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Il y eut un petit congé de six mois pour la rédactrice du journal de bord mais cela reprend de plus belle.

 

Pour les prochains six mois, l’Aquarel devrait remonter les îles jusqu’à St-Martin et redescendre vers le Venezuela pour la prochaine saison des ouragans.

 

Retour sur la Grenade après plusieurs mois au pays.

 Ces quelques mois au pays après deux ans d’absence nous ont permis de goûter aux plaisirs des rencontres avec la famille et les amis tout en profitant des couleurs et des saveurs des grands marchés québécois.  Le merveilleux été au pays nous a enchantés; nous sommes arrivés avec le temps des fraises et sommes repartis avec le temps des citrouilles.  Les couleurs de l’automne, ces feuilles aux tons chauds, nous ont charmés et comblés des beautés du pays aux quatre saisons.

 

 

Le retour dans nos pays chauds n’a pas été de tout repos.  Un retard dans notre vol en partance de New-York nous a fait rater notre transfert à Puerto Rico où nous avons dû passer la nuit.  Le lendemain, nous avons été bouqués sur un vol local qui fait des arrêts sur Antigua, Grenade et Trinidad.  Pour nous, débarquement à Grenade et retour au bateau le lendemain.  La chaleur est accablante, c’est encore la saison des pluies.  À tous moments dans la journée, une petite averse détrempe le sol et rejette la chaleur en humidité.  Très inconfortable surtout quand le bateau est à terre. 

 Il nous faudra deux semaines pour terminer les travaux sur le bateau, refaire l’avitaillement,  tout remettre en place sur le pont et remonter les voiles.  Malheureusement nous constatons que durant notre absence, il y a eu vol de notre ordinateur avec ses accessoires dans une valise Pélican, dite à l’épreuve de l’eau mais …  non du vol. 

Toutes ces mésaventures ne nous empêchent pas de faire la mise à l’eau, soulagés de retrouver l’état naturel du bateau.  Dès le lendemain, nous levons les voiles pour se rendre à Prickly Bay où des amis nous attendent.  Nous avons besoin de repos car ces dernières semaines n’ont pas été de tout repos. 

La routine reprend son cours et c’est pendant cette période que nous découvrons une nouvelle astuce pour se protéger de la houle.  Daniel de Picaro, notre voisin québécois,  nous explique comment installer « une patte d’oie » afin que le bateau se place face à la houle plutôt qu’au vent.  Il s’agit d’installer un cordage sur la chaîne de l’ancrage puis de laisser filer la chaîne d’une demi-longueur de bateau, retenir le cordage le long de la coque jusqu’au  chaumard arrière, puis de ramener le cordage sur un winch. Il s’agit, à partir de là, de tendre le cordage, grâce au winch, jusqu’à ce que le bateau se retrouve face à la vague.  Le confort se rétablit pour une nuit sans roulis.  Cette méthode remplace l’utilisation d’une deuxième ancre et son installation se fait du bateau même.  C’est une option intéressante et moins ardue.

 Deux semaines ont passé et l’heure du départ sonne.  Nous remontons dans les Grenadines.  Première étape, Carriacou.  Nous retrouvons l’eau turquoise et cristalline.  Le temps des douanes, d’une belle météo et nous remontons sur Union, le cœur des Grenadines.  Les approches des îles sont plus faciles quand c’est en pays connus mais les vérifications sur les cartes demeurent une règle incontournable.

 Nous remarquons plusieurs bateaux de voyageurs déjà dans les ancrages.  La saison est bien débutée.  Nous décidons de se rendre à Mayreau pour revoir la plage des Salines.  Mayreau, petite île à proximité d’Union;  un seul village, de 600 habitants, s’accroche au flan de la montagne.  Deux fois par jour, un mini cargo s’accoste, transborde des colis et des denrées alimentaires; les gens peuvent s’y payer un passage pour une autre île, seul lien avec l’extérieur. 

 Les jours suivants sont des jours de félicité à l’ancrage des Tobago Cays.  À l’entrée de ces lieux paradisiaques, le voilier du Club Med  a jeté l’ancre pour quelques heures. 

 

 

Les vents sont légers, le soleil est mur à mur, la saison des pluies vient de se terminer.  C’est l’heure des premières plongées et des couchers de soleil flamboyants.  Ici, c’est le rendez-vous des rêveurs car les îles qui nous entourent sont des îles désertes.  Plusieurs bateaux de location des grandes flottilles vont et viennent dans ces eaux,  Il faut s’y ancrer avec du ravitaillement en profusion, pas de dépanneur au coin de la plage, pas de pêche car nous sommes dans un parc préservé.  Cet endroit est un lieu privilégié de calme et de sérénité.  Les jours s’étirent en baignade, en plongée et contemplation de cette nature qui nous entoure au goût de sel et de soleil.  Les couleurs de la mer font des merveilles en compétition avec celle du ciel aux aspects si changeants. 

Il faut voir qu’ici, les boat’s boys, venus d’Union, se promènent dans leur bateau à moteur aux couleurs vivantes, offrant leurs services tôt le matin pour du ravitaillement en pain, poisson, eau ou bières ( remarquez le pluriel ). Pour d’autres, c’est un assortiment de t-shirts, de coquillages ou de bijoux.  Ils surveillent surtout l’arrivée des touristes, à bord des bateaux de location et entre-temps, ils se prélassent au soleil en laissant leur barque dérivée.  Il y a pire comme travail quotidien.

 Notre but suivant, Béquia, la porte Nord des Grenadines.  Cette île est toujours en pleine expansion.  À chacun de nos arrêts, nous y voyons de nouvelles constructions;  le village s’agrandit à vue d’œil.  Ce qui nous surprend encore plus c’est de voir l’arrivée au quotidien de plusieurs mini cargos et navettes du matin au soir;  ils s’accostent, passent quelques heures et les voilà repartis.  L’eau de la baie s’en trouve plus brouillée et c’est dommage pour les habitants et les navigateurs. 

Décembre

La traversée sur Ste-Lucie

 À Béquia, nous attendions notre fenêtre météo pour une très longue navigation vers Ste-Lucie.  Nous devons y être avant le 10 décembre car je retourne à Montréal pour une quinzaine de jours.   Les rapports de météo annoncent une semaine de vents ENE de plus en plus en force.  

Donc, nous choisissons de partir ce dimanche.  Comme à l’habitude pour une longue traversée, lever tôt, déjeuner et départ à six heures.  Le canal entre Béquia et St-Vincent nous impose déjà une allure avec prise de ris sur la grande voile et un demi-génois.  La journée sera rude;  des vagues de 9 à 10 pieds brassent l’Aquarel mais avec prudence nous rejoignons la côte de St-Vincent que nous logeons du côté ouest, pendant plusieurs heures avec un répit dans l’état de la mer, étant protégé par l’île.  C’est le temps du lunch car le bateau est plus stable.   L’approche du canal entre St-Vincent et Ste-Lucie  s’annonce déjà; très vite les vagues se gonflent et nous voilà à nouveau dans une sorte de machine à laver qui met notre estomac à rude épreuve.  Les heures s’étirent et nous forcent à la patience.  Nous regardons la côte de Ste Lucie s’approcher avec une lenteur sans fin.   Nous avons bien hâte de se mettre à l’abri et les milles nous paraissent bien longs en ce jour. 

Finalement, nous arrivons à la Souffrière; nous attachons l’Aquarel à une boule de mouillage du parc national avec les Pitons en décor de fond. 

Nous y resterons en repos deux nuits.  Mais quelque chose cloche!!  Au moment de préparer le repas, j’entends des clapotis inhabituels sous mes pieds.  Très vite nous constatons que nos cales sont remplies d’eau.  Heureusement la pompe de cale réussit à évacuer cette eau à chaque heure.  Mais le mystère demeure jusqu’au moment où nous constatons qu’il manque un boulon de quille dont l’emplacement est caché par les réparations effectuées dans la cale  à Grenada Marine.  La dernière navigation plus sportive a stressé la quille et révélé ce problème.  Nous y verrons dès notre arrivée à Rodney Bay.

Aujourd’hui nous mettons les voiles pour quelques heures seulement afin de se rendre à Marigot.  Ce mouillage est toujours aussi enchanteur et cela vaut la peine de s’y arrêter ne serait-ce qu’une nuit.

 

 

 Il est vrai que les vents sont très vigoureux cette semaine et nous devons se rendre à Rodney Bay rapidement.  Cette dernière étape n’est pas de tout repos.  Heureusement que nous restons à l’abri de l’île.  Je n’ose imaginer les conditions dans l’Atlantique.   Les vents nous fouettent sans relâche et c’est à voile et moteur que nous réussissons ce parcours.  En face de Castries, notre route nous fait passer devant un majestueux paquebot à l’ancrage, l’Océana. 

 

 

 

 Que nous sommes petits devant ce mastodonte!  Enfin Rodney Bay, vaste baie avec son lagon où se retrouve la marina et le chantier naval.  Nous nous dirigeons directement dans le lagon.  Des courriels expliquent la situation au personnel de Grenada Marine; dès le lendemain le maître de chantier arrive par avion, après avoir fait des arrangements avec le chantier de Rodney Bay.  L’Aquarel est sorti de l’eau, la réparation est finalisée avec une remise à l’eau le même jour.  Le problème est réglé grâce aux compétences de Nicolas.  Je dois admettre que cette fois-ci les choses n’ont pas traîné.

Je me prépare pour mon voyage éclair à Montréal et mon capitaine reste sur l’Aquarel bien ancré dans la baie en face du Sandals Hôtel. 

Ces semaines de fin novembre et début décembre sont marquées par l’arrivée de l’ARC ( Atlantic Rallye Crossing ).  Depuis vingt ans, cette flottille prend son départ annuellement aux Canaries pour une traversée de l’Atlantique ; leur point d’arrivée, Rodney Bay, Ste-Lucie.  Ils prennent en moyenne 23 jours.  Les arrivées sont chaudement accueillies.  235 bateaux de 24 nationalités différentes y participent.  Mille personnes dont une quarantaine d’enfants en bas de seize ans ont fait partie de cette flottille.  Le plus petit bateau avait 32 pieds, provenant de Grande-Bretagne et le plus grand, 104 pieds, port d’attache, les Iles Caïmans.  Pour participer, ils doivent tous rencontrer les normes sévères de sécurité de l’organisation.  Fiers de leur exploit, ils font leur arrivée de jour comme de nuit à raison de dix à quinze bateaux par jour.  C’est un défi de taille.  C’est une belle histoire de dépassement de soi et de courage.  

 Le retour de ce dernier voyage n’a pas été non plus sans peine.  Un bagage manquant dès mon escale à Atlanta, c’était de mauvaise augure.  En effet, à mon arrivée à Ste-Lucie, le bagage était toujours manquant.  Ce n’est que trois jours plus tard qu’il est réapparu après un petit détour à Bombay semble-t-il.  Nos bagages deviendraient-ils plus aventureux que nous ?

J’ai juste le temps de revenir pour passer la nuit du jour de l’An dans ce mouillage. 

 

 

 

 Aux douze coups de minuit, le décompte s’est fait entendre dans le club Sandals, des feux d’artifices ont illuminé le ciel et les sirènes de trois immenses voiliers se sont fait entendre.  Les feux rouges des pistolets de secours tirés des voiliers ont teinté le ciel de magie.  La musique du club a marqué le passage de la nouvelle année tout en douceur.  Puis la baie s’est rendormie dans la paix de la nuit.