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1er au 31 mars 2004 Lundi, 1er mars
Ce sont les vents qui nous accueillent à nouveau à notre réveil. Le déjeuner vite servi, nous prenons notre temps pour préparer l’activité du jour. Nous irons à terre pour dîner à Volleyball Beach. C’est la plage qui regroupe le plus d’activités. Installés à l’ombre des arbres, nous dînons sur les tables de pique-nique. Tout près de nous, un papa installé à une petite table fait l’école à son petit garçon.
Sur les terrains, les joueurs organisent les équipes pour le Volley Ball. Une jeune adolescente accompagne deux dames qui font des paniers avec des feuilles de palmiers. Des jeunes jouent avec des cordes de tarzan tout près de nous. Des enfants s’amusent dans le sable en compagnie de leur maman. Des parties de bridge sont en cours. Nous allons essayer de faire un peu de plongée en apnée. En dinghy, on se dirige vers Sand Dollar Beach; on repère une tête de corail accessible de la plage. Petite plongée, recherche de sand dollars, promenade sur la plage, repos, voilà le programme de l’après-midi pour l’équipage et les invités de Soliton, d’Images et d’Aquarel. En fin d’après-midi, Images doit aller s’ancrer en face de la ville car Annie, leur fille, prend un avion à sept heures demain matin. Nous les reverrons demain. De notre côté, notre invitée sur Aquarel est très bien adaptée à sa vie de voilier. Elle est amarinée pour l’ancrage à tout le moins. Depuis son arrivée, les vents de 20 à 25 nœuds sont sans relâche et les tours de dinghy sont tumultueux mais bravement elle nous accompagne et s’adapte à la situation. Comme nous goûtons le sel à journée longue, l’heure de la douche à l’eau douce, avant l’apéro, nous redonne le confort de la peau douce.
Mardi, 2 mars
Ce matin nous recevons un airmail très humoristique d’Annie, la fille de Lise, mon adorable filleule. Elle nous explique une journée de rêve à Laval Beach. Elle nous rappelle à sa façon les beautés de l’hiver et comme c’est agréable de jouer dehors tout en enlevant la glace sur un balcon et sur les jeux des enfants. C’est un peu les jeux de sable avec la pelle mais en plus sportif. J’espère que son front guérira de ses ecchymoses rapidement. Je suis certaine qu’elle s’ennuie de l’été… Cet après-midi, nous allons à la plage profiter du soleil et de la mer. Journée de repos et de détente, il faut en profiter. Nous décidons d’aller se promener côté mer, voir les vagues. Effectivement les vagues sont grosses; les vents depuis plusieurs jours ne donnent aucun répit. Heureusement que notre ancrage est bien protégé de ces vagues.
Ce soir nous allons sur Soliton retrouver les amis pour un 5 à 7. Il faut déjà prévoir que le petit tour de dinghy sera éclaboussant. Nous voulons à tout prix éviter de revenir salées. Lise et moi prenons les grands moyens et c’est avec pantalons et vestes imperméables que nous passerons d’un bateau à l’autre. Cela vaut la photo car c’est plutôt amusant.
Mercredi, 3 mars
Les vents, toujours présents, nous accueillent à nouveau au réveil. C’est la journée du retour au Québec pour Lise. Malgré tout ce vent qui nous a empêchés de faire de la voile, nous avons bien profité de George Town qui nous offrait ses plages et toutes les activités possibles. L’équipage de Soliton a décidé de se rendre en ville également. Leur dinghy, bien attaché à la poupe avec le nôtre, nous levons l’ancre et partons vers le côté ville. Aussitôt éloignée de l’ancrage, nous sentons les vagues grossir et faire valser l’Aquarel. Nous sommes obligés d’ancrer face à la ville et par le fait même bien au vent, afin que la balade en dinghy soit la plus courte possible pour se rendre au quai des dinghys. Avant de quitter le voilier, nous enveloppons ses bagages dans des sacs verts bien fermés, nous enlevons les souliers, nous enfilons à nouveau, pantalons et vestes imperméables et nous voilà en route vers la ville. Le parcours se fait avec vagues arrières, donc pas trop de mal pour se rendre. Petit dîner au resto, promenade sur la rue principale et nous devons dire au revoir à Lise. Comme la semaine a passé vite! En après-midi, c’est la lessive et l’épicerie et le retour sur Aquarel en dinghy mais cette fois, ce sera avec les vagues de front. Gros plaisir! Nous devons passer sous le petit pont que vous voyez dans l’album et avec ces vents, les vagues éclaboussent tellement que je fais le trajet avec le capuchon bien fermé et je regarde à l’arrière. De retour sur Aquarel, il reste encore à retourner à notre ancrage protégé. Mais voilà que le guindeau électrique choisit ce moment pour flancher; Robert doit donc lever les cent pieds de chaîne et l’ancre à la main. Inutile de dire que ce soir, très fatigués, nous enlignons le lit de très bonne heure.
Jeudi, 4 mars
En ouvrant les yeux ce matin, le soleil est bien présent mais en ouvrant les oreilles, le vent est encore lui aussi très présent. Je ne sais plus si on appelle cela un front ou une chevauchée de vents inlassables. Le vent finira bien par s’essouffler. Toute la journée est consacrée à la lecture. Nous nous contentons d’écouler le temps à se reposer entre nos repas.
Vendredi. 5 mars
Après le déjeuner, Soliton nous appelle sur la HF pour nous indiquer qu’un bateau plus près de la rive vient de quitter. Ne perdant pas de temps, nous levons l’ancre pour s’y rendre, le guindeau étant réparé; ainsi nous serons mieux protéger des vents. Puis c’est une balade à la plage et nous décidons de s’installer sur une table de pique-nique pour une partie de Scrabble. Retour au bateau pour un apéro en tête-à-tête et un bon souper suivi du visionnement d’un film sur l’écran de notre ordinateur.
Samedi, 6 mars
Les vents ont finalement baissé durant la nuit. Certains bateaux prennent la route vers le nord et profitent de ces vents du sud-est pour faire de la voile. Aujourd’hui c’est la journée d’ouverture de la semaine des régates. Des courses de toutes sortes sont annoncées. Il y a de l’effervescence dans l’air. En après-midi à Volleyball Beach, les gens préparent une estrade décorée de fleurs de papier de soie; un système de sons est mis en place. Deux parades avec juges se préparent. Il y a d’abord la parade des chiens costumés présentée par une animatrice; ce sont des enfants qui en sont les juges. Ils ont choisi un petit chien et son maître déguisés en pirate.
C’était très amusant. Puis en soirée, c’était le concours des navigateurs costumés de leurs plus beaux atours et le gagnant était choisi à l’applaudissement. La saison à George Town s’achève avec la semaine des régates et les gens parlent déjà de se retrouver l’an prochain.
Dimanche, 7 mars C’est le calme qui nous accueille ce matin. Déjà plusieurs voiliers ont levé les voiles pour le retour vers le nord. Soliton se prépare à reconduire ses invités en ville. Aujourd’hui, ils pourront faire le trajet en dinghy car le plan d’eau s’est adouci. Durant notre visite, hier, à Volleyball Beach, des renseignements à propos des vols d’avions nous ont été donnés. Certains navigateurs donnent rendez-vous à leurs invités dans les Exumas en leur disant de réserver leur vol jusqu’à Nassau seulement. Puis de Nassau, les invités vont prendre leur courriel pour savoir à l’ancrage de quelle île se trouve le bateau qui les reçoit. Comme de Nassau, il y a plusieurs vols locaux à tous les jours pour les îles des Exumas, et ces vols sont de l’ordre de 70$ à 80$, donc peu dispendieux, les invités passent une nuit à Nassau et se réservent des places pour le lendemain vers l’île destinée et de la même façon pour le retour à Nassau, les invités reprendront un vol d’une autre île vers Nassau. C’est une façon de faire qui permet aux navigateurs une certaine latitude et aux invités une petite escapade aventurière sans revenir sur leurs pas lors de leurs vacances de voile. Au coucher du soleil, nous avons fini cette merveilleuse journée par un souper communautaire sur Aquarel. Déjà on mijote un départ vers Long Island dans quelques jours.
Lundi, 8 mars
Sept heures et il y a de l’action dans l’ancrage. Le signal retentit pour le départ d’une course de kayaks et une deuxième de petits voiliers. Les participants sont rassemblés sur la plage; le temps est idéal. La journée est chaude. De menus travaux sur le bateau et l’avant-midi est passé. En après-midi, les capitaines se préoccupent du remplissage des réservoirs d’eau. J’en profite pour rendre visite au catamaran Lamaja 2, bateau de France, car Marie-Jeanne a demandé d’échanger des livres. C’est la première occasion que j’ai d’échanger un livre avec un autre bateau dans le cadre de mon projet Le livre qui voyage. C’est le livre de Laurent, un ami très cher, qui part le premier en voyage. À trois heures, meeting de navigation; nos trois capitaines préparent la route et les ancrages, discutent météo et stratégies de départ. Ce soir petit souper en tête-à-tête avec mon capitaine favori. Nous faisons du bison sur le BBQ. Et voilà mon capitaine qui revêt sa frontale pour l’occasion. Très utile cette lampe qui tient sur le front grâce à des courroies sur la tête. On ne partirait plus sans elle.
Mardi, 9 mars
C’est la journée de préparation au départ d’une nouvelle étape. Ce matin nous allons nous ancrer face à GeorgeTown car c’est la journée pour la lessive, l’épicerie, le dépôt des vidanges, les derniers achats dans les boutiques de la place, le plein de diésel et d’essence. Nous appelons familièrement ces journées, notre « Run de lait ». Aujourd’hui nous avons visité une dame bahamienne, au Straw Market, qui nous avait demandé de lui rapporter les graines du melon d’eau que nous lui avions acheté. Nous lui rapportons donc les graines et tout en badinant nous lui proposons un échange; à notre grande surprise elle est tout à fait prête à troquer les graines.
Nous repartons avec une douzaine de bananes qu’elle nous offre avec un grand sourire, fière de récupérer les graines qu’elle replantera assurément. Malheureusement, les prévisions de la météo ont changé et le départ est reporté; nous allons donc s’ancrer à Sand Dollar Beach. L’apéro qui a suivi, avec les copains, en cette douce fin de journée est délicieux et agrémenté d’un rappel de souvenirs, en écoutant des chansons de nul autre qu’Elvis Presley. Imaginez « Love me tender »… sous notre dôme d’étoiles.
Mercredi, 10 mars
De la pluie… heureux sommes-nous, de redonner un air pimpant à l’Aquarel; l’humidité nous entoure mais sur le pont c’est la vadrouille qui reprend du service entre les mains de mon capitaine. Nous avons recueilli dans un seau assez d’eau pour nos douches. Génial ! Ce matin, au déjeuner, nous avons accompagné nos œufs de plantain rôti dans moitié-beurre, moitié-huile. Délicieux et très nourrissant! En après-midi, rendez-vous sur Volleyball Beach pour un concert d’une chanteuse avec sa guitare. Elle chantait ses compositions sur les thèmes de notre vie à bord des bateaux. Ses chansons étaient très amusantes relatant des histoires du quotidien des navigateurs. Le son était très bon car des boîtes de sons avaient été installées. Puis retour au bateau, petit souper en tête-à-tête.
Jeudi, 11 mars
De la plage, de la plage et encore de la plage et nous ne sommes pas encore « tannés ». Ce matin, nous découvrons un nouveau sentier qui nous mène en haut d’une colline d’où nous pouvons observer la course des voiliers d’aujourd’hui. De ce côté de la mer, des vagues déferlent et commandent de la prudence pour les baigneurs.
Petit dîner rapide car je veux retourner à Volleyball Beach où a lieu une exposition de bijoux, d’aquarelles, de tressage de paniers de toutes sortes; toutes ces réalisations viennent des gens de bateaux. Belle atmosphère, c’est cordial. Je me surprends à observer tous ces gens sur la plage et chacun y trouve son compte. Certains jouent au volleyball, d’autres aux cartes, les enfants grimpent aux arbres d’où part une corde de Tarzan, jouent dans le sable ou se balancent.
Dans un coin d’ombre, des lecteurs et un peu plus loin, une dame partage avec d’autres, son savoir-faire en tissage avec des pousses de feuilles de palmier. Plusieurs chiens gambadent ou se reposent près de leur maître. Cette plage est vraiment le lieu de rendez-vous familial. En fin d’après-midi, nous écoutons une autre présentation cette fois-ci d’un chanteur fort apprécié de l’auditoire. Les deux pieds dans le sable à l’ombre des grands arbres, entourés d’amis, nous profitons du coucher du soleil en assistant à cette présentation. Quelle journée!! Non! Nous ne sommes pas « tannés » encore de cette vie.
Vendredi, 12 mars
Voilà une nouvelle journée qui nous rapproche d’un départ imminent. Nous avons très hâte et la météo se présente bien pour lundi ou mardi. Mais tout peut changer. En attendant nous sommes prêts et le « meeting » de navigation d’aujourd’hui nous a permis de faire le point.
Je dois raconter qu’il y a eu un accident à George Town. Un capitaine est tombé de son dinghy en marche. Il a été blessé car son dinghy ne s’est pas arrêté. C’est là l’importance du bracelet rouge rattaché au poignet du conducteur et au contact de la mise en marche du moteur, Si le conducteur tombe à l’eau, le moteur s’arrête immédiatement. Il n’avait pas ce bracelet malheureusement. Nous feuilletons nos Cruising Guides, il est temps de partir. D’autres horizons, d’autres mers bleues, d’autres îles nous attendent. C’est la météo qui nous mène, qui nous mène…
13, 14, 15 mars
Ces trois jours nous font vivre l’attente d’un nouveau départ. Nous savons qu’il est sage d’attendre la bonne météo malgré l’éminence du départ. Chaque jour, il faut être prêt à lever l’ancre. Mais ici dans les Exumas, il n’est pas facile d’obtenir ce que l’on veut la dernière journée avant le départ. Aujourd’hui lundi, Robert est allé à George Town pour rapporter des œufs et des baggles; il est revenu bredouille. Mais on n’y peut rien, c’est vrai qu’un lundi, il ne reste pas grand chose à l’épicerie puisque les bateaux pourvoyeurs arrivent le mardi. Mais nous utiliserons d’autres provisions. Nous attendons fébrilement notre météo à tous les jours et dès que la fenêtre se présente, nous lèverons les voiles. Il y a une possibilité pour mardi…
Mardi, 16 mars
Le départ est maintenu. Il fait une journée magnifique. Les vents attendus sont là. Le départ est un peu un détachement. Dire au revoir à d’autres équipages qui eux repartiront vers le Québec ou la côte américaine, c’est un peu nostalgique. Mais les Antilles nous attendent. Enfin nous faisons de la voile. Retrouver la griserie de voguer dans l’immensité de cette mer qui nous accueille en ce doux matin. En peu de temps, voiles tendues, on se laisse glisser et on retrouve le bonheur des « voileux ». Notre objectif est Long Island et nous allons ancrer à Calabash Bay. L’approche, comme d’habitude se fait à vue car l’entrée est située entre des bancs de coraux mais le passage se fait bien. Nous nous retrouvons ancrés devant le Santa Maria Resort qui appartient à des canadiens. Ce complexe hôtelier est une série de petits bungalows luxueux construits face à la mer. Au centre, un bâtiment central où on retrouve un bar, une salle à manger et le bureau d’accueil. On peut louer ou acheter. Le tout dans un décor raffiné et fonctionnel. Pour ceux que cela intéresse : Nous sommes allés prendre un verre au bar et nous promener sur cette plage de rêve.
Mercredi, 17 mars et jeudi 18 mars Dès 7:30h., c’est un nouveau départ. Il était prévu d’arrêter à Rum Cay mais les vents de la journée nous permettent de se rendre à Mayaguana. Nous sommes donc en route pour trente heures de navigation. La journée est magnifique et nous combinons voile et moteur pour conserver la vitesse de croisière désirée. La journée se passe bien. Nous avançons à six nœuds et nous devons nous préparer pour la nuit. Il est important que les voiles soient préparées en vue du plus fort vent de la nuit. Nous mettons de l’ordre dans le cockpit et nous préparons les harnais de sécurité que nous porterons dès que la noirceur sera en place. Le café est dans le thermos. Pour l’instant c’est très chaud à l’intérieur car les hublots sont demeurés fermés ne sachant jamais à quel moment une vague s’échapperait et inonderait l’intérieur. Je décide de faire le premier quart et Robert s’installe pour dormir dans le cockpit. Il fait très noir et à part les étoiles, je ne vois que les lumières de navigation de Soliton et Images. Je laisse Marco, le pilote automatique, barrer. Je surveille le radar, je lis avec la frontale. Fréquemment je corrige le cap car la houle et le courant nous dévient quelque peu. Durant la nuit nous recevons un appel d’un bateau canadien Océan 2000 qui nous suit à quelques milles en arrière. Ce bateau vient de Rimouski; à bord, Robert, Suzanne et leurs deux jeunes, Marie-Laure et Benjamin. Suzanne est très heureuse de parler français. À ce moment, nous sommes quatre voiliers canadiens dans cette vaste mer qui nous berce. Un peu plus tard, nous discernons les feux de trois autres voiliers à quelques milles de nous; cette fois, une communication nous informe que ce sont deux canadiens et un argentin qui naviguent dans la même direction que nous. À une heure du matin, Robert prend son quart et à l’aube, courbaturée, je m’éveille. Je suis couchée dans le cockpit avec un oreiller, recouverte d’une grande serviette de plage pour me protéger de l’humidité de la nuit. Je ne suis pas tout à fait prête à aller au bal…mais un petit déjeuner et un bon café replacent les idées. Nous égrenons les milles nautiques qui nous rapprochent de Mayaguana. Après avoir contourné Samana, nous nous retrouvons sous un couvert de nuages pour plusieurs milles. Les vents sont tombés; les voiles ne servent plus. L’arrivée à Mayaguana se fait lentement. Nous suivons un passage entre des têtes de corail pour finalement s’ancrer dans une baie loin de la terre car il y a peu d’eau mais protégés des vagues par une barrière de coraux. Océan 200 est là et ils nous offrent du mahi-mahi fraîchement pêché. Voilà un souper bien vite fait. Le sommeil nous gagne déjà et pour cause.
Vendredi, 19 mars
Ce matin, pour nous, c’est une journée de remise en ordre. C’est fou comme une longue navigation met un bateau à l’envers. Par contre, il faut comprendre qu’avec un roulis constant, on ne prend pas le temps de tout replacer à mesure car à l’intérieur c’est très inconfortable. On y passe le moins de temps possible. Donc nous voilà à l’œuvre très tôt : il faut dégeler le congélateur, il faut colmater une petite fuite d’eau de notre réservoir d’eau en avant qui nous oblige à nettoyer la cale de notre chambre, il faut remplir notre réservoir de diésel avec nos réserves dans les bidons jaunes, il faut nettoyer la glaciaire extérieure, il faut cuisiner du pain car nous avons jeté notre dernier pain acheté à George Town (il avait un air douteux), changement de literie, nettoyage de la salle de bain, les douches, la journée y passe. Heureusement que l’apéro sur Soliton a apporté une détente fort joyeuse. Les capitaines de Océan 2000 et d’Images ont apporté de la langouste et des cigales de mer pour le plus grand plaisir de tous. Finalement la mer a bien comblé les estomacs des 10 navigateurs qui ont eu la chance de se retrouver sur Soliton ce soir-là.
Samedi, 20 mars Aujourd’hui, une partie de la flottille part à la chasse ( j’ai bien dit à la chasse et non à la pêche) aux poissons, aux langoustes et aux cigales de mer. Comme cela se passe avec un Hawaïen Sling, c’est l’expression utilisée. Un autre groupe part à la chasse aux coquillages. Nous recherchons de nouveaux coquillages dont nous avons entendu parler à George Town. C’est avec grand plaisir que nous découvrons nos premiers « hamburgers », de la grosseur d’un 25 sous, ils sont bruns et sur l’épaisseur on peut voir une ligne plus foncée. Il semble que ces petits « hamburgers » font la route en mer directement d’Afrique pour aboutir sur les côtes des Exumas. Puis nous en trouvons également un autre genre en forme de cœur, brun, velouté, de la grosseur d’une prune. Plusieurs font des bijoux avec ces découvertes. Aujourd’hui est un grand jour, Robert a chassé son premier poisson en plongée. Ce n’est pas évident car les petits poissons sont plutôt rapides là-dessous. Alors c’est avec fierté qu’il exhibe son « Snapper » ainsi que la cigale de mer que Guy lui a donnée. Je pourrais comparer la langouste à une dame des mers très élégante tandis que la cigale est plutôt boulotte et sans grâce. Voyez par vous-même.
À son tour, Robert de Océan 2000 nous apporte deux petits « Schoolmaster ». Ce soir tout le monde se régale de poissons frais.
Dimanche, 21 mars au lundi, 22 mars
De nouveau ce sont les préparatifs pour une autre navigation de nuit. Le départ est décidé par les Trois Mousquetaires qui sont quatre en fait puisque Océan 2000 nous accompagne. À marée haute, vers 10 heures, il est entendu que nous allons nous déplacer pour aller s’ancrer près du point GPS qui marque l’entrée de la baie. Nous en avons pour une bonne heure à naviguer entre les têtes de coraux pour se rendre à l’ancrage du départ. On se suit tous attentifs à repérer les grandes taches noires à la surface qui indiquent les coraux dessous; les taches ont souvent environ de quatre à huit, dix mètres de diamètre. Elles sont très faciles à voir quand le soleil est haut. À dix-sept heures c’est le départ, deux heures avant la noirceur. La flottille prend le cap des Turks and Caïcos. Le vent est de 12 nœuds et nous aurons des pointes à 20 nœuds. Le ciel est clair; nous estimons notre arrivée vers neuf heures demain matin. Heureusement il est possible de lever les voiles. Les vagues sont de six à dix pieds; ce qui représente une bonne houle. Les heures passent. En soirée, j’essaie de dormir dans le carré, impossible; dans le cockpit je n’y arrive pas. Vers minuit Robert a réussi à dormir une heure. Tout l’électronique est allumé : radar, GPS, pilote automatique, VHF. À voile, la nuit, l’énergie baisse. Alors nous prenons la barre quelques heures. Cela nous occupe mais c’est beaucoup plus fatigant. Nous n’avons pas de lune. Nous ne voyons que les lumières de navigation des autres bateaux. Nous ne pouvons savoir à quel moment une vague plus haute arrivera et là le bateau tape un peu plus fort. Ce n’est pas reposant. Vers quatre heures je réussis à m’endormir, épuisée dans le cockpit. Deux heures plus tard, l’aube se pointe et nous avons droit à un flamboyant lever de soleil. À l’heure prévue, nos étraves se pointent dans la baie de Sapodilla à Providenciales. Nous ancrons dans dix pieds d’eau. Un premier coup d’œil autour : c’est un terrain plat comme île, de la verdure mais pas de palmiers ni de cocotiers en vue , de riches demeures bâties en bordure de la baie, de jolies plages, privées probablement, une quinzaine de bateaux à l’ancrage. Mais pour le moment nous avons besoin de repos. Une douche, un lunch rapide et dodo.
Mardi, 23 mars
Ce matin, les énergies sont revenues. On range rapidement le bateau car nous avons loué une voiture avec Louise et Guy pour aller explorer l’île. Providenciales est une des îles de Turks and Caïcos. Du côté est, cette île est bordée par Grace Bay, le littoral le plus populaire à Providenciales. On y retrouve les plus gros hôtels et le Club Med Turquoise. C’est une plage de 12 milles de long, au sable doux et farineux. Cette île est en pleine expansion. Notre petit tour de voiture nous a dévoilé des chantiers de construction très nombreux. Nous avons découvert également une épicerie IGA immense, moderne, à la hauteur de nos attentes; nous y avons trouvé un vaste choix de produits à des prix raisonnables. Puis la visite d’une quincaillerie aux dimensions de celles du Québec nous a étonnés. Le dîner sur la terrasse du Banana Boat Restaurant est excellent et nous avons la chance de bavarder un moment avec un policier en tenue, fort sympathique.
Un café internet, des banques, un boulevard à quatre travées, de nombreux services, des édifices récemment construits; décidément cette île prendra sous peu des allures de cité moderne. Dans quelques années, elle sera méconnaissable. Chemin faisant nous rencontrons des canadiens qui travaillent ici, puis d’autres en vacances. Nous revenons au bateau, il fait déjà noir. Voilà le plaisir qui commence : les bidons de diesel, les sacs d’épicerie, il faut tout ramener en dinghy au voilier. Heureusement qu’en cinq minutes, nous y sommes mais il a fallu 20 minutes pour tout transporter de la voiture et tout descendre dans le dinghy et cela avec une seule lampe de poche pour nous quatre.
24, 25, 26, 27 mars
Nous repartons de bon matin, nous avons encore la voiture jusqu’à une heure. Notre expédition nous a conduit près de jolies boutiques touristiques. Mais avant, nos capitaines ont repéré un magasin d’accastillage; inévitablement cela demande une visite de courtoisie. Nous sommes à la recherche du drapeau de courtoisie des Turks and Caïcos que nous allons finalement trouver dans une boutique touristique. Le vent tient bon jour et nuit avec des pointes jusqu’à 35 nœuds. C’est dommage parce que cela nous empêche de faire de la plongée alors que nous nous trouvons dans un des plus beaux sites au monde. Et comme ici ce sont les activités aquatiques qui sont la principale attraction, il y a peu de choses à visiter; nous consacrons nos journées à la lecture, à la préparation de la navigation; nous allons à la plage et chacun à son rythme profite de la beauté des lieux.
Dimanche, 28 mars
Dernier jour aux Turks and Caïcos. Les vents ont commencé à baisser depuis la nuit dernière. Ce matin j’admirais le lever du soleil quand j’ai aperçu quelques dauphins dans la baie en quête de leur déjeuner. Demain ce sera un départ car les vents le permettent. Il fait plus chaud aujourd’hui. Nous avons souligné l’anniversaire de mon capitaine lors de l’apéro sur Images. C’est toujours un grand plaisir de partager de bons moments avec les amis.
Lundi, 29 mars
Ce matin c’est un immense soleil qui nous accueille. Petit déjeuner terminé, nos capitaines se rendent à la douane. Dès leur retour nous levons les ancres; nous avons une journée de navigation devant nous sur le banc des Turks and Caïcos. Le vent est presque nul. C’est une de ces journées où la navigation est calme et propice à la détente. On ne pourrait souhaiter mieux pour l’anniversaire de mon capitaine. Le départ se fait en douceur. En peu de temps à 360 degrés, il ne reste que nos trois voiliers. Le temps s’arrête… Un soleil éblouissant, une mer calme, que l’immensité qui s’étale devant nous. L’eau turquoise ne s’arrête qu’à l’horizon au contact de ce bleu poudre du ciel. Au loin quelques nuages blancs floconneux et voilà à quoi se résume notre univers en ce jour. Non j’oubliais les dauphins qui viennent se balader à notre étrave puis qui changent de cap à la recherche de leur pitance. Je passe plusieurs heures, installée à l’étrave sur mon banc de dauphin en essayant de fixer ces images à jamais dans ma mémoire.
Nous voyons le fond de sable blond tout le long du parcours car nous naviguons dans 10 à 20 pieds d’eau. Il est essentiel de naviguer de jour sur un banc car il y a des coraux qui s’annoncent en surface par les fameuses taches noires; de nuit il serait impossible de les détecter. Je n’aimerais pas vivre l’expérience de les toucher. Quelques poissons volants scintillent ici et là. Ce décor est l’image même d’une aquarelle; elle nous transporte de bien-être. Voilà huit heures de navigation, voilà huit heures d’enchantement.
Mardi, 30 mars et 31 mars
Nouvelle journée. Départ vers Big Sand Cay. Six heures de navigation à voile et moteur. Le vent est faible. En cours de route nous avons vu un phénomène de la nature. Une trombe marine qui se forme à partir d’un nuage gris foncé et qui tend vers la mer.
Nous en avons vu trois dont une mince et longue qui rejoignait l’eau. Les deux autres étaient plus courtes et plus larges. Le radar nous indiquait que ce nuage était à cinq milles de nous et qu’il croisait notre trajectoire. Nous avons ralenti et changé un peu notre cap. Vingt minutes plus tard, ce nuage était passé. Vers une heure, les eaux deviennent bleues et claires comme dans une piscine; il y a une démarcation très nette du bleu foncé à ce bleu dès que la profondeur change. Et ce fond de sable sans aucune trace d’herbage, c’est comme un mirage et devant, une île basse sans aucun arbre mais avec de la verdure en surface. La houle vient mourir sur la plage et nous sommes quelque part dans l’océan. Nous sommes arrivés pile sur Big Sand Cay. Avec ce soleil qui nous éblouit, c’est d’une beauté sans mot. Nous ancrons pour l’après-midi, le temps d’un repos.
16 heures. Nous levons l’ancre. Destination Luperon, la baie de Bahia Blanco. Une nuit de navigation qui s’annonce calme. La lune nous permet de voir l’horizon jusqu’à deux heures du matin, puis elle se couche. Les étoiles sont nombreuses. Le vent est calme. La houle est présente mais la navigation demeure confortable. Nous approchons Luperon vers huit heures du matin. Le décor est tout à fait différent. Cette île nous offre le spectacle de montagnes verdoyantes. Nous sommes ébahis. Le livre « The Gentleman’s Guide to Passages South de Bruce Van Sant » est une source d’informations précieuses pour notre périple. Il nous indique justement qu’il faut arriver à Luperon entre huit heures et neuf heures du matin pour profiter des vents de terre qui abaissent les vagues à l’entrée. Donc à l’approche nos points GPS bien exacts, nous devons repérer une bouée rouge qui nous indique un passage hors de danger des récifs. Nous devrons la garder à tribord. Aux jumelles nous repérons le point rouge et nous nous enlignons pour passer à bâbord de cette bouée. Mais voilà qu’on s’aperçoit que le point rouge est un homme portant un chandail rouge dans un dinghy. Il vient vers nous et nous informe que c’est lui la bouée rouge car la bouée est perdue depuis la dernière tempête. Il nous dit qu’il va nous guider jusqu’à l’ancrage. On a bien rigolé mais dans le sud tout est possible.
Aussitôt ancrés, des militaires se présentent au bateau pour la drogue. C’est une vérification de routine; un des militaires descend dans le carré avec Robert , jette un coup d’œil et nous dit ça va. Quand ils repartent ils nous laissent savoir qu’un pourboire serait apprécié. Nous avons donné 10$. En réalité nous aurions dû dire non, pas de pourboire pour les militaires, ce qu’on a appris de la bouche de l’équipe suivante, l’immigration. Voilà de nouveaux visiteurs, ils sont trois, deux représentants de l’immigration et un pour l’agriculture. Ils nous font remplir des formulaires qui pour la modique somme de 63$ ( 43$ pour le permis de séjour et 10$ par passeport ) nous donnent droit à un permis de séjour de 90 jours. Il faut débourser encore un 10$ pour l’agriculture. Certains bateaux ont eu la visite aussi d’un autre représentant de l’agriculture section animale et encore un 10$ qui s’envole. Avant de partir, il faudra également donner 11$ pour l’ancrage, les vidanges et l’amélioration du port. Bon je crois que j’ai fait le tour. Une fois ces formalités achevées, on peut lever le drapeau de courtoisie et descendre à terre. Luperon est un village pauvre mais les gens semblent heureux. Il y a la pauvreté mais aussi quelques résidences spacieuses. Nous arpentons les rues et nous observons une très belle végétation, arbres et fleurs.
Le village même est un ensemble de petites maisons dont la façade donne sur le trottoir. C’est très petit et les portes restent souvent ouvertes pour permettre au vent de passer car il fait très chaud. Ce qui est marquant, c’est l’utilisation principale de mobylettes ou de petites motos au lieu de voitures. Tout le monde semble se promener de cette façon même de jeunes ados. Les voitures sont plutôt utilisées pour le transport des touristes. Nous découvrons la boulangerie, le café internet et un restaurant belge tenu par un belge authentique. Sur sa terrasse au toit de chaume, nous prendrons notre dîner. Nous goûterons la bière Presidente de RD après avoir déjà goûté la Kalik des Bahamas et la Turks des Turks and Caïcos. Nous repérons également les « mercado » et les « mercado cubierto », marché et marché ouvert. Il faut dire que nous sommes maintenant en langue espagnole, en pesos et… à l’heure avancée.
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