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           2010

JANVIER

 

Un début d’année prometteur.  Nous attendons une fenêtre propice afin de partir de Bocas del Toro vers Colon en toute quiétude.  Après six mois sans grande navigation il faudra reprendre le rythme.  Sonner un nouveau départ veut dire également un grand approvisionnement.   Encore me direz-vous!  Mais laissez-moi expliquer que de la marina Shelter Bay, à Colon c’est notre dernière chance de grand approvisionnement pour notre voyage de quelques mois dans les San Blas.   Le dépanneur n’est pas au coin de la rue.  Vaut mieux tout prévoir.

 

Donc nous attendons patiemment notre fenêtre météo;  la navigation prévue est un 8 heures vers Escudo de Veraguaz, y passer deux jours et repartir vers le Rio Chagrès en 20 heures de navigation.  En attendant on cuisine quelques douceurs pour les jours à venir.

 

 

Finalement le départ est sonné pour mardi le 19 janvier.  Nous levons l’ancre et nous prenons la mer par la passe de Bastimentos et nous voilà en route, en navigation devrais-je dire.  Il est sept heures du matin, le ciel est couvert localement, une pluie légère assombrit notre départ.  Mais en peu de temps le soleil veut prendre sa place et repousse toute trace de chagrin. 

 

 

N’est-ce pas magnifique ce grand bonjour du soleil!

 

Peu de vent mais de la houle de 3 à 6 pieds qui venant de travers nous brasse un peu.  Le bateau se met à danser dans cette houle et je n’ai pas vraiment envie d’entrer dans la danse, donc je me contente de rester dans le cockpit en évitant de descendre le moins possible dans le carré.  Cela passera bien.  Cette première navigation de l’année se passe tout de même bien.  La  visite de deux dauphins nous enchante comme toujours et nous suivons avec joie leur jeu de passe-passe avec la coque

 

Nous arrivons à Escudo de Veraguaz, il n’y a pas à dire, ce décor est fabuleux.

 

 

Cela n’y paraît pas mais l’Aquarel continue de se dandiner car la houle contourne cette île et nous rejoint sans gêne.  Je passerai la nuit à  changer de position dans le lit malgré moi et le repos n’est pas au rendez-vous.  Au matin, une décision s’impose.  D’un commun accord, les deux bateaux  reviendront sur leurs pas de vingt milles pour se réfugier dans Bluefield Bay afin de dormir nos nuits confortablement avant la longue navigation.  D’avoir du temps est notre meilleur atout.  Mon          capitaine a quand même le plaisir de pêcher deux poissons aujourd’hui, un thazard et un thon.  Le thazard fera le délice de l’apéro avec nos compagnons de voyage le soir même.  Le thon sera congelé en attente d’un souper prometteur.

 

L’arrivée dans cette baie promet effectivement un meilleur repos.  Ce plan d’eau calme ressemble à un lac.  Ouf!  Aussitôt l’ancre jeté, des cayucos avec à bord mamans et enfants viennent nous voir, peu d’entre eux nous adressent la parole après le « hola » mais ils restent très près du bateau à scruter nos moindres mouvements en silence.  On sait au fond qu’ils attendent des cadeaux mais l’expérience nous a appris que le petit présent à l’un attirera tout le village.  Donc il faut être patient et attendre qu’ils décident de partir.  Peut-être qu’eux aussi pensent nous avoir à l’usure.  J’attendrai ainsi jusqu’à cinq heures avant de pouvoir prendre ma douche sans leur regard indiscret. 

 

Le lendemain, c’est plus calme autour du bateau.  Certains viennent nous proposer du pain, des bananes, du poisson, de l’artisanat; cette fois nous participons et nous montrons de l’intérêt.   Nous préférons leur laisser l’idée qu’il est préférable d’échanger que de quémander sans rien donner en retour.

 

Juste avant notre départ je me ferai un plaisir de donner des crayons aux enfants pour l’école, c’est un peu ma façon de leur dire au revoir. 

 

 

Nouveau départ pour un vingt-quatre de navigation.  Nous quittons la baie de Bluefield et les conditions de météo sont excellentes aujourd’hui.  Il est sept heures du matin.  Le calme nous entoure et tranquillement l’Aquarel prend son élan.  Nous faisons  voile et moteur et les milles nautiques se soustraient du compteur sur le GPS, 129 milles au total.  En après-midi nous constatons que nous avançons trop vite et qu’à ce rythme, notre heure d’arrivée dans le Rio Chagrès sera de nuit.  Donc nous baissons le régime du moteur et nous ajustons notre vitesse à quatre nœuds.  Nous disons au revoir à nos copains du jour qui eux veulent se rendre directement dans les San Blas en profitant de cette belle météo.  Ils y seront dans deux jours. 

La journée se déroule très bien et nous pourrons faire de la voile au moins pendant six heures.  C’est un plaisir renouvelé. 

La nuit descend et nous nous préparons;  ligne de vie, harnais sont en place, nous prenons notre souper avant la noirceur et les quarts de trois heures commencent.  Mon capitaine prend le premier quart et à minuit je me lève prête à prendre le second quart.  À chaque changement de quart, nous faisons le point, le cap, la vitesse, notre position, les vents, la mer, des bateaux en vue ?   La nuit est calme.  Nous avons une plein lune.  J’adore naviguer de nuit avec une lune.  Je me sens bien.  Mon capitaine va dormir dans la cabine.  Je mets les écouteurs de mon IPOD et je profite de cette nuit calme pour admirer ce ciel étoilé tout en écoutant El Divo, Fais-moi la tendresse, Enya...

 

Le temps passe, aucun bateau dans les parages, l’Aquarel glisse sur l‘eau.  Tout est sous contrôle.  À trois heures mon capitaine se réveille et je peux retourner au lit.  Au petit matin, Nous sommes en approche.  À dix heures nous entrons dans le Rio Chagrès en ayant une bonne vision sur les coraux de l’entrée.  

 

       

 

Cette rivière est en pleine forêt tropicale et notre passage fait réagir les oiseaux et les singes.   Puis tout redevient calme. 

C’est une excellente halte à cinq milles de Colon pour un repos ou pour ceux qui sont en avance sur une date prévue à la marina. 

 

Le lendemain nous entrons à Colon à la marina.  Nous y étions il y a deux ans et depuis il y a des changements majeurs.  Il y avait ici deux marinas et les « flats », zone où les voiliers pouvaient s’ancrer en attente d’un départ pour la traversée du canal.  Maintenant,  La marina du Club nautique est fermée et les « flats » ne sont plus utilisés par les navigateurs.  Donc la seule possibilité est la marina de Shelter Bay où il y a également un chantier.  Cette marina est maintenant très occupée et les places à quai se font rares.  Quand nous sommes arrivés, quatre autres bateaux se présentaient en même temps.  Le capitaine de port nous dirigeaient vers le fond de la marina où un mouillage est possible pour une dizaine de bateaux en jetant l’ancre et en s’attachant à l’arrière aux mangrove.  Il y avait à la marina une quinzaine de voiliers de l’ARC qui participaient à un tour du monde en deux ans.  Il ont tous quittés le même jour pour faire un passage du canal ensemble.  

 

Nous avons été chanceux, car quelques heures plus tard, une place s’est libérée à quai et la marina nous l’a offerte.  Depuis nous voyons un va-et-vient continuel de bateaux qui quittent, d’autres qui arrivent dans le mouillage, puis trouvent un place à la marina dans les jours suivants et cela tourne.  Il faut dire que c’est le gros de la saison qui débute pour la traversée du canal.  Il y a de l’action.  De plus en plus de bateaux traversent le canal et c’est fait facilement avec la supervision des gens en place.

 

     

 

Nous sommes à la marina depuis plus d’une semaine.  Robert a fait un voyage éclair à Boquete.  Il a décidé cette visite à la dernière minute car des décisions devaient prises pour le nouveau projet.  Donc dimanche matin il a fallu dénicher un taxi pour un transport au terminus d’autobus de Colon.  En face de la marina, nous avons rencontré le senor Lopez gardien de nuit à la marina.  Ce monsieur est un Kuna qui a choisi de vivre à Colon et de travailler à la marina.  Très volubile en espagnol, il nous raconte qu’il a deux grandes filles dont une est retournée dans les San Blas car elle a décidé de vivre de façon traditionnelle et de coudre des molas alors que l’autre travaille dans le domaine de l’électronique.  Quel contraste! 

 

Il a terminé son quart de nuit et il offre à Robert de l’accompagner car il doit retourner à Colon.  Il voyage normalement avec des pompiers de la place qui eux aussi finissent à huit heures.  Ce qui a été fait et à Colon, Robert a pris un bus express pour 2 $  afin de se rendre à Panama City, trajet de deux heures.  Puis il change de bus et prend celui qui le conduira à David pour 9$, trajet de six heures.  Ce bus est très confortable et présente des films durant tout le parcours.  Enfin arrivé à David, des amis le récupère au terminus, l’invite à souper et lui offre le gîte.  Le lendemain, Robert a loué une voiture et toute la journée sera une suite d’arrêts divers pour régler des détails pour le granite, des tuiles, des plans d’installation et des réservations d’électro ménagers.  Ça c’est pour notre autre vie avec toutes les adaptations que nous devons faire car nous parlons ici d’une maison en Amérique Centrale. 

 

Et maintenant nous sommes prêts pour le départ vers les San Blas mais la houle de dix pieds depuis quelques jours nous retient à la marina.  Nous attendons patiemment le bon moment.  Nous profitons du bain tourbillon et de la piscine après notre journée.  Il y a pire comme situation. 

 

Aujourd’hui nous avons rencontré des jeunes qui voyagent sur un bateau école.  C’est un voilier d’une centaine de pieds.  Vingt-six jeunes, âge moyen 17 ans, vivent à bord pour six mois.  Bien sûr il y a un équipage de gens d’expérience à bord et ce voyage est organisé de façon précise.  Il y a trois professeurs à bord.  Les jeunes ont des cours alternativement un jour sur deux.  Le reste du temps, ils sont impliqués dans toutes les tâches à bord :  repas, approvisionnement, navigation, entretien du bateau,  lessive.  Ils font des petits voyages  à terre;  par exemple, ils ont passé une dizaine de jours au Costa Rica où ils ont eu des cours d’espagnol.  Ils visitent des musées, des parcs naturels avec guides sur la faune et la flore.  Ils obtiendront leur PADI, leur licence pour la plongée bouteille, ils font de la pêche.  Leur itinéraire :  Ténérife, Madère, Barbade, Curaçao, San Blas, Colon, Costa Rica, Honduras, Cuba, Bahamas, Bermudes et retour à Hambourg.  Quelle expérience! 

 

Shelter Bay marina est vraiment devenu le rendez-vous des navigateurs qui traversent vers le Pacifique.  Nous y avons rencontré de nombreux européens et américains qui se préparent à leur navigation dans le Pacifique.

 

Le 6 février est notre date de départ vers Portobello.  Demain matin nous lèverons les voiles et nous retrouverons le calme de la navigation.  Nous serons loin des services d’internet mais aussitôt que possible on y reviendra.