Avril-mai 2008
Notre séjour à Colon vient de se terminer, nous sommes en route vers le Rio
Chagrès. Il est temps de retrouver le calme et le silence après nos dernières
aventures. À peine six milles à parcourir avant d’entrer dans cette rivière aux
vertus apaisantes. Dépassé les coraux de l’entrée, la mer se calme et ce bras
de rivière nous laisse entrevoir ses abords boisés. L’environnement s’impose et
la fascination opère. On ne s’attend plus aux plages et aux eaux vertes, c’est
la forêt tropicale qui nous entoure jusqu'aux berges. On s’enfonce dans ce
monde de silence, toute notre attention portée sur les verts lumineux de ces
arbres imposants.

L’environnement devient plus discret, les oiseaux se font jaseurs le temps de
notre approche, puis sous le couvert de la forêt, nous devenons les cibles
d’observation. Quelques-uns s’hasardent à voleter au-dessus de l’Aquarel mais
nous laissent à peine le temps de voir leur élan que déjà la forêt nous les
camoufle. C’est formidable d’être au cœur d’une nature sauvage si pure qui nous
porte à l’écoute attentive.
Ouf! Quel repos nous attend ici! À l’aurore, nous avons droit à un réveil
particulier. Les oiseaux dont de nombreux perroquets chantent le lever du
jour. Les singes hurleurs les devancent souvent et les bandes se répondent de
loin en loin.
Le même manège se répète au crépuscule
alors que nous pouvons observer des volées d’oiseaux revendiquer leur lieu de
dormeur.
Nous avons l’impression d’être en camping sauvage sur un plan d’eau très calme
où les étoiles se reflètent à la nuit tombée. Une légère brise rend nos nuits
confortables et chose surprenante, aucun moustique. Mais où donc est la berge
et où donc est le ciel?

Hier nous avons fait un tour en annexe et nous nous sommes rendus à un quai
d’où partent des sentiers de marche. On s'est attaqué à trois kilomètres pour
aller visiter le fort Lorenzo ou plutôt les ruines du fort car ce fort a été
construit au seizième siècle par les espagnols, a été détruit par les anglais,
reconstruit par les espagnols et détruit à nouveau par les anglais. C'est une
dispute qui n'en finissait plus. Durant la deuxième guerre mondiale ce sont les
américains qui l'ont occupé pour leur flottille qui protégeait l'entrée du
canal. Aujourd'hui plus personne n'en veut, il est devenu monument historique.
Une
promenade dans les ruines du fort nous permet aussi une vue sur l’entrée du Rio
Chagrès où l’Aquarel se prélasse paresseusement. Il y a encore à découvrir, il
faut observer. Tout près du fort, un arbre attire notre attention avec ces nids
qui pendouillent ressemblant à des sacoches. Ce sont les « Chesnut-headed
Oropendola » qui construisent ces nids spectaculaires durant la période de
nidification. Ils reviennent toujours dans le même arbre où se retrouvent
plusieurs nids telle une colonie fidèle.
Couchée
par terre, je les ai longtemps attendus ces jolis oiseaux mais ils sont bien
difficile à photographier en vol et quand ils se perchent, il y a toujours une
feuille pour les camoufler. Je devrai donc me contenter de les écouter et de
les admirer avec leur plumage noir et leur queue d’un jaune éclatant.

De retour sur l’Aquarel nous
profitons de ces quelques jours de repos pour préparer notre départ vers Escudo
de Veraguas, notre prochaine escale en route vers Bocas Del Toro.
Nous
quittons le Rio Chagrès en fin d’après-midi, une nuit de navigation nous
attend. Notre destination est en dehors du circuit habituel des navigateurs à
cause de la direction des vents; il est plus difficile de se rendre à San
Andrès par la suite car les vents ont une dominance Nord Est à cette époque de
l’année. Par contre en mai une fenêtre météo peut se présenter habituellement
avec des vents sud est et ce sera le temps de repartir.
Toute une
nuit de navigation et aucune rencontre de bateau, ni grand ni petit. Au petit
jour, mon capitaine lance le DRS, celle voile qui permet d’avancer par petit
vent.

Un peu
plus tard, l’île d’Escudo de Veraguas se profile à l’horizon. C’est une île
presque déserte mais quelques familles indiennes Guaymi y habitent dans leurs
maisons à pilotis. La pêche y est abondante. Une pirogue s’approche de
l’Aquarel, à bord, un représentant du village nous aborde poliment. Il nous
fait comprendre qu’il y a une donation volontaire à faire pour avoir le droit de
jeter l’ancre ici. Il nous explique qu’avec notre reçu nous n’aurons rien à
payer à Laguna Bluefield notre prochaine escale.
Nous y
voilà, située sur le continent, cette large baie présente un visage paisible
avec quelques bons mouillages. Nous repérons deux petits villages de part et
d’autre de la baie. Comme prévu, nous avons la visite d’un représentant des
villages qui nous demande cette fois vingt dollars mais avec notre reçu à
l’appui, nous n’avons rien payé cette fois.
Les gens
utilisent des pirogues pour se déplacer. Certains ont des moteurs mais pour
plusieurs le temps de pagayer tranquillement semble une relaxation. Tout est
très calme ici et c’est avec plaisir que nous voyons ces gens prendre le temps
de vivre. Ils passent près de l’Aquarel pour nous dire bonjour et les enfants
viennent nous voir dans l’espoir d’obtenir quelques gâteries. Un bon matin deux
jeunes se présentent avec des sourires magnifiques.

Je leur
offre des brosses à dent et des crayons pour l’école; ils repartent doucement
très heureux. Une demi-heure plus tard, une autre pirogue avec trois jolies
frimousses de fillettes viennent nous voir en nous disant qu’elles viennent
chercher des brosses à dent. Je crois que la nouvelle s’était répandue. Elles
ont été chanceuses car elles ont reçu mes dernières.
Le
lendemain nous repartons de Laguna Bluefield non sans avoir observer les enfants
en uniforme scolaire se rendant à l’école dans leur pirogue. Ici les papas
n’achètent pas de bicyclettes pour les enfants, ils leur construisent des
pirogues à leur mesure ainsi que leur pagaie. C’est tout à fait exotique;
autres pays, autres mœurs.

Notre
prochain arrêt, Zapatillas, ce sont des îles inhabitées de Bocas del Toro. Avec
Bastimentos, elles font partie du parc national de Bocas del Toro. Les plages
sont remarquables. Nous sommes le seul bateau au mouillage. Le gardien du parc
vient nous voir bien sûr et demande son dû également mais après négociation, il
nous fait un prix de « jubilados » c’est-à-dire de retraités. Il faut bien
avoir certains avantages.

Cet arrêt
est court car nous devons renouveler notre permis de navigation; à tous les
trois mois, nous devons passer voir les autorités du port pour ces papiers et
décider si le bateau restera dans leurs eaux pour encore un, deux ou trois
mois; ce permis est renouvelable de façon indéterminée. ($29, $49, $69)
Pour
l’équipage c’est différent; entrer au Panama par les San Blas, donc en bateau,
coûte entre cinq et dix dollars par personne pour un visa touristique valable
pour un mois. À Colon on obtient une prolongation de ce visa touristique pour
trois mois ou on demande un visa de « marinero ». Pour ce dernier, les frais
initiaux sont de cinquante-neuf dollars, pour ce prix on obtient une carte
d’identité avec photo. Ce visa doit être renouvelé mensuellement au coût de
10$, pour un maximum de 6 prolongations. Après cette période, il faut quitter
le pays pour un minimum de 3 jours.
Par
contre, si nous rentrons au Panama par avion, à l’aéroport nous obtenons
automatiquement un visa de trois mois pour cinq dollars chacun.
Toutes
ces règles peuvent changer sans préavis; c’est un vrai labyrinthe de démarches,
c’est à n’y rien comprendre.
Nous
sommes maintenant à l’île de Bocas del Toro et nous voilà en règle avec les
autorités portuaires. Nous avons le grand plaisir de recevoir la visite de mon
frère; en voyage d’affaires au Panama, il prend un vol local de Panama City
vers Bocas del Toro pour passer la fin de semaine avec nous.
Nous
allons l’accueillir à l’aéroport et nous revenons à pieds vers le restaurant
« Le Pirate » où l’annexe nous attend.
Nous
levons l’ancre pour savourer le bien-être de la brise et en une heure nous voilà
à Punta de Caracol. Seul bateau au mouillage, c’est une atmosphère de calme
qui nous entoure, tout à fait ce que mon frérot avait besoin après une semaine
de dur boulot. En annexe nous nous rendons à cet hôtel qui peut recevoir une
douzaine d’invités dans ses jolis bungalows sur pilotis. De leur balcon privé,
une échelle de bain leur permet de descendre facilement à l’eau faire de l’apnée
ou du kayak dans ces eaux turquoises aux fonds pleins de coloris et de
poissons.
La salle
à manger est de classe et l’accueil est chaleureux; à aire ouverte avec ses
fauteuils confortables, ses tables montées avec élégance, ses mets succulents,
ses présentations originales, tout concoure au bonheur de la place. Et la seule
façon de s’y rendre est en bateau, que c’est agréable de découvrir un petit coin
de paradis comme celui-ci grâce à l’Aquarel.


Déjà sonne l’heure du départ pour mon frère, donc retour à
Bocas, il doit remettre l’habit de ville et prendre son vol avec en mémoire, cet
oasis de détente que nous étions heureux de lui offrir.
Le temps de découvrir la « ville » de Bocas! Quelques
promenades nous permettent de repérer une épicerie gourmet, des marchands de
fruits et légumes, des restaurants sympathiques. Peu de voitures circulent dans
cette ville qui comptent quelques rues et avenues; l’atmosphère est plutôt
vacancière, de nombreux touristes, des petits hôtels genre auberges. À Bocas il
y a plus de taxis sur l’eau que sur terre; de nombreuses excursions sont
offertes et il y a constamment des aller-retour sur les îles avoisinantes pour
les travailleurs, les voyageurs et pour des services de toutes sortes.
Le temps de préparer le bateau pour recevoir ma sœur Lise,
mon repère, mon point d’attache au Québec, et enfin la voilà.

Quel bonheur! Nous avons établi une tradition : à chaque
année elle nous visite et comme elle s’adapte merveilleusement à notre vie de
navigateurs, elle découvre par la voie des eaux des coins de ce monde très
différents les uns des autres : Bahamas, Grenade et les Grenadines, Martinique,
Margarita et les Testigos, Panama et Bocas del Toro.
Malheureusement dès le lendemain de son arrivée mon capitaine
doit nous quitter de façon précipitée pour se rendre à Vancouver. La vie nous
apporte comme à tous et chacun, notre part d’épreuves et nous nous devons
d’appuyer notre famille dans ces moments difficiles. Je suis en pensée avec eux
mais je ne peux m’y rendre cette fois.
De mon côté, je reste avec Lise sur l’Aquarel. Nous nous
payons une semaine entre filles. C’est bon de retrouver ma sœur, d’avoir le
temps pour de longues conversations, d’avoir le temps de partager nos vies. De
plus nous sommes seules à bord, il faut donc tout prendre en main le quotidien
du bateau. Nous voilà donc en train de remplir nos douches solaires et de les
suspendre, ce qui n’est pas facile, à conduire l’annexe, à remonter l’annexe à
chaque jour sur les bossoirs, à prendre en charge le désalinisateur, les
communications sans oublier nos apéros, ce que notre capitaine fait avec brio en
temps normal. Ouf!!
Nous avons fait d’agréables balades en ville, nous avons pris
des repas au restaurants pour fêter nos anniversaires mutuels et nous avons
clôturé nos journées par des baignades réconfortantes. J’étais très heureuse
d’être avec elle pour partager ces moments de douce complicité.

Encore un départ, Lise doit reprendre son vol pour le
Québec. Nous avons passé de bons moments ensemble. Il aura fallu changer un
peu le programme de son séjour mais nous nous sommes adaptées étant impuissantes
devant les évènements imprévus des derniers temps. Je suis quelques jours seule
à bord et avec le retour de mon capitaine, le mois d’avril s’est envolé.
Mai
Boquete, des amis nous ont parlé de
cette ville qui fait partie de la province de Chiriqui au Panama. Boquete
bénéficie d’un climat d’éternel printemps. Cette région au cœur des montagnes
est fleurie et si bénéfique aux plantations de café qu’on peut en voir partout.
Nous amarrons l’Aquarel en toute
sécurité à la marina de Bocas et nous voilà donc en route vers Boquete.

Comme Bocas est une île, de la marina,
il faut prendre un « water taxi » vers Almirante sur le continent. Ces « water
taxi » peuvent accueillir à bord une vingtaine de personnes; avec leur énorme
hors bord, ils couvrent la distance en 30 minutes. De là, un taxi nous emmène
au terminus où nous prenons notre autobus, un trajet de quatre heures à se
balader dans les montagnes pour se rendre à David. En arrivant, nous allons à
l’aéroport louer notre voiture pour la semaine et nous passons la nuit au Grand
Hôtel National de David.
Le temps de prendre le pouls de la
ville, une balade en auto nous fait découvrir le casino, des restaurants
sympathiques, de grands magasins et nous prenons la route vers Boquete. Nous
suivons une route de campagne fort jolie. Une porte d’arche se situe à l’entrée
de la ville dans une courbe descendante qui nous laisse entrevoir le cœur de la
ville nichée dans ces montagnes. Nous sommes intrigués par un appareillage sur
la route où les voitures diminuent de vitesse car toutes doivent à l’entrée de
Boquete passer dans un système d’arrosage de purification pour protéger
l’environnement.
On découvre plusieurs développements
domiciliaires. En effet le Panama fait beaucoup de promotion pour attirer entre
autres les retraités européens et nord-américains. Durant notre séjour, nous
avons la chance de rencontrer des français, des canadiens, des américains. Nous
logeons dans des hôtels montagnards très confortables. Avec ses différents
pavillons, ses jardins et une salle à manger spacieuse, le Panamonte hôtel et
spa est un havre de paix.

Nous passons toute une semaine dans
les parages; nous parcourons les rues en boucle avec dans le paysage le
majestueux volcan Baru. Nous arrêtons un jour devant un domaine où c’est écrit
à l’entrée : « Mi casa esta tu casa ». C’est une façon de dire vous êtes les
bienvenus. C’est un endroit magnifique dont l’histoire est la suivante : la
dame de cette maison a été demandée en mariage et sa réponse fût : « Si vous me
créez un immense jardin, je vous répondrai oui ». Et c’est ainsi que ce domaine
est né avec des sentiers qui à chaque tournant nous permettent de découvrir
différentes facettes de ce magnifique jardin.






Un autre hôtel nous a enchantés, le
Garden Inn, avec ses chambres installées dans des bungalows aux formes
octogonales. Une atmosphère de calme s’en dégage; tout est conçu pour attirer
les oiseaux tout en permettant aux invités de tomber sous le charme de la place
car les sentiers sont bordés de fleurs et d’arbustes dont les arrangements sont
particulièrement ingénieux .
Nous apprécions cet environnement paisible tout en prenant
notre petit déjeuner sur la terrasse.

Le dernier soir de ces vacances, nous
vivons une soirée fort spéciale. Ayant quelque chose de spécial à fêter, nous
nous retrouvons dans la salle de séjour de l’hôtel Panamonte. Devant un feu de
foyer, la vingtaine de bougies allumées disposées judicieusement pour créer une
atmosphère feutrée, nous voilà à déguster une fondue fromage accompagnée d’un
vin délicieux. Pourtant dehors ce sont des fleurs, des arbres verts et des
palmiers qui nous entourent. L’expérience est fort agréable.
L’heure du départ de Boquete a
malheureusement sonné. Nous retournons à David avec le souvenir de nombreux
plaisirs et surtout, l’ai-je noté, des images de fleurs plein la tête.

De retour sur l’Aquarel à Bocas Del Toro, nous décidons de
passer le reste du mois à la marina. Plusieurs bateaux sont également au
mouillage; une petite vie sociale s’est organisée. Un excellent restaurant sur
place, des facilités de lessive, sans avoir à compter l’énergie du bateau, l’internet
haute vitesse à bord et le comble du bonheur, une petite unité d’air climatisé
qui nous permet des nuits confortables tout en nous gardant à l’abri des
moustiques. Tous les ingrédients sont rassemblés pour une gâterie passagère.
Nous en profitons pour faire des mises
à jour, faire le point sur de nouveaux projets. Je me consacre aussi à un hobby
que j’aime bien, la fabrication de bijoux de fantaisie qui font la joie de mes
voisines de quai.
Avec des amis nous avons visité un
centre de recherche sur la faune de la région.
Nous recherchions des informations sur
les fameuse grenouilles rouges de Bocas dont une plage à l’île de Bastimentos
porte le nom « Red Frog Beach ». Nous les imaginions de la grandeur des
grenouilles de chez nous; hé bien non, elles ont à peine deux centimètres de
long et rapides avec ça. De plus, à notre grande surprise, il y en a des
vertes, des jaunes, des orangées, des grises et même des bleues. Dans les
vivariums, nous avons eu la chance de les observer car je crois bien que dans la
nature elles seraient très difficiles à repérer. Leur peau sécrète un poison
que les indigènes utilisaient sur la pointe de leurs flèches, gare à qui les
touche!

Nous avons eu la chance d’apercevoir
ce paresseux dans un arbre. Inutile de se presser, il n’y a aucune chance qu’il
sorte du cadre de l’objectif puisqu’il prend une journée et demie à descendre
d’un arbre pour remonter dans l’autre. Il dort de quinze à dix-huit heures par
jour et de plus il prend plusieurs jours pour digérer son repas de feuilles.

Non loin, un bel oiseau, le Northern
Jacana, est tout attentif à ses occupations.

Le mois de mai a tiré sa révérence et laisse place à juin qui sera pour nous une
période de découvertes des alentours de Bocas Del Toro.