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Voici les dernières entrées de notre journal de bord:
Départ de la Martinique.
Nous reprenons notre route d’eau vers le nord de la Martinique en naviguant près de la côte ouest de l’île dans la mer des Caraïbes. C’est une journée de grand soleil qui nous accompagne durant toute la navigation. C’est toujours impressionnant de voir défiler les petits villages dont les maisons sont bien rassemblées dans le creux du vallon en bordure de la mer. Les barques des pêcheurs attendent impatiemment le plaisir de chevaucher les vagues. D’autres pêcheurs sont déjà au large à remonter leurs cages ou leurs filets dans l’espoir d’y retrouver le gros poisson du jour. La route sinueuse qui relie ces villages se révèle une expédition en soi. Pendant de longues heures nous nous dirigeons vers St-Pierre où nous devons coucher un soir. À notre arrivée, le mouillage est plutôt rouleur et à peine quelques heures plus tard, il devient insupportable. Impossible de cuisiner ou de dormir dans un tourbillon semblable. D’un commun accord, nous décidons de repartir en navigation pour la nuit; nous laisserons tomber notre mouillage à la Dominique car nous y serons vers minuit et nous ne nous approchons jamais des îles à la noirceur; nous continuerons notre route jusqu’aux Saintes. Neuf heures du matin, après seize heures de navigation nous jetons l’ancre au Pain de Sucre, un des merveilleux ancrages des Saintes.
C’était une excellente décision car nous avons eu une mer très calme tout le long de notre traversée alors que cette journée s’annonce maussade avec des rafales de vents jusqu’à 45 nœuds sous grain. Nous nous reposons donc tranquillement à notre mouillage jusqu’à demain. En après-midi, sortant de notre léthargie, une plongée en apnée nous redonne un peu d’énergie; puis un repas vite fait car les yeux se ferment, signe que le sommeil nous gagne, rattrapage impératif. Nous ne nous attardons pas Aux Saintes, ayant déjà visité cette partie de la Guadeloupe. Notre but est de se rendre à Marie-Galante, île au nom évocateur, qui m’attire depuis tant d’années. Nous y serons bientôt. Le jour suivant nous mettons le cap sur Pointe-à-Pitre où Soliton nous attend. Il fait un temps splendide quand nous arrivons dans cet ancrage qui sera notre point de départ pour l’exploration de l’île.
La Guadeloupe
La Guadeloupe, surnommée l’île d’émeraude, se présente en forme de papillon dont les ailes déployées se nomment Basse-Terre pour le côté montagneux et Grande-Terre pour la partie plane. La rivière salée est le corps du papillon et Pointe-à-Pître est situé sur cette ligne médiane du côté sud. Son économie est basée sur le tourisme et l’agriculture dont la canne à sucre et la banane principalement.
Nous décidons de louer une voiture pour deux jours. La première journée est consacrée à Grande-Terre. Nous prenons la route vers Les Abîmes, Morne-à-l’eau, Le Moule, St-François, Ste-Anne et Le Gosier en complétant notre boucle sur Pointe-à-Pître. Un petit arrêt au cœur de Pointe-à-Pître nous permet un joyeux coup d’œil sur le marché extérieur, rendez-vous des couleurs et des saveurs variées.
Nous avons la chance d’admirer des bougainvilliers en fleurs à travers toute la Guadeloupe comme en Martinique.
À Morne-à-l’eau, il est impossible de manquer le cimetière qui nous permet de voir les différents caveaux de familles avec leur particularité que ceux-ci sont revêtus de tuiles de céramique noires et blanches; à flanc de montagnes, un sentier avec marches permet de s’en approcher dans un dédale d’entrecroisements. La Pointe-des-Châteaux est une langue de terre qui avance profondément dans l’Atlantique qui se termine par des rochers aux formes rappelant les tours de châteaux. Les vagues ont ciselé ces rochers au fil du temps et continuent de les fouetter à grands coups de marée. La vue est magnifique surtout les vagues au rythme régulier qui viennent s’échouer sur les récifs ou mourir tout doucement sur la plage de sable.
Notre route nous mène un peu plus tard à St-François, petit village tranquille avec sa marina paisible et son mouillage aux eaux turquoise. Nous avons choisi de prendre le lunch au Café des Artistes. C’est un bon moyen de prendre le diapason de la vie des gens de la place qui contrairement à nos habitudes de québécois, prennent le temps de manger et de discuter à l’heure du midi dans un climat de détente.
Nous longeons le littoral où plusieurs plages se succèdent au gré des petits villages mais celle de la Caravelle nous retient irrésistiblement le temps d’une baignade et de se prélasser au soleil. C’est une des plus belles plages de la Guadeloupe et les gens d’ici en profitent pleinement.
Le deuxième jour nous prenons la route vers Basse-Terre qui en fait est une terre de montagnes. Nous choisissons d’abord la Route de la Traversée qui se trouve au beau milieu du parc national. Cette route sillonne dans la forêt tropicale où la végétation est luxuriante. Une fine pluie est présente la majorité du temps car les nuages se stationnent sur le sommet de ces montagnes. L’humidité permanente fait déborder la végétation où diverses espèces s’entremêlent pour former une forêt dense, lumineuse et diversifiée; des arbres gigantesques jusqu’aux fougères cherchent à envahir la route. Les jeux d’ombres et de lumières se succèdent pour nous offrir des prises de vue fantastiques.
Heureusement les gens du parc entretiennent cette route parfaitement. Il est remarquable de voir des plantes à très grandes feuilles lovées et grasses rendre le sous-bois secret. Le sol est recouvert de mousse. L’érosion est toutefois à craindre lors des grandes pluies car les cascades débordent et les chutes n’en finissent plus de débouler. Les bananiers, les cocotiers, les palmiers et les bambous côtoient des arbres feuillus dont les troncs servent souvent de niche pour des espèces ligneuses et grimpantes. C’est assez spectaculaire de voir les flancs de montagnes dans un détour. Plus tard, le chemin qui mène à la Souffrière se transforme en route de lacets de plus en plus étroite à l’air caverneux car les cimes des arbres tentent de se toucher. C’est le point culminant de la Guadeloupe d’où il est possible de suivre des sentiers pédestres pour les marcheurs entraînés. Notre retour vers la route nationale qui longe la côte, nous fait croiser St-Claude, le seul village de Basse-Terre qui n’a pas accès au front de mer. En face de Pointe Malendure, l’île Pigeon et son îlet, grand parc national de Cousteau, reçoivent de nombreux amateurs de plongée bouteille.
Notre escapade nous entraîne vers la visite d’une bananeraie. Nous apprenons que les bananiers ne sont pas des arbres mais bien des plantes qui poussent à partir de bulbes. Il y a plusieurs centaines de variétés de bananiers mais ils ne sont pas toutes comestibles. Les bananiers poussent en Guadeloupe depuis une centaine d’années. Chaque bananier donne une seule tresse de bananes par année, sa tige meurt peu après mais entre-temps du même bulbe pousse une nouvelle tige pour la récolte suivante. Ils emballent d’un sac de plastique bleu la tresse de bananes durant sa formation pour la protéger des insectes. Certaines bananes sont exploitées pour la consommation locale et d’autres pour l’exportation. Les saveurs sont variées autant pour celles qui servent à la cuisson que pour celles dites dessert. Les feuilles du bananier sont ensuite utilisées en tressage dans la fabrication de chapeaux, de vêtements de poupées stylisées, de ronds de table et bien d’autres idées; le produit fini est verni pour lui donner une texture durable et luisante. Je ne pouvais manquer l’Allée Dumanoir qui est une allée de 1000 mètres, bordée de 430 palmiers royaux plantés en 1850. Cette allée, menant à l’entrée d’un domaine, a été mise en danger par un projet d’agrandissement de la route nationale mais la beauté du site a fait échouer ce projet.
Le reste de la journée nous donne l’occasion d’admirer des centaines de bosquets de bougainvilliers. L’abondance de ces fleurs met en valeur tous ces paysages du littoral et charment par leurs couleurs et leur arrogance tout passant qui ouvre les yeux.
Puis c’est le retour sur l’Aquarel en préparation de la prochaine escale Marie-Galante.
Marie-Galante
Île située à une vingtaine de milles de la Guadeloupe, Marie-Galante se présente comme une île paisible encore peu fréquentée par les touristes. C’est la Guadeloupe, il y a cinquante ans, dit-on. Surnommée l’île aux cent moulins, près de 70 d’entre eux sont encore visibles éparpillés dans l’île. On y retrouve de magnifiques plages que nous ne manquons jamais d’admirer de près. On ne s’en lasse jamais.
La meilleure façon de visiter l’île est de la parcourir en voiture. Une journée suffit. La route périphérique nous fait entrer dans les différents bourgs dont Vieux-Fort où il est encore possible de voir des cases construites en gaulette, branchage tressé calfeutré avec de la paille enduite de terre mouillée. Ces cases étaient construites ainsi jusqu’au 18e siècle.
Nous avons eu la chance aussi de voir sur la route un paysan conduire une charrette débordante de canne à sucre, tirée par deux boeufs à la façon traditionnelle. Le Château Murat, ancienne habitation sucrière est un immense domaine avec la maison classique des propriétaires, le moulin, les dépendances. Son musée explique l’histoire de la canne à sucre et les traditions populaires.
En plus de ces plages magnifiques, je ne pouvais m’empêcher d’en parler,
nous découvrons le site de la Gueule Grand Gouffre qui est un trou dans les rochers où la mer s’engouffre avec son turquoise à grands tourbillons. Du haut de la falaise, nous admirons ce site qui nous rappelle le respect de la force des eaux.
Marie-Galante, c’est aussi quelques beaux points de vue, de tranquilles villages de pêcheurs, des sentiers pédestres, une végétation diversifiée, une sucrière, des traversiers vers les îles avoisinantes, la meilleure distillerie des Antilles. Justement ils préparaient le 6e festival de musique de Marie-Galante et pour commémorer cet événement des bouteilles de rhum agricole produit sur place étaient en vente, joliment peintes à la main. Une dernière image de beauté, un seul moulin a été rénové, c’est celui de Bezard, qui fièrement rappelle les belles années florissantes des rhumeries du 18e et 19e siècle.
Cette île est parfaite pour les amoureux de la nature et de la vie simple et tranquille.
Nous sommes de retour en Guadeloupe, au mouillage de Deshaies, au nord-ouest de l’île. Ce qui nous permet une nouvelle escapade dans cette partie de l’île. Visite incontournable, le Jardin botanique de Deshaies, ex-propriété de Coluche, est un jardin paysager et animalier exceptionnel. Le début de la visite offre aux yeux des visiteurs un étang de nénuphars en fleurs parmi lesquels évoluent des carpes Koï. Un sentier nous guide à travers les sections du jardin qui permet de contempler des splendeurs de la nature tels que le coin des orchidées, des hibiscus, des bougainvilliers, toute une variété parfois importée d’ailleurs. De beaux spécimens nous font craquer.
La grande volière où nous entrons est l’abri de dizaines de loriquets qui se laissent facilement tenter par un peu de nourriture. Ces oiseaux aux couleurs franches sont très amusants.
La visite se continue, chaque courbe du sentier nous réserve des images d’une grande beauté : une palmeraie, des cactées, des bambous et un arbre unique en Guadeloupe, le palmier Talipot qui prend de 50 à 70 ans à atteindre sa maturité. Cet arbre a actuellement 35 ans.
C’est un bain de nature où chaque élément est mis en valeur parfois par une cascade ou un jeu d’ombres et de lumières ou une ouverture sur la mer ou les montagnes.
Des espèces rares comme la fleur chauve-souris est soignée jalousement par les jardiniers. Le village des perroquets, la source des ouassous, les flamants roses nouvellement réintroduits en Guadeloupe après 50 ans d’absence, le promeneur se croit au paradis où les fleurs antillaises sont reines. L’histoire a donné le nom, Arbre du voyageur, à ce palmier car la base de ses palmes en forme de réservoir retient l’eau de pluie et permet aux voyageurs de s’abreuver.
Au cœur de ce jardin, le restaurant panoramique avec vue sur la mer des Caraïbes, est un fleuron de la gastronomie.
Notre journée se continue avec un arrêt dans une caféière. Nous apprenons que les plants de caféiers sont taillés de sorte à garder leur hauteur à portée de mains d’homme pour faciliter la cueillette. Les caféiers poussent dans l’ombrage des grands arbres. Neuf mois est nécessaire pour le mûrissement de ces cerises et huit à neuf cueillettes se succèderont suivant les étapes de la maturation. Puis les petites cerises récoltées subissent une longue transformation avant de se retrouver dans nos cafetières.
Une dégustation de leur café fumant permet une pause bien méritée.
En reprenant le chemin de la Traverse, nous nous arrêtons à la Cascade aux Écrevisses. Cinq minutes de marche nous permettent de se rafraîchir dans un bassin naturel d’eau douce alimenté par une cascade fraîche et vigoureuse. C’est avec enthousiasme que l’équipage de Soliton, Suzanne et Gérard, ainsi que mon capitaine savoure ce moment de détente.
Juste le temps d’un cliché et je les rejoins.
Une visite à l’atelier d’un artiste de la place souligne la fin de cette merveilleuse journée. Cet artiste, Michel Coste, crée des tableaux de sable. Charmants, lui et son épouse, nous expliquent le procédé dont la particularité vient du fait que tous ses sables sont de la Guadeloupe. Ce qui est fascinant, c’est de voir ces quelques cent vingt couleurs obtenues par tamisages successifs de sable venant soit des rivières, des galets, des plages ou des îlets autour. Des tons de brun, de beige, de vert, de gris, de rose, de noir plus ou moins lumineux se retrouvent sur sa table de travail. Sur une planche de bois, une couche de sable devient le fond du tableau, le dessin est fait au crayon et chaque couleur est placée en autant d’étapes. Le résultat est étonnant et fin, beau souvenir de la Guadeloupe.
Nous sommes toujours en attente d’une fenêtre météo pour voguer vers Antigua. Nouvelle destination, nouvelle découverte à venir.
Antigua
Au nord-est de la Guadeloupe se trouve une île souvent délaissée par les navigateurs car elle n’est pas en ligne avec les îles dans la descente vers le Sud. Pourtant elle a son charme indéniablement. Son climat est très confortable, son profil, peu accidenté. Son littoral se dessine en falaises ou en plages de sable blond. Ses formes sont douces. Nous voilà donc dans un nouveau monde, nous échangeons nos euros pour des EC dollars et la communication redevient en anglais. Voici Antigua.
Notre premier arrêt, Falmouth Harbour, mouillage très calme devant une plage magnifique. Il y a 365 plages à Antigua et Barbuda, sa petite sœur au Nord; avec un petit calcul rapide c’est une plage par … année. Je me demande ce qu’ils font les années bissextiles. De là nous pouvons visiter English Harbour, magnifique avec ses bâtiments rénovés du 18e siècle.
Du côté Est, Green Island, est un ancrage protégé par une immense barrière de corail. L’approche se fait en observant les hauts fonds afin de se faufiler dans un passage entre les deux îles. L’eau prend une couleur turquoise nous rappelant celle des Grenadines. Green Island, étant restée vierge, seules les peuplades d’oiseaux y ont élu domicile. Notre mouillage prend des airs du bout du monde quand il sombre dans les profondeurs de la nuit. Cette nuit s’installe sous l’unique mélodie de la vague qui casse au loin sur les coraux. Au matin, nous sommes envahis par la paix des lieux. Nous partons en dinghy faire une plongée en apnée. Les fonds de sable qui entourent les îlots de coraux sont absolument magnifiques. L’eau cristalline nous offre un bain chaud, langoureux et inépuisable de volupté. Les coraux nous offrent un paysage sous-marin harmonieux et coloré dans lequel évoluent de jolis poissons tropicaux qui savent si bien nous enchanter. Il y en a toujours un qui attise notre extase et qu’on dit exceptionnel.
La journée file sur des heures paressant au soleil. La chaleur nous enveloppe et nos yeux n’en finissent plus de savourer ce coin de paradis. Mais il est l’heure de quitter car nous voulons nous rendre à Jolly Harbour. Cet ancrage sur fond de sable, juste à l’extérieur du havre, est fort agréable. Devant nous les bouées rouges et vertes balisent l’entrée étroite. Puis de chaque côté des canaux paisibles s’étirent des rangées de maisons aux couleurs pastel y ont élu domicile avec leur quai attenant où, bien entendu, des quillards ou des yachts sont amarrés. La marina de Jolly Harbour est magnifique avec son aménagement accueillant et fleuri autour des quais. S’ajoutent de nombreuses boutiques, des services de beauté et de santé plus une épicerie épicurienne moderne, raffinée et très … coûteuse.
De cette marina nous avons pris un autobus pour St-John, la capitale. Notre journée, à haute teneur en humidité, est assez épuisante. Cette chaleur nous accable et marcher en plein centre ville en plus nous fait cligner de l’œil vers les boutiques climatisées. Nous nous retrouvons dans le confort du coin touristique tout près du débarcadère des paquebots. Comme toujours, cette partie de la ville est attirante, agréable à l’œil tout en offrant tantôt une panoplie de souvenirs, tantôt des boutiques aux produits raffinés tels que des bijoux, des vêtements, des boissons et parfums de luxe. Un coin charmant, une terrasse ombragée, nous sommes partant pour un lunch arrosé de boissons fraîches. L’environnement est reposant et tranquille. Lever la tête et voir un flamboyant abondamment fleuri, tourner la tête et découvrir un mariage de couleurs lustrant sous le soleil, pencher la tête et voir un petit lézard déguerpir, siroter une bonne bière en humant les odeurs d’un four à bois, voilà donc un moment délicieux.
Le jour suivant nous partons vers Jumby Bay, Long Island. Peu de vent et une mer calme avec un plafond de nuages éparpillés, nous arrivons dans cet environnement à première vue sans problème mais les cartes nous indiquent des massifs de coraux et c’est avec grande attention que nous surveillons nos profondeurs et notre GPS dans une longue approche. Mais quel bonheur de laisser tomber notre ancre dans cette eau turquoise! Nous revoilà dans un décor paradisiaque avec devant nous une plage de sable blanc, à proximité, un hôtel huppé. Nous y passons deux jours à profiter de la plongée, de la baignade et de la plage. La chaleur ces derniers jours est accablante; à midi le temps semble figé dans un décor de carte postale. Le soleil de plomb n’épargne personne que la brise légère n’arrive pas à soulager. C’est le temps de se laisser vivre à l’ombre des cocotiers … ou du bimini. Une plongée autour du bateau m’a offert une constellation d’étoiles de mer; pas moins d’une cinquantaine lézardaient dans les parages. Quel spectacle! Cela m’a permis de me réconcilier avec la plongée en apnée puisque ce matin, par accident, j’avais touché aux coraux et j’ai quelques blessures qui ont chauffé et rougi. Le vinaigre est le premier remède à utiliser pour enlever le feu puis des crèmes antiseptiques aideront la guérison. Quelques heures et les boursouflures ont disparues, quelques semaines pour les rougeurs.
Certains reconnaîtront mon canard qui fût la base d’un magnifique bouquet reçu avant le départ. Il veille parfois sur nos plongées. Un dernier coucher de soleil à Antigua, demain c’est un départ vers Barbuda. Un temps radieux, un ciel pur, une mer calme, un soleil éblouissant, peu de vent, voilà notre météo de ce matin. Nous levons l’ancre dans le silence de ce début de matinée, nous devons utiliser le moteur car pour les premiers milles, nous sommes entourés de coraux; nous devons suivre rigoureusement un canal pour la première heure. L’eau cristalline, d’un bleu turquoise, laisse voir son fond malgré des profondeurs de 7 à 14 mètres où sur fond de sable, sont parsemés des herbages ou des coraux. C’est absolument splendide avec cette lumière du matin. Un peu plus tard nous levons notre grande voile parachute, le DRS.
Cette voile pourrait nous aider à avancer mais peine perdue, nous nous inclinons devant l’absence d’Éole. Nous devons la redescendre.
BarbudaJuste au nord d’Antigua, son île sœur, Barbuda. C’est un panorama majestueux qui s’offre à nos yeux alors que nous sommes en approche de cette île. Tout ce qui nous entoure est cette mer aux mille étincelles, cristalline et turquoise et cette vaste plage de onze milles de long sortie de nulle part tel un mirage. Nous naviguons depuis ce matin sous un soleil torride; l’intérieur du bateau a atteint 37 degrés. On croit rêver, c’est absolument magnifique. Derrière cette plage nous découvrirons un très grand lagon puis la minuscule ville de Codrington de l’autre côté.
L’approche se fait tout en douceur car nous devons surveiller les récifs de coraux. Notre expérience dans la lecture des couleurs des eaux est mise à profit. Un dauphin surpris jette un coup d’œil et nous abandonne son terrain de jeux. Une escapade sur la plage nous permet de constater que la plage de sable blanc vue du bateau, une fois sur place, prend des reflets rosés car de minuscules coquillages roses quadrillent la surface du sable.
À droite, à gauche, cette étendue de sable qui dégage une paix inexprimable, cette mer à l’infini, ces couchers de soleil et ces clairs de lune finalement où baignent quelques voiliers confiants, voilà de quoi sont faits ces quelques jours à Barbuda. Une plongée sur un récif nous permet d’entrevoir une tortue de mer en plus de vivre la sensation de plonger dans un univers irréel. Des millions de minuscules poissons bleus transparents, genre néons, suivent le mouvement de l’eau, de la surface jusqu’à 5 ou 6 pieds de profondeur; ils s’écartent sur notre passage mais demeurent dans les parages. C’est une vision extraordinaire qui donne une sensation intemporelle. Puis ce mur, ce récif où les voiliers pourraient s’anéantir, est pourtant d’une grande beauté par toute cette vie, ces couleurs et ces poissons. À la brunante, des chevaux sauvages traînent sur la plage sous les reflets de la lune déjà en poste. Le lendemain, nous allons visiter un sanctuaire de frégates avec un guide. Le point de rencontre, les palmiers de la plage. Venu du lagon, il vient nous prendre avec sa barque motorisée et il passe une heure et demie à parler de son île, de ces oiseaux et de leur vie. C’est la plus grosse colonie de cette espèce d’oiseaux au monde. Adulte, son envergure, les ailes déployées, peu atteindre six pieds. Au temps des amours, le mâle gonfle sa gorge qui devient une poche d’un rouge éclatant.
Un dernier arrêt avant le retour sur Antigua, la plage Cocoa. Une autre beauté de la nature; c’est la plus belle de tout notre voyage. Encore des milles de sable doux, rosé, prolongement du fond de mer ici parfait. Ce sable, fin est comme de la farine, file entre les doigts. À la tombée du jour, la lune, unique lampadaire sur cette plage, accompagnée d’une douce brise, nous permet de cueillir un peu de fraîcheur en sirotant notre rosée de fin de journée.
Le départ du lendemain est nostalgique ayant toujours l’impression que nous ne reviendrons jamais dans ces lieux hors du temps avec leur beauté et leur magnifique quiétude. Je passe les premières heures sur le pont en admiration devant cette mer, grande dame aux mille visages. Aujourd’hui, elle a revêtu son manteau de velours; on dirait un lit d’eau avec ses ondulations semblables à de grands soupirs.
Notre passage à Barbuda est un épisode sans vent mais plein d’images de rêve et de sérénité. Fin mai.
C’est le signal de la descente vers le sud. Comme la saison des ouragans va bientôt commencer, nous reprenons tranquillement un cap sud en redescendant d’île en île et cette fois nous prévoyons nous rendre au Venezuela. La routine des prises de météo, la surveillance des ondes tropicales, l’attente des vents propices à la traversée des canaux entre les îles deviennent notre pain quotidien. Cinq ancrages, coup sur coup, nous ramènent en Dominique . Et le poisson s’est laissé prendre au piège de notre ligne. Enfin une prise dont on s’est régalé au souper avec les amis. Mon capitaine désespérait un peu mais ce poisson réveille l’espoir qu’il y en aura d’autres. L’arrivée à l’ancrage de Deep Bay se fait en contournant une épave au beau centre de la baie. Cette épave est l’histoire d’un bateau qui en 1904 transportant de l’asphalte a pris feu et s’est échoué ici. Depuis la vie sous-marine en a fait sienne au grand plaisir des plongeurs. À peine deux bouts de mât à la surface de l’eau indiquent son emplacement. Une randonnée par un sentier montagneux et rocailleux nous mène à un promontoire où se dressent les vestiges d’un fort de trois cents ans qui rappellent que toutes ces îles ont été convoitées à une époque en étant le théâtre de nombreux combats. À défaut de n’y retrouver que des murs de pierre, cet endroit a le mérite d’offrir une vue imprenable sur la baie.
Un petit arrêt à Jolly Harbour, question de s’avitailler en diesel, eau et bouffe; nous préparons notre passage vers la Guadeloupe car les vents sont de retour et leur direction nous permettra une voile fort espérée.
En effet tel que prévu, les 50 milles qui séparent Antigua de Deshaies en Guadeloupe se font à voile. Le temps est magnifique, les vents sont réguliers ESE, le cap est donné; Marco, notre pilote automatique, barre bravement tout le parcours à une vitesse moyenne de sept noeuds. C’est une prodigieuse journée de voile; neuf heures sans un virement de bord, sans changement de voile, à peine quelques corrections de degrés pour pallier la houle qui nous déporte quelque peu et nous avons toute latitude pour lire, grignoter ou rêver face à la mer. Il y a de quoi faire rêver nos amis navigateurs du Québec. Notre arrivée à Deshaies coïncide avec l’arrivée de nombreux voiliers en régate. Mais malgré tout il n’y a aucun problème pour se trouver une place d’ancrage dans cette grande baie. Au soleil couchant, alors que tous les voiliers reposent devant ce village tranquille, un joueur de trompette sur son voilier alangui, joue quelques airs connus. Notre journée se termine sur cette douceur car le sommeil vient nous surprendre. Le lendemain matin c’est au chant de centaines d’oiseaux, de coqs plus qu’en forme et des cloches joyeuses du village que j’ouvre les yeux. Nous prenons la route vers Les Saintes. Comme par hasard, c’est aussi la destination des voiliers coureurs. Encore une fois, des dizaines de voiliers se serrent les coudes dans l’ancrage. Le jour suivant, départ des Saintes vers Portsmouth avec des vents de 15 à 20 nœuds de l’Est et des vagues de 2 mètres avec une houle de l’Est. Notre GPS indique 20 milles nautiques à parcourir. On se faufile entre tous les voiliers de la course car nous partons plus tôt qu’eux. Dès que l’étrave pointe au large des îles, les vents nous attendent en y ajoutant, pour nous narguer, un grain qui nous fouette avec une pluie drue et qui nous balance des vents de 24 nœuds. On tient le coup, le grain passe mais c’est une voile sportive qui nous oblige à une vigilance constante. Je décide de barrer car c’est la place la plus confortable dans le bateau et cela me permet de voir venir les vagues et atténue mon appréhension. Ne le dites pas à mon capitaine mais je préfère parfois avoir le contrôle. C’est la seule façon de me rassurer durant les premières heures d’une telle navigation. Je vérifie sur le GPS le décompte des milles durant trois heures puis à l’abri de l’île, je remets la roue à mon capitaine.
Dominique
La Dominique est l’île Nature de la Caraïbe. Très peu touristique, sa clientèle est celle surtout celle des voyageurs en voiliers. Une immense baie, très bien protégée, nous attend à Portsmouth. Cette île offre un panorama de montagnes dont le plus haut sommet s’élève à 4747 pieds. Ses côtes escarpées ne dévoilent que de rares plages.
Les mornes s’entremêlent en formant de profondes vallées toutes aussi luxuriantes les unes que les autres. La végétation est abondante en feuillus, en arbres fruitiers mais surtout en palmiers. On pourrait dire de la Dominique, l’île aux palmiers. Et cette île n’est que montagnes à perte de vue.
Le long d’un sentier forestier, notre regard se perd dans l’immensité de cette végétation. Des arbres, d’une hauteur vertigineuse, s’étirent vers le ciel tandis que dans le sous-bois, une incomparable complexité de plantes couvrent le sol en s’agrippant souvent aux troncs de leur voisinage. Tout est vert en passant par la gamme des verts tendres au plus foncés.
Une de ces plantes s’appelle Moustache car elle pousse en deux pointes accrochées en leur centre. N’avons-nous pas une ressemblance ici avec Astérix ?
Notre première escapade à l’intérieur de l’île nous a menés jusqu’à la chute Milton où avec joie nous avons nagé dans l’eau fraîche. C’était le moment de profiter d’un bassin d’eau douce à satiété. Les occasions son rares car le voilier ne baigne que dans l’eau salée. Il existe dans l’île deux sortes de perroquets dont l’Imperial Amazon Parrot qui est unique en ces lieux. Ce perroquet, au ventre et à la tête totalement pourpre, vivant dans la forêt tropicale de la Dominique, est d’une rare beauté.
Nous avons entendu leur cri mais nous n’avons pas eu la chance de les voir dans la nature. Un deuxième jour de découvertes et notre guide nous conduits aux Rochers Rouges. Du côté Atlantique, nous découvrons un coin fantastique où les rochers en bord de mer sont rouges. L’atmosphère qui s’y dégage est fascinante. On nous raconte que les Caraïbes ont déjà creusé des cavernes dans ses rochers pour déposer leurs poissons. D’ailleurs nous pouvons voir à même le roc des marches sculptées.
La Dominique est fière de ses 365 rivières. Hé oui! Autant de rivières en Dominique que de plages à Antigua. Ils ont de l’eau fraîche en abondance. D’ailleurs, il tombe en moyenne 400 pouces de pluie du Côté Atlantique et curieusement 200 pouces du côté de la Mer des Caraïbes. Avec un guide, nous reprenons la route dans ces montagnes, cette route constamment tortueuse, constamment en descente ou en montée. Une petite anecdote du cru de notre guide vaut la peine d’être racontée. Comme à chaque demande que nous leur faisons, ils nous répondent que c’est leur frère qui fait cette visite guidée ou qui est propriétaire de ce restaurant, nous trouvons cela amusant et sur ce fait il nous explique que sur l’île, ils sont tous frères: il y a les frères de sang, les frères d’affaires et les frères amis. Voilà bien une grande fraternité! Nous arrivons au village des Indiens Caraïbes. Cette population de trois milles habitants sont les descendants des premiers habitants des îles. Afin de conserver leurs traditions et leur mode de vie, ils ont choisi de s’installer sur la côte accidentée de l’Atlantique où ils vivent dans des maisons modestes ou de petites fermes. Au cœur de la forêt tropicale, entourés d’arbres fruitiers, ils possèdent traditionnellement l’art de la fabrication des paniers.
Notre prochaine destination de la journée, Emerald Pool. C’est une merveilleuse découverte. Située dans le parc national, nous prenons un sentier entretenu qui revient à dire, une descente de palier en palier, où des marches facilitent l’accès. Quinze minutes de descente et nous arrivons devant un site naturel d’une grande beauté. Un bassin d’eau aux couleurs d’émeraudes où, émergeant des rochers, jaillit une chute naturelle qui se continue en cascades pressées de s’enfuir. Cet endroit est incroyable, l’eau est cristalline, nous voyons la moindre petite roche au fond. Cette couleur est la magie des ombres et des lumières; entourés de fougères, de lianes et de ces immenses arbres, nous nous croyons dans un autre monde. Flotter en surface, regarder vers le ciel, découvrir les traces du soleil qui joue dans les feuillages reluisants et nous voilà dans un lieu de détente digne du meilleur spa.
De retour à la réalité, c’est avec un goût de paradis que nous revenons en fin de journée sur l’Aquarel. Avons-nous rêvé ces merveilleuses images ? C’est une de ces journées qui fait un éclatant contraste avec celles des dunes de sable et de mer salée. Nous attendrons plus de cinq jours avant de reprendre notre route car les prévisions de la météo ne sont point bonnes pour nous. Jour après jour, la pluie n’a de cesse; la saison des pluies est assurément débutée. Des grains avec des vents violents nous bloquent en Dominique. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous restons à Portsmouth sachant que certains navigateurs ont déjà reçu des visiteurs nocturnes non invités. C’est pourquoi, nous prenons de grandes précautions depuis notre arrivée ici. Nous fermons les hublots, la porte, nous enclenchons le système d’alarme. Nous avons bien raison car c’est arrivé aussi à Soliton, nos amis québécois ancrés juste à côté de nous. À deux heures du matin, deux individus se sont approchés à rames de leur bateau et un est monté à bord, a réussi à ouvrir la partie coulissante de la porte, a enjambé la porte, entré à l’intérieur, a trouvé leurs deux sacs à dos qui étaient dans leur lit à côté d’eux, les a ouverts, trouvé les porte-monnaie, a pris uniquement l’argent et laissé sur le pont les sacs à dos. Cela se passe si vite que nos deux amis ont eu à peine le temps de se rendre compte de ce qui leur arrivait. Ce voleur avait déjà sauté à l’eau après avoir tenté de se cacher sur le pont. Nos amis en sont quittes pour une bonne peur mais comme c’est désagréable de penser qu’ils étaient à bord pendant leur sommeil. Ne jamais relâcher notre vigilance, il faut se le répéter. Deux jours plus tard, enfin, nous partons directement sur la Martinique. Réveil à quatre heures, « ils sont fous, ces navigateurs », pour un départ à cinq heures. Nous avons onze à douze heures de route devant nous. Sous la pluie nous levons l’ancre et les deux voiliers glissent sur une mer endormie. |