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Décembre

De retour du Québec, retomber dans cette chaleur est un choc surtout que quelques jours plus tard, une tempête de neige s’abat sur le pays et laisse quarante centimètres de neige au sol.  On l’a échappé belle!

Nous voulons partir vers les San Blas le plus tôt possible.  Aquarius, Franz et Christine partiront en même temps que nous.  Les préparatifs vont bon train.  On se réserve une journée de visite sur les remparts de la ville historique ainsi que dans les musées de l’or et de la marine. 

Nous avons découvert le pourquoi de ce mur sous l’eau, à l’entrée de la baie de Carthagène et comment à cette époque ce fameux mur a été construit.  Au 16e siècle, le canal de Bocagrande a été fermé accidentellement par trois vaisseaux portugais qui ont coulé dans ce passage.  Un siècle plus tard, des travaux ont été faits afin d’ouvrir le canal aux chaloupes des pêcheurs ce qui a brisé l’équilibre des sables et causé la réouverture du canal.  Dès ce moment des frégates ennemies de 24 canons pouvaient pénétrer dans le canal et menacer Carthagène. 

En 1772, le passage devant être définitivement fermé, l’ingénieur Antonio de Arévalo a imaginé la création d’un isthme artificiel en empilant du sable et des coraux entre quatre lignes de poteaux parallèles solidement plantés au fond de l’eau.   Ce mur sous l’eau empêchaient les bateaux ennemis d’entrer dans la baie de Carthagène.  De nos jours, une petite brèche, bien signalée par une bouée verte et une rouge, permet aux voiliers à faible tirant d’eau d’y passer.       

Le dernier jour c’est une expédition au marché local très tôt le matin.   Nous nous retrouvons dans un bain de foule sous un soleil accablant.  Il y a des étalages immenses de fruits et de légumes et une activité fébrile se sent, même de si bon matin.  Des jeunes adolescents nous proposent leur aide;  ils transforment des paniers d’épicerie en panier de marché extérieur en plaçant le panier sur une base solide en bois équipée de roues plus vigoureuses que celles initiales.  Ainsi ils se chargent de tous les kilos de pamplemousses, d’oignons, de choux, de tomates, de mangues etc… et ils nous suivent tout le temps de nos achats pour enfin nous reconduire à un taxi; leur 2$ est bien gagné.  

Un dernier au revoir aux amis de la marina, une dernière douche avec pression d’eau, une dernière crème glacée et tout est fin prêt pour le départ.

Le 6 décembre nous rentrons les amarres, nous avançons tranquillement dans la baie en disant au revoir à Carthagène.   Nous prenons la route vers l’archipel des îles Rosario.  Il fait beau, nous levons les voiles et quatre heures plus tard nous jetons l’ancre.  Voilà une baignade attendue depuis fort longtemps.

La vie dans les îles est toujours plus calme que dans les villes. Ici une balade en annexe nous a fait découvrir quelques habitations assez originales.

                                                  

Un petit sanctuaire d’oiseaux tout à côté du mouillage nous a permis d’observer des oiseaux aux coloris resplendissantes alors qu’ils sont pratiquement impossible à repérer dans la nature, là nous avions la chance de les observer tout à loisir. 

             

                                                            

 

                      

Il faut déjà penser à repartir, les Iles San Bernardo nous attendent.  C’est un arrêt pratique sur notre route;  nous avons à peine  25 milles à faire et nous entrons dans le mouillage sur l’île Tintipan, la plus grande de ces îles.  Étonnamment, cette île est plutôt déserte n’offrant que quelques gîtes pour des touristes de passage.  Nous y voyons une belle palmeraie mais surtout des palétuviers qui couvrent presque entièrement l’île.  Quelques pêcheurs tranquilles  au début et en fin de journée,  viennent tenter le poisson.

Nous décidons d’une balade en annexe, intrigués par une toute petite île à proximité où se retrouve un village minuscule mais qui a ses poteaux électriques grâce à une génératrice.  Plus de mille personnes sont regroupées sur cette île grande comme deux terrains de football.  Les murs des maisons sont mitoyens occupant la surface entière de l’île, aucune verdure, de simples allées sillonnent le village.  La pauvreté est évidente.  À part la pêche, ils n’ont rien à faire.  Ils sont assis, bavardent entre eux, nous saluent à notre passage un peu curieux d’avoir des visiteurs.  Les enfants comme partout ailleurs s’amusent avec peu.  

                   

Nous devons maintenant décider si nous ferons un arrêt à Isla Fuerte à quelques heures de voile où si nous pointons l’étrave sur Zapsurro à 24 heures de navigation.  La dernière option est notre choix car les vents annoncés nous seraient favorables.

Le départ est donné vers midi et nous avançons à voile et moteur en espérant ces vents du nord-ouest mais ils ne viennent pas de tout le trajet et nous passons l’île Fuerte à la noirceur, donc impossible de s’y arrêter en option, on se voit obligé de poursuivre notre route avec non seulement des vents dans le nez mais aussi contre courant.   Heureusement que les vagues ne sont pas hautes donc le bateau ne tape pas mais c’est le balancier inlassablement.  Nous avons la chance qu’un petit matin le courant s’inverse et nous pousse vers Zapsurro, petit village colombien au pied d’immenses montagnes à la frontière du Panama.

                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Bien abrités, nous y passerons deux jours. C’est un joli village sans route, que des trottoirs.  Pas de véhicule, une jolie végétation et une vie paisible.  Les gens sont accueillants, ils semblent vivre au ralenti.  Quelques restaurants offrent des repas à base de poisson, de poulet ou de viande.  On peut voir certaines maisons à louer pour des touristes. 

                  

Finalement nous aurons suivi la côte colombienne sans aucun problème de sécurité.  Il est vrai que depuis quelques années, les autorités colombiennes ont décidé de nettoyer leurs côtes des trafiquants de drogue en augmentant leur personnel et leur flotte de surveillance tout en supervisant le passage des voiliers. 

Aujourd’hui nous passons la frontière du Panama.  Nous sommes passés à deux doigts de traverser cette frontière avec un passager clandestin sur le bateau;  un petit lézard avait réussi à monter à bord probablement lors d’une visite en annexe au dernier village.  Le pauvre, il a dû rester de son côté de la frontière. 

Panama

Les San Blas

Puerto Escosès

Quelques heures de navigation tranquille et nous arrivons dans les San Blas où notre premier mouillage est du côté du continent : Puerto Escosès, derrière une presqu’île  qui semble inhabitée.  Puis nous repérons de petites huttes regroupées et déjà une pirogue s’avance vers nous. 

                   

Nous apprenons qu’il y a seulement six hommes qui viennent ici y pour travailler.  Ils nous demandent 10$ pour le droit de mouillage.  On négocie pour 5$ et un peu de riz plus une revue.  Bon, ça va!  Ils sont souriants et curieux.  Ils essaient de communiquer en espagnol avec nous.  Finalement on s’entend et ils sont très heureux de leur acquisition. 

                      

Nous sommes bien entourés d’une forêt tropicale aux couleurs verdoyantes.  C’est d’un calme remarquable.  Nous y restons deux nuits.

Isla Pinos

Prochain mouillage, Isla Pinos, prêt d’un grand village Kuna.  Cette île est bordée de grands cocotiers si précieux pour les Kunas.  On dit que chaque cocotier appartient à un Kuna et qu’ils les protègent jalousement.  Il est donc défendu d’en cueillir au hasard. Il est important de connaître les us et coutumes des Kunas avant de se promener sur leur territoire.

                       

Notre première visite dans le village nous transporte dans un autre monde.  Les maisons au toit de chaume possèdent des murs faits de rondins d’arbres.  Les maisons sont regroupées très près les unes des autres et de simples sentiers les relient.  L’intérieur est très sombre.  Ils dorment dans des hamacs et il n’y a aucun meuble.  Ils ont souvent une bonbonne de propane qui alimente un rond pour la cuisson, quelques bancs faits à la main et parfois quelques chaises de jardin en plastique récupérées on ne sait où. 

                       

Le village a une école et une grande maison pour les rassemblements  « congressos » qui peuvent se faire tous les jours dépendant des îles.   Ces « congressos » sont menés par le chef du village, le sahila.  Parfois il rassemble tout le village, parfois, juste les enfants, les femmes ou les hommes mais ces rencontres se répètent à toutes les semaines.  

Mamitupu

À Mamitupu, nous rejoignons deux équipages connus.  Amiutz, Fanfan et José et Stellie 4, Christine et Roger.  Nous aurons un apéro mémorable en leur compagnie avec Aquarius.  Il y a de ces soirées où les retrouvailles sont bien arrosées. 

                          

L’île de Mamitupu, c’est un village rassemblé d’un côté et toute une autre partie de l’île laissée à la nature.

                          

Chez les Kunas, les hommes sont habillés à l’occidentale et les femmes portent le costume traditionnel dans plusieurs îles des San Blas.  Ce costume est un des plus colorés au monde et c’est une partie essentielle de leur identité culturelle.  Avant la venue des religieux, les femmes peignaient des couleurs sur tout leur corps;  ces peintures corporelles sont devenues des molas.   Les molas sont des carrés de tissu, de trois à cinq couches superposées, à motifs divers,  suivant la technique de l’appliqué renversé.  Les blouses portées donc par les femmes sont à manches courtes bouffantes dans un tissu imprimé coloré où s’intègrent les molas, un en avant et un autre à l’arrière.  À cela s’ajoute une jupe mi longue, simple carré de tissu enroulé autour de la taille.  Le foulard rouge et jaune est posé sur les cheveux coupés courts;  il est surtout porté par les femmes les plus âgées.  Autour des avant-bras et des mollets, elles enroulent de longs chapelets de perles rouges, jaunes et noires de façon à former un motif.  On remarque aussi un petit trait noir sur l’arête du nez et parfois un anneau d’or à la narine.  Elles portent des colliers et des boucles d’oreilles en or pour les jours de fête.  Elles aiment aussi rehausser les pommettes avec du rouge.  Ces femmes soignent beaucoup leur mise.  Les filles ne portent, au quotidien, le costume traditionnel qu’à la puberté.

                                               

C’est difficile de photographier les femmes,  elles ne veulent pas et nous respectons cela mais parfois elles acceptent si on leur rapporte des photos papier en cadeaux.  J’ai réussi à avoir ces photos à ces conditions.  Sur la photo avec le bébé, c’était assez amusant car nous avons dû attendre que la maman habille le bambin dans ses plus beaux atours. 

                                             

Les enfants sont très beaux et quand nous nous promenons sur l’île, ils nous suivent partout.  Ils sourient, nous donnent la main.   Ils attendent en secret des friandises mais si par malheur tu en donnes à la dizaine d’enfants près de toi, tous les enfants du village rappliquent et en demandent.  Alors il faut s’assurer d’être sur le point de quitter l’île pour ne pas provoquer l’invasion. 

Ils ne sont pas gênés, ils nous lancent gaiement des « Ola!  », c’est tout à fait charmant.

                          

                        

                                                               

Nous avons visité le sahila de Mamiputu pour le saluer et pendant tout ce temps il est resté mi couché dans son hamac;  heureusement Pablo, son assistant, a fait les présentations et la conversation. 

Un nouveau départ vers…

Aridup

Groupe d’îlots non habités dignes des meilleures cartes postales mais il fait gris, et la nuit nous a apportés un lot de nuages sans relâche qui au matin se sont déversés pendant plusieurs heures.  Le mouillage rouleur qui a limité nos heures de sommeil nous a décidé à remonter l’ancre pour se diriger vers une autre destination et c’est sous la pluie, hé oui cela arrive, que les préparatifs de départ se font. 

Isla Tigre 

L’approche de cet île est hasardeuse donc il faut bien observer afin de passer entre les coraux.  Nous jetons l’ancre dans la partie ouest de l’île et le village que nous découvrons est très traditionnel.  Un émissaire vient au nom de la communauté réclamer gentiment 5$ pour le bateau et 3$ par personne, pour le village.  Notre première visite nous fait découvrir un village très bien organisé.  Les huttes sont très grandes, disposées de part et d’autre de deux routes sablonneuses. 

                           

Nous rencontrons le sahila qui nous donne la permission de se promener dans son village.  Il y a une  infirmerie, une école où neuf professeurs reçoivent à peu près 150 enfants.  Les mamans sortent leurs molas quand des étrangers se pointent dans l’île.  Elles espèrent toutes en vendre.  Elles offrent aussi de nous fabriquer des bracelets pour les chevilles et les avant-bras.   C’est très difficile de choisir mais un refus ne les rendent pas inhospitalières.  Les enfants nous suivent durant un long moment;  ils s’hasardent à nous donner la main.  Leur sourire est magique.

                           

C’est très particulier de côtoyer les kunas qui tiennent à leur tradition et qui en même temps changent au contact des touristes et des voyageurs.  Maintenant ils ont installé des taxes dans chaque île, parfois des droits de visite par personne;  ils demandent des $ pour les photos, des cadeaux et souvent des bonbons pour les petits comme pour les grands; un jeune homme nous a demandé un dollar pour s’acheter un rafraîchissement, une autre dame un dollar pour avoir photographier les cochons.  Inutile de dire que nous refusons ces demandes.  Un équipage de nos amis, avaient apporté des lunettes de lecture ;  elle en a donné plus de vingt paires et certaines femmes kunas ont protesté car elles n’en avaient pas eues.  Ils demandent de plus en plus et n’offrent pas d’échanger.  C’est difficile de gérer cela;  on veut bien donner et c’est prévu,  mais en même temps on ne voudrait pas favoriser la situation où les Kunas deviennent des mendiants.  Dès l’arrivée parfois, ils viennent en pirogue demander de la nourriture, des cadeaux et des choses précises.  Pourtant ils semblent avoir toute la nourriture dont ils ont besoin et ils vivent en communauté.   Cela porte à réflexion.   

Heureusement que nous avons quand même le plaisir de parler avec plusieurs d’entre eux qui nous racontent leur vie, leur île et leurs traditions.     

Les fêtes de Noël approchent et nous cherchons à découvrir leurs coutumes.  Finalement nous apprenons qu’ils vont tuer cinq cochons sauvages pour le jour de Noël.  Le 24 décembre, les morceaux de viande sont bouillis dans d’énormes chaudrons pendant six heures.  Les femmes supervisent cette cuisson et toutes ensembles elles y travaillent. 

                           

Nous avons la chance de fêter notre Noël avec Christine et Frantz.  Nous aussi nous avons nos traditions; ainsi la dinde, la tourtière et la bûche de Noël seront à l’honneur.  Dans l’ambiance chaleureuse d’Aquarius nous nous amuserons en écoutant de la musique de Noël.  Ces quelques heures nous font grand bien. 

                           

 

Le jour de Noël chez les Kunas, il y a un repas de fête communautaire;  on sert le cochon avec du yucca et du riz.  Chacun se présente avec sa gamelle pour être servi. 

                           

Aujourd’hui les femmes ont revêtu leurs plus beaux costumes et elles portent leurs bijoux.   Plusieurs mamans ont cousu aussi le costume traditionnel pour leurs petites filles. 

                                                  

Nous avons la chance de les côtoyer car elles sont toutes dehors rassemblées pour le repas alors que normalement elles sont plutôt timides.  En après-midi elles sont à l’œuvre pour tout nettoyer.  Les enfants ont beaucoup de liberté et nous n’avons vu aucune chamaillerie entre eux. 

Deux bateaux d’approvisionnement sont arrivés aujourd’hui.  Sur des toiles l’équipage a étendu à même le quai des articles que les gens pouvaient acheter.  C’est assez typique :  culottes pour enfants, shampoings, sacs de biscuits,  sandales de plage,  casquettes, savons, finalement c’est un choix limité mais d’autres bateaux viennent régulièrement et ce sera pour d’autres articles. 

En fin de journée, il y a eu des danses traditionnelles, c’était la fête.  Nous avons décidé de s’y présenter. 

                           

                           

Une petite anecdote pour finir l’année 2007 en beauté.

Le soir de Noël,  nous sommes en route vers la plage avec Christine et Frantz.  Il fait un noir d’encre et nous nous dirigeons vers la petite lumière du quai.  À un moment donné, Christine nous indique un bout de bois à contourner;  comme les capitaines portent des frontales, dans le reflet de la lumière nous avons constaté que ce bout de bois n’était autre qu’un caïman de deux mètres de long.  J’ai rapatrié mes fesses à l’intérieur de l’annexe instantanément, juste au cas où, un simple réflexe quoi!

Le lendemain un kuna nous a dit qu’il n’y avait pas de crocodile, juste des caïmans, donc que ce n’était pas un problème!  Ha! Bon!

Notre séjour à Tigre s’achève sur cela.