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AvrilTout doucement, nous regardons Médrégal Village s’éloigner à notre poupe. Les « au revoir » ne sont jamais faciles; Yoléïda nous a accompagnés jusqu’au bout du quai ce matin, triste de nous voir quitter leur domaine. Nous partons vers le Laguna Grande qui se trouve du côté Nord du golfe de Carriaco. Sous un soleil resplendissant, l’Aquarel avance avec un vent faible arrière. La journée est douce et quelques heures passent. Et les voilà de nouveau; ils recommencent leurs farandoles autour du bateau sous la musique « Call of the Dolphin », je parle des dauphins bien sûr. Je commence à croire qu’il est impossible de naviguer dans ce golfe sans avoir la chance de les apercevoir. C’est génial, qui s’en plaindrait? Et la magie des photos vous fait partager ce passage.
Peu de temps après, on aperçoit l’entrée du Laguna Grande. Ce sont des baies de mouillage situées à l’intérieur d’un lagon dont l’entrée se perd dans l’uniformité des couleurs des montagnes environnantes. Heureusement le point GPS nous y conduit sans mal. Nous avançons dans cette entrée étroite, accompagnés du voilier Q-Coon qui navigue avec nous pour quelques temps. Ce lagon est un endroit particulièrement fascinant. Ses montagnes arides, de terre rouge, parsemées de cactus, se bordent de vert grâce aux palétuviers qui poussent les pieds dans l’eau. Nous faisons un tour de découvertes, contournant ici un îlot, là une pointe de terre qui accentue la morphologie des différentes baies. L’après-midi avance et nous jetons l’ancre dans une baie choisie particulièrement pour le coup d’œil qui s’offrira à nous au coucher du soleil.
Quelques oiseaux rapaces virevoltent et se posent sur les rochers, curieux face à ces deux voiliers seuls dans cette nature sauvage. Le crépuscule s’annonce déjà et le ciel devient mystérieux avec son coucher de soleil qui réveille le rouge, le rose et l’ocre des montagnes environnantes. C’est un spectacle grandiose. Chaque minute colore et retouche les couleurs de cette fin de journée. La nuit ne sera qu’un intermède à ce spectacle qui au lever du soleil, rallumera à nouveau ses projecteurs éclatants. Au matin, les deux capitaines décident de monter au sommet d’une des montagnes d’où ils prennent ces photos mémorables du Laguna Grande.
Une petite navigation de quelques heures à moteur car Éole n’est pas au rendez-vous, nous mène vers le parc national de Mochima. Les dauphins sont là pour nous dire au revoir. En début d’après-midi nous entrons dans ce parc à la forme d’une botte avec des baies de mouillage nombreuses. À l’entrée une baie très prisée des vénézuéliens, aux allures de villégiature avec sa plage et ses parasols; elle n’est accessible qu’en bateau. Donc les gens se rendent en voiture au village de Mochima et de là des bateaux-taxi font la navette. C’est samedi et l’activité est intense. Nous nous dirigeons donc vers une baie tranquille, loin de toute cette agitation, où nous passerons la nuit. L’eau est belle; c’est l’heure d’une baignade rafraîchissante. Aucune habitation, aucune route à proximité, que quelques oiseaux, les montagnes et ce plan d’eau qui reflète nos bateaux comme dans un miroir. La nuit nous enveloppe à nouveau dans une quiétude absolue.
Au matin, nous avons l’impression d’être sur un lac. L’immobilité est parfaite. Les poissons font des ronds dans l’eau picossant leur nourriture à la surface. Nous changeons de mouillage pour se rendre tout au fond du parc dans la baie de Mochicita. Cette baie est magnifique; sur le bord de la plage, nous découvrons des oursins séchés aux teintes verdâtres, rayés de bronze. Assez surprenant! En plongée tuba, ce sont les coraux aux couleurs jaunes, en forme de bosquets parsemés de petites algues vertes et disposés tel un jardin aménagé, qui réveilleront notre admiration. Avant le départ, une visite à Mochima s’impose. Ce petit village niché aux pieds des montagnes est très sympathique. Plusieurs posadas aux couleurs vives offrent leur hospitalité. Les gens sont très accueillants. Nous quittons à regrets ce parc magnifique. Nous nous rendons à Chimana Segunda. C’est une île située tout près de Puerto La Cruz. Cela nous permet d’admirer toutes ces îles rocheuses dont la couleur grise est typique à ces environs. Et parfois une petite plage s’est fait une place au creux des rochers.
Cette fois nous entendons le bruit des vaguelettes qui courent sous le surplomb des parois rocheuses. La nuit venue, c’est incroyable comme ce bruit prend de l’ampleur. Puis c’est un retour à la marina Bahia Redonda à Puerto La Cruz juste quelques jours pour préparer une nouvelle escapade sur terre. Pendant ce temps l’Aquarel se prélassera au quai avec d’autres voiliers tout autour pour lui tenir compagnie.
La légende de Caribay et des 5 aigles blancs.
Il y a bien longtemps, vivaient sur les plus hauts sommets de Mérida cinq aigles blancs. Ces oiseaux sacrés avaient été placés par Suje, le créateur de l’univers, pour veiller sur les habitants de la région. La princesse Caribay, qui était très précieuse et adorait les bijoux, voulut gravir les montagnes et prendre quelques-unes de leurs plumes, pour orner sa parure. Bravant l’interdiction des sages de la tribu, elle atteignit le sommet. Lorsqu’elle toucha un des aigles, qui étaient jusqu’à présent immobiles, ils se mirent à se débattre frénétiquement et les plumes volèrent dans les airs. Caribay, paniquée, descendit à toute vitesse vers la vallée. Lorsqu’elle se retourna, les oiseaux sacrés avaient retrouvé leur place mais les montagnes étaient entièrement recouvertes d’un fin duvet blanc : de la neige.
Carnet de voyage numéro 3
Mérida et les Llanos, Vénézuela Nous décidons de repartir sur terre pour visiter Mérida et les Llanos. Les mois passent et bientôt nous quitterons le Vénézuela , donc ne manquons pas notre chance. C’est la saison sèche et la température nous est favorable. Le bateau bien à l’abri à la marina de Bahia Redonda, nous partons sacs à dos pour ce nouveau périple. Un couple de suédois navigateurs font le voyage avec nous, Monica et Kenneth. Un taxi nous mène au terminus d’autobus de Puerto La Cruz où nous embarquons dans un autobus deux étages pour une vingtaine d’heures. Malgré le confort offert, ce n’est pas la meilleure place pour dormir. Il faut se souvenir qu’en général ces bus en Amérique du Sud sont de réels réfrigérateurs; il est essentiel d’avoir des vêtements chauds et une couverture. La route est longue mais finalement nous arrivons à Mérida, cette grande ville univertaire. Nous couchons dans des posadas qui sont d’ailleurs très nombreuses dans les environs. Elles rivalisent de charme et les coûts sont très raisonnables. Deux jours nous nous promenons dans Mérida pour visiter son marché, ses parcs et prendre son téléphérique le plus haut et le plus long au monde. Ce dernier nous permet de découvrir les végétations différentes selon l’altitude et d’avoir une vue spendide de Mérida où i fait bon vivre.
Ne nous méprenons pas, ce n’est pas des cactus même si nous nous retrouvons dans une zone semi-désertique et dans les nuages en plus. Quand apparaissent ces plantes aux feuilles veloutées dont je n’ai pas le nom malheureusement, elles semblent former un jardin de rosacées; durant la saison des pluies, elles fleurissent et font de ce paysage une large tache jaune.
L’arbre national, l’araguaney tel un flambloyant, se couvre aussi de magnifiques fleurs jaunes après une pluie et deux jours après il semblerait que tout disparaît. La végétation est très diversifiée et nos yeux n’en finissent plus d’admirer.
Le troisième jour nous réservons les services d’un guide pour aller se promener sur la route du Soleil. Nous passerons une excellent journée avec ce guide qui tout rieur, patient et intéressé, nous fera découvrir les villages de Ejido, La Mesa de Los Indios, Jaji et Lagunillas. Fier de son coin de pays, il nous mène à d’excellents points de vue, nous fait remarquer certaines végétations, découvrir des cascades au passage et un lac salé. En autres, Jaji, ce charmant village colonial dont les routes sont pavées de pierres d’époque. Nous terminerons notre journée par une visite d’une ascienda de 150 ans, El Carmen où nous boirons leur savoureux café.
Le jour suivant, Tabay située sur la route des Grands Sommets sera notre destination. Nous expérimentons le bus local. Pour 25 sous nous ferons le trajet d’une quinzaine de kilomètres. C’est à peu près la distance qui sépare les villages les uns des autres car à leur fondation, cela représentait la route possible dans une journée pour un mulet. Le paysage est magnifique. La route serpente suivant les caprices des montagnes et des vallées. En arrivant à la place Bolivar qui est toujours le point central d’une ville ou d’une village, nous retrouvons facilement la station des jeeps qui nous emmènent sur une route abrupte, aux eaux thermales dans la montagne. C’est un coin charmant, lieu de paix et de détente. Nous en profitons pleinement. Plusieurs arbres dans cette région sont recouverts de cette « mousse espagnol », ce qui leur donne une allure très fantomatique.
Un repas dans un restaurant vénézuélien déniché à Tabay et c’est le retour sur Mérida. Tout le long du trajet, des maisons simples aux couleurs pastel. Il faut noter que la population vénézuélienne donne un accent spécial au « paraître » sur les maisons et leurs personnes. Les maisons sont souvent peintes sur le devant seulement, ce qui paraît bien, et les filles peuvent se changer plusieurs fois par jour. Tous aiment la séduction et les femmes sont très coquettes. Ils dépensent des sommes incroyables en cosmétiques. Hamacs et Vénézuéliens sont indissociables. La bière Polar et le cellulaire viennent ensuite. À la campagne comme dans les villes, tout le monde a son petit coin de repos hamac. Ils adorent et en plus ils sont protégés des bestioles indésirables dans leur lit durant la nuit.
Les Llanos Par un beau matin frais, c’est le départ vers les Llanos, ces plaines immenses désignées comme le plus beau et le plus écologiqe sanctuaire faunique au monde. C’est un quatre jours qui promet d’être passionnant.
Pendant quelques heures de route dans un jeep tout terrain, nous aurons la chance d’admirer un paysage de montagnes verdoyantes. La route sinueuse qui suit le pourtour de la montagne avec son ravin à quelques pas ne manque pas de nous donner des vertiges. On semble descendre mais nous voilà à remonter sur un autre versant. Mieux vaut se concentrer sur le panorama et faire confiance à notre chauffeur. Chaque tournant joue d’ombres et de lumières pour mieux mettre en relief les différents végétaux. Un arrêt au parc national de la Sierra Nevada nous permet de se dénouer les jambes et de suivre un sentier qui mène au mirador et voilà la récompense.
Nous reprenons notre noute vers les Llanos alors que les montagnes s’applatissent, nous faisons notre entrée dans les plaines. La route se déroule tel un ruban sans fin dans ces prairies sans aucun relief sinon quelques oasis de palmiers et autres arbres de la savanne. Les Llanos sont consacrées à l’élevage de bétail et les Llaneros en sont les cow-boys. Le cheval a une place importante dans leur vie; les mules, silencieuses, font partie aussi de ce décor. Depuis un bon moment, nous roulons sur une route de terre. Nous avons la chance de voir des envolées spectaculaires d’ibis rouges.
Puis c’est l’arrivée au campement Los Angeles. C’est une famille qui nous reçoit où grands-parents, enfants et petits enfants vivent en harmonie avec la nature. Leur vie est rude bien sûr mais peu entachée des besoins de consommation. Et cette route qui les rejoint, on y compte souvent qu’un véhicule par jour et avec ce ciel vide de tout avion, l’environnement ne laisse place qu’aux bruits de la nature. Alors cette paix se reflète chez ces habitants qui vivent au pouls de cette nature. Autour des cases, des couples d’animaux de la basse-cour qui sont tous au régime de mangues qui à tout moment tombent ici et là des immenses manguiers; en plus des chats et des chiens, poules, dindons, canards, pintades et ce magnifique perroquet vivent en liberté. Dès l’aurore, cette ménagerie caquette, glougloute, pépie, piaille ou coquerique allègrement, nul besoin de réveil-matin.
Nous dormons dans une case où huit hamacs suspendus sont les seuls accessoires. Les toilettes à l’eau courante avec douche sommaire sont à quelques pas. C’est la vie rude qui exige une nouvelle acclimatation. Pour la détente, des hamacs à l’extérieur et des bancs. Première expédition : tour de pirogue sur la rivière. L’endroit est riche en faune. Nous verrons des oiseaux souvent perchés aux sommets des arbres qui bordent la rivière; Les caïmans sur le rivage glissent dans l’eau sur notre passage; les lézards s’immobilisent, fondus dans la verdure; les cabiaïs, paisibles, regardent sans crainte l’approche de l’embarcation et disparaissent sans précipitation dans les fourrés; les tortues se dorent au soleil nous ignorant complètement et les dauphins roses viennent à peine respirer en surface pour signaler leur présence.
Deuxième expédition : à la découverte d’un anaconda. Au campement, le début d’après-midi est consacré au repos. À quatre heures, on nous offre du café et des biscuits et nous voilà en route de nouveau. La jeep s’arrête en bordure de la route. À quelques pas, le sillon de la rivière qui à cet endroit est vaseuse et recouverte de verdures et de branchages. Les guides, bâtons en mains, avancent en piquant leur bâton cherchant à faire bouger l’anéconda. Un premier est trouvé mais tout petit, il manque d’intérêt. Les recherches se poursuivent; ils en trouvent un deuxième puis un troisième et ce dernier est très imposant.
Troisième expédition : une randonnée de cheval dans la savanne. Passer l’épreuve de se mettre en selle, nous partons au pas, en pleine nature. L’observation de ces plaines à perte de vue, le temps de penser aux habitudes de vie de ces gens, à la complicité de ce père et son jeune fils qui nous accompagnent partout, le temps de réfléchir à cette paix qui nous entoure. Le galop d’un groupe de chevaux en liberté fait frémir la terre et stimulent les nôtres à avancer plus vite. À notre approche, quelques biches s’évadent dans les hautes herbes et nous voici sur le chemin du retour. Le plus dur reste à faire; candidement, avec le peu d’entraînement que je possède à chevaucher, je dois dire qu’après quelques heures les hanches ne répondent plus et descendre du cheval m’apparaît un défi sans vergogne. Je serai quitte pour tomber dans les bras de mon capitaine.
Quatrième expédition : la pêche aux piranhas. À nouveau nos guides nous ramènent au bord dans une section de la rivière non asséchée. C’est avec des appâts de poulet que les hameçons sont emmaillotés. C’est tout simple, un hameçon, un fil à pêche, un bout de bois à l’autre extrémité. Il faut lancer, sentir la touche et ramener le poisson rapidement sur le bord de la berge, l’assommer avant d’y toucher car les dents ne pardonnent pas. Voilà déjà les premiers poissons qui seront sur notre table ce soir; je mets aussitôt sur pellicule les prises de nos vaillants pêcheurs; j’aime bien mon rôle. Quelle belle petite bête!! Le guide , pas du tout impressionné!!
Beaucoup de découvertes, beaucoup d’émotions, beaucoup de fatigue mais au demeurant, il reste de super bons moments inoubliables.
De plus ce dernier soir au camp est gratifié d’un majestueux coucher de soleil; une boule de feu descend en laissant un tourbillon de couleurs à sa suite.
Voilà demain c’est le retour à Bahia Redonda. De Barinas, nous reprendrons un bus frigorifié qui endormira mes courbatures jusqu’au matin. La tête pleine d’images, c’est tout de même le bonheur de retrouver l’Aquarel qui l’emporte. |