attendent un peu avant de venir à Grenade
et c'est sage. Il faut donner le temps aux gens de l'île de se relever,
d'offrir des services d'eau potable, d'électricité et de
communications. Petit espoir quand même, on apprend que certaines épiceries ouvrent
leur porte.
De notre côté, nous allons aider Sloopy à distribuer les provisions.
Demain nous allons avec eux et Soliton à Port Egmont notre baie de
survivance; nous allons distribuer le reste des provisions aux bateaux
encore là car ils devront patienter un bon moment avant d'être tirés
d'affaire. Nous souhaitons leur laisser le plus de provisions possibles.
Nous nous préparons à quitter Grenade demain soir, les trois bateaux
québécois ensemble.
18 septembre
675 bateaux dénombrés à Grenade le 7 septembre, soit à l'ancre ou dans
des marinas ou dans des chantiers maritimes. Ils étaient tous dans les
baies au sud de la Grenade. À tous les jours certains continuent
d'être libérés mais pour l'instant, ce sont les bateaux sur les rivages que
des grues remettent à l'eau. C'est un travail très long pour chaque
bateau. Nous avons appris que plusieurs bateaux coulés sont rachetés aux
assurances par les marinas d'ici ou des particuliers.
Dans les chantiers, il faudra d'abord dégager les entrées et les
passages. Ce n'est sûrement pas simple de relever ces bateaux sans les
endommager davantage.
Nous avons reçu un message d'un groupe de bateaux partis pour la
Grenade. Ils sont très bien reçus. À 10 milles de la côte, ils sont escortés
jusqu'aux marinas. On leur offre l'accès à un quai, un repas et une
douche. Ils sont bien entourés et peuvent se reposer.
Demain nous retournerons à Port Egmont avec Sloopy; nous allons
distribuer le reste des provisions apportées par Sloopy aux bateaux de cette
baie qui, je crois, y passeront encore un bon moment.
Le débarquement des caisses pour les médecins est en cours. Nous avons
réussi à les contacter.
Pour nous il est temps de penser à partir maintenant. Nous préparons
l'Aquarel pour un départ demain soir. Nous ferons le voyage de nuit
comme tous les bateaux. Les vents légers sont favorables.
Nous partons nous reposer, faire l'achat d'une annexe et d'un moteur
pour l'annexe.
Nous regrettons de laisser tous ces bateaux en arrière mais nous les
retrouverons sûrement un jour voguant sur ces mers du Sud. D'autres nous
attendent à Trinidad. Nous devons changer de décor car ici tout nous
rappelle cette journée fatidique. Trinidad nous replongera dans une
nature verdoyante et apaisante.
19 septembre
Le départ est retardé jusqu'à lundi ou mardi. Dès qu'une flottille
sera sur pieds, c'est le départ.
Télécom sans frontières a mis à la disposition des navigateurs un
téléphone leur permettant d'appeler à travers le monde sans frais. Il
s'agit de le savoir. Par hasard nous l'avons su, à la marina Martin et
Robert a offert de l'annoncer sur le net du matin.
Puis nous passons à Port Egmont pour remettre les dernières vivres aux
bateaux dans cette baie. Les revoir nous a fait chaud au cœur même si
plusieurs ont quitté. Jean-Phi et Mel sur Rain Maker nous accueillent
avec grande joie. Ils ont acheté le catamaran coulé et déjà ils ont
commencé les démarches pour le faire sortir de l'eau. Ils auront
énormément de travail pour le rendre viable mais ils sont jeunes et l'énergie
ne manque pas. Revoir cette baie m'a bouleversée et en fin
d'après-midi, nous repartons vers Hartman Bay.
L'île se réveille tout doucement. Les couchers de soleil sont
fantastiques. Quelques fleurs dans un bosquet ont attiré mon attention ce
matin. Comment ont-elles pu résister?
Notre tâche est terminée pour nous. Nous allons changer de cieux
bientôt.
Je rêve de nature luxuriante, de mer calme et douce, de fruits frais et
de fromage. Il est temps de partir.
20 septembre
Départ pour Trinidad. 15 :30h.
L'Aquarel pointe l'étrave à la sortie de Hartman Bay. Nous sommes en
flottille. Certains escamotés, certains sans mât ou sans voile,
d'autres sans lumière de navigation, un catamaran avec un moteur sur deux, des
bateaux blessés comme s'ils revenaient de la guerre. L'Aquarel revient
aussi de ce combat mais sans blessure importante. Nous faisons route
ensemble pour supporter le moral de chacun et assurer la sécurité de la
troupe. Un comité d'accueil nous attend à Trinidad. Nous
sommes en
contact avec deux catamarans venus de Trinidad, très tôt après la
catastrophe, avec des provisions. Ils sont un peu une centrale
d'informations et ils se promènent d'une baie à l'autre pour rendre service.
Ils
prennent en note les bateaux qui quittent et ils s'assurent de la
sécurité de chacun. Ils communiquent par e-mail avec Trinidad pour
annoncer
les arrivées. Ils sont un peu les anges gardiens des bateaux habités de
Grenade. Blue Marine et Zingano, ces bateaux cachent des équipages au
cœur d'or.
Malheureusement Soliton ne fait pas partie de ce convoi. À la dernière
minute, les douanes ont fermé et ils ne peuvent quitter Grenade
aujourd'hui. Ils devaient nous rejoindre deux heures plus tard.
Demain si
une nouvelle flottille part, ils en feront partie.
Ce matin, j'ai marché un peu aux abords de la baie et j'ai vu déjà la
nature reprendre ses droits, des bourgeons éclos et des feuilles au vert
tendre ont fait leur apparition.
L'île reprend vie. On peut voir les gens s'affairer à rebâtir. Des
matériaux de construction semblent être livrés sur l'île. De plus en
plus de bateaux sont délivrés de leur impasse.
Comme souvent dans ces circonstances, on nous rapporte des vols et du
vandalisme dans les baies sur les bateaux sans équipage.
C'est ici que prend fin l'histoire de notre passage à Grenade, l'île
aux épices.
Demain un autre monde nous attend.
Tue, 21 Sep 2004
Juste un petit
clin d'oeil pour vous aviser que vous pouvez dormir sur
vos deux oreilles.
Nous sommes mainteant dans une marina à Trinidad, à Chaguaramas Bay.
Nous sommes arrivés à huit heures ce matin après un passage très
confortable. Nous avons l'intention maintenant de se la couler douce.
Il y a
un restaurant bien côté, une piscine, des douches magnifiques, une
buanderie moderne et un décor magnifique. Nous retrouvons les arbres et
les fleurs des îles.
La traversée s’est faite en douceur avec un clair de lune,
des étoiles à l’infini
et une brise chaude. Nous nous sommes rendus à bon port. Le
départ s’est fait à quinze heures trente et l’arrivée à Chaguaramas Bay à 6
heures du matin. Lors de notre approche, quelques bateaux sont restés en dehors
de la baie dans l’attente d’une aide et les autres ont fait leur entrée. On
nous attendait. Des navigateurs dans leur annexe viennent à chaque bateau
demander si tout va bien et nous expliquent où se rendre.
La baie de Chaguaramas est entourée de marinas et de
chantiers, pas moins d’une douzaine. Au centre, il y a des corps morts pour
s’accrocher et un autre espace est réservée à l’ancrage.
Nous accostons pour l’instant au quai des douaniers et nous
allons prendre un excellent déjeuner au restaurant de Crew’s Inn Marina.
Le reste de la journée est consacré au repos. Nous sommes
enchantés de voir toute cette verdure autour de nous. Nous essayons de se
familiariser avec les lieux et au souper du soir je dois brasser mon capitaine
pour ne pas qu’il s’endorme dans son assiette. À sa décharge, je dois dire
qu’il a fait des quarts beaucoup plus longs que moi la nuit dernière.
Le lendemain nous nous installons dans une marina. Il faut
refaire le point sur les travaux à exécuter sur le bateau. Il faut de plus
réserver une sortie de l’eau pour l’Aquarel, encore une fois.
Samedi nous nous joignons à un groupe qui part en promenade
au zoo et au jardin botanique. Nous passons une excellente journée; cela nous
permet de voir du pays, de jolis perroquets et une bonne idée de la faune et de
la flore de Trinidad.


Souvent en fin d’après-midi nous nous retrouvons à la piscine
pour se détendre et profiter du Happy Hour 2 pour 1.
Il fait très chaud dans nos bateaux. Nous avons marqué des
32, 33, 34 et même 37. À cette époque de l’année, à Trinidad, il y a un orage
à tous les jours. Un gros nuage s’arrête automatiquement au-dessus de nos têtes
et se déverse abondamment. Puis le soleil revient.
Le 27 septembre, nous finissons le mois de septembre de la
même façon que le mois d’août; l’Aquarel se retrouve sur terre pour une
inspection et quelques réparations. Il faut entreprendre beaucoup de démarches
pour l’achat d’un dinghy et l’ajout d’un panneau solaire ainsi que les
ajustements nécessaires. Nous avons décidé de louer un air climatisé pour la
période où nous serons à terre car la chaleur est suffocante. Cela nous permet
d’être plus confortables pour les travaux à l’intérieur. Malheureusement nous
ne pouvons nous baigner dans la baie de Chaguaramas car les puits de pétrole à
proximité laisse de l’huile sur la mer et de plus la marée montante apporte son
lot de déchets en surface à chaque jour. C’est vraiment dommage car l’eau est
claire malgré tout.
Nous avons découvert certains services en place pour les
navigateurs. Il y a d’abord le net le matin sur la VHF qui permet les annonces,
les offres et les demandes de service, la diffusion des activités sociales
organisées y compris les sorties et les expéditions. D’excellents restaurants
annoncent également leurs spéciaux. Il y a aussi le service de taxi de Jessie
James pour les épiceries, le magasinage, le marché ou les visites de l’île.
Octobre nous offrira enfin un peu de temps pour ces visites
touristiques.