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Janvier, février,mars 2008

Corazon de Jesus,  suite des San Blas.

Cette île est voisine de Nargana et un pont les relie.  Elles sont au cœur des San Blas.  Nous ancrons après une navigation minutieuse car il y a des hauts-fonds que nous devons contourner grâce à nos points GPS mais aussi à une bonne observation. 

Frédérico vient nous saluer dans sa pirogue et nous invite à descendre à terre en nous annonçant le restaurant, la laverie, l’épicerie et la boulangerie.  Il est vrai que nous trouvons du bon pain à tous les jours chez les Kunas.  Ils fabriquent des mini baguettes de 20 centimètres de long et les prix diffèrent selon les îles.  Ici chaque baguette coûte 5 sous.  La lessive est faite à la main bien sûr.  L’épicerie est là pour les produits de base.

Sur ces deux îles, environ deux milles personnes y vivent.  Il y a ici plus de maisons en ciment dont certaines ont des toits de taule qui rouillent malheureusement. 

C’est une île non traditionnelle mais avec des installations sanitaires comme on peut en voir dans toutes les îles des San Blas.   Une image vaut mille mots.

                                               

Une troisième île tout à côté sert de piste d’atterrissage pour les vols intérieurs, des petits coucous quoi !  Mon capitaine prend un de ces vols aujourd’hui pour se rendre à Panama City;  il reviendra demain.  Les vols sont très tôt le matin et nous devons nous rendre à la piste d’atterrissage en annexe.  En quarante minutes, Robert sera à Panama City pour y faire des courses en légumes et fruits frais ainsi que pour des pièces bateau, bien sûr, chez Abernathy;  un hôtel est réservé pour ce soir et demain matin il aura un vol de retour vers 6 :30h.

Tout près de Corazon de Jesus, il y a le Rio Diablo.  Cette rivière sur le continent se jette dans la mer aux abords de l’île.  Une escapade en annexe avec nos amis nous permet de pénétrer dans un monde de silence et de beauté naturelle.  Les méandres nous offrent la possibilité d’observer une végétation variée aux couleurs gorgées d’eau où quelques oiseaux servent de couleurs contrastantes.  Nous devons tirer l’annexe dans des passages peu profonds, l’expédition devient sportive.  Nous remontons la rivière le plus loin possible en espérant atteindre un village mais le courant devient de plus en plus fort et au moment où nous devrions descendre à niveau de l’annexe, nous voyons un caïman glisser de sa plage toute chaude.  Nous renonçons et nous reprenons  la descente avec cette fois assez de courant pour nous pousser, nous n’avons qu’à diriger avec les pagaies. 

            

           

 

Nous passons le nouvel An dans ce mouillage avec l’équipage d’Aquarius.  L’année 2008 nous réserve sûrement de belles surprises en commençant par la visite de Nicolas et de Shannon et de nouveaux mouillages dans les San Blas. 

 

Janvier 2008

Nicolas et Shannon qui attend un petit bébé en mai,  arrivent dans les premiers jours du mois de janvier.  Nous sommes très heureux d’avoir leur visite.

     

Les vents forts des derniers jours tardent à se calmer mais le soleil est au rendez-vous.  Nous changeons de mouillage aux deux jours;  nous visitons de toutes petites îles de cocotiers, de plages sablonneuses, d’eau turquoise et ils profitent du calme environnant.  Les journées passent trop vite.   Ils ont tout de même la chance de faire différentes activités rattachées à la vie à bord. 

                  

 

                                                            

Nous visitons aussi l’île de Maquina avec son village traditionnel.  Pour trois jours, cette île est en fête en l’honneur d’une jeune fille qui a atteint l’âge de la puberté, c’est-à-dire 12 ans.  Elle est retirée dans une hutte pour trois jours accompagnée d’enfants.  Elle portera désormais le costume traditionnel, on lui coupe les cheveux et elle se choisira possiblement dans l’année un partenaire.  Elle aura des enfants très jeunes et ils resteront en famille. 

La chicha ainsi que la bière coulent à flôt.  Malheureusement nous avons vu de nombreux kunas ivres morts durant notre visite.  D’autres dansaient sur une musique non traditionnelle et des femmes sont venues chercher Shannon et moi-même pour les accompagner.  De bonne grâce nous avons fait quelques pas de danse mais nous les avons laissées très vite pour continuer notre promenade dans l’île. 

Juste avant que nous quittions l’île une femme kuna nous a montrés ses molas et elle a eu la chance d’en vendre quelques-uns.   Elle accepte aussi de se faire photographier mais elles ont de la difficulté à sourire devant une caméra.

         

Dernier jour de navigation, nous devons retourner à Corazon de Jesus, nos jeunes ont un vol demain matin sur Panama City.  Nous quittons le mouillage de Gaïgar à moteur en suivant une route qui contourne des récifs.  Après à peine quelques milles, la transmission fait un drôle de bruit et nous perdons notre pouvoir d’avancer.   Immédiatement mon capitaine monte ses voiles avec l’aide de Nicolas;  nous reprenons le contrôle du bateau et nous analysons la situation très rapidement.  En étudiant le parcours il est possible de le faire à voile mais l’ancrage risque de nous apporter quelques problèmes face au vent.  Un appel à Aquarius sur la VHF et ils décident de nous suivre afin de nous apporter de l’aide si nécessaire.  La légendaire entraide entre navigateurs se révèle à nouveau.  Nous faisons de la voile avec des vents légers; nous suivons notre route et à l’arrivée, Aquarius nous prend à l’épaule pour nous conduire au point d’ancrage en toute sécurité.  Deux mâts se côtoient rarement de si près.  Ce geste d’entraide sera dans notre mémoire à jamais.

         

C’est sur une note de tendresse que nous laissons partir les enfants le lendemain en se promettant des nouvelles bien sûr.  Ils sont heureux de leur séjour et c’est ce qui compte pour nous. 

Après un peu de repos et de réflexion nous faisons le point sur notre problème. 

En discutant avec l’équipage d’Aquarius, nous en arrivons à la conclusion qu’il faut se rendre dans une marina soit Panamarina à quarante milles des San Blas ou à Panama Yacht Club à Colon, 60 milles cette fois.   Plusieurs questions nous viennent en tête.  Il faut trouver la nature du problème, trouver un bon mécanicien, trouver les pièces ou une transmission neuve, l’endroit de la livraison etc.  

Frans nous propose son aide.  Nous nous rendrons donc à voile en compagnie d’Aquarius à Panamarina.  Quand l’Aquarel sera arrimé en toute sécurité, les deux capitaines  ouvriront le ventre de la transmission.  En attendant nous recevons de l’aide par radio amateur de gens qui ont eu ce même problème et qui nous proposent des solutions.  Nous recevons des courriels de Panamarima qui nous attend et assurera notre entrée de façon sécuritaire. 

Nous décidons de faire les premiers vingt milles et de nous rendre à Easter Lemmon Cay.  Nous prendrons quelques jours de repos en attendant de tout organiser selon les différentes réponses de nos correspondants.

Le panorama est très joli;  nous sommes une quinzaine de bateaux.  Autour de nous une dizaine de petites îles où quelques huttes émergent.  Les eaux sont belles et il y a place pour de la plongée tuba, des balades en annexe, des marches sur le sable.

Nous découvrons encore comme la vie des kunas est simple et libre de stress.  Certains viennent nous offrir au bateau des langoustes, du poisson, et des molas bien sûr.   À notre grande surprise une lanchita s’approche un matin pour nous offrir des fruits et légumes frais à très bons prix.  Je suis surprise du choix qui s’offre à nous. 

Quelques jours passent dans ce décor bucolique. 

       

 

        

Nous attendions des nouvelles à propos d’une nouvelle transmission achetée en Floride mais la transmission attendra car il y a plus important; nous avons reçu un courriel contenant une triste nouvelle, mon papa est décédé et nous décidons immédiatement de faire la journée de voile qui nous sépare de Panamarina.  C’est la marina la plus proche de nous.  Heureusement le bateau Aquarius décide de nous accompagner, de nous servir d’éclaireur car l’entrée du canal vers cette marina est parsemée de récifs.  Tout un défi mais Christine et Franz ont repéré les bouées et les gens de la marina nous attendent en annexe pour nous montrer le chemin.  Mon capitaine fait les manœuvres nécessaires pour entrer avec brio.   Bien attaché aux bouées, l’Aquarel est en sécurité.  

Puis c’est le branle-bas de combat, il faut se trouver des billets d’avion pour rentrer au pays, vider le congélo et le frigo, louer une voiture à l’aéroport de Montréal, prévoir des hôtels à Panama City et à Miami et ces trois heures de route qui nous séparent de Panama City.  L’internet aléatoire à la marina ne nous aide pas mais on arrive à organiser notre départ en vingt-quatre heures.

 

Au retour de Montréal, nous passons une nuit à Miami où un couple de navigateurs, Michel et Carole, ont eu la gentillesse d’aller récupérer notre transmission à la compagnie, ZF Marine et viennent en plus nous accueillir à l’aéroport.  Cet intermède nous permet de passer quelques heures en bonne compagnie et de relaxer avant de reprendre notre vol vers Panama City le lendemain. 

 

Février 2008

Ainsi commence notre mois de février.  Nous arrivons à Panamarina et nous souhaitons changer la transmission rapidement.  Errrrrreur!  Le mot rapidement n’existe pas dans le sud.  Rien ne se fait à ce rythme, rien à faire.  Donc voici une courte histoire au sujet de la transmission.  Avec enthousiasme, mon capitaine s’apprête à régler le problème;  il vide la cabine arrière, ouvre les panneaux qui donnent accès à la transmission, prépare l’ensemble des outils et vaillamment se met au travail.  Il m’explique qu’il y a juste à dévisser deux boulons mais ces … boulons résistent et après quelques heures on se retrouve bredouille.  Après discussion  avec plusieurs capitaines, il faut se rendre à l’évidence, il faudra percer ces boulons à l’aide d’une perceuse afin de réussir à les extraire de leur emplacement.  Dans une position où le dos de mon capitaine en prend pour son compte, la perceuse sans fil au bout des bras, la tête dans l’immense espace où loge la transmission, vous imaginez, cinq jours de travail minutieux seront nécessaires juste pour enlever les boulons et surtout en sauver le filetage. 

Puis glorieux, mon capitaine n’a plus qu’à replacer la nouvelle transmission et tout baigne.  Un petit travail d’urgence sur la tuyauterie de la toilette exige une autre journée avant un nouveau départ vers les San Blas.

Nous quittons Panamarina avec par une belle journée ensoleillée avec des au revoir à Sylvie et Jean-Paul qui nous ont si gentiment accueillis.

            

De retour dans les San Blas à East Lemmon Cay, nous retrouvons des équipages connus et une soirée des plus agréables nous y attend.  Le bateau Inaé nous invite à un apéro et nous aurons le plaisir de passer une soirée musicale sous les étoiles.  En effet, le capitaine sort son piano électrique dans le cockpit, Antonin, 17 ans, joue du violon merveilleusement et sa sœur Adèle de la guitare.  Et pour certaines chansons, cette belle Christine qui chante avec sa voix suave.   Ces moments délicieux nous font oublié notre dernière semaine de travail harassant. 

Nous reprenons notre route vers Corazon de Jesus car nous attendons une amie, Laurence qui arrivera du Québec à Panama City et de là par le petit avion coucou sur Corazon de Jesus.  

Dès son arrivée, nous naviguerons vers Coco Banderas pour la plonger dans les eaux turquoises aux reflets incomparables.  Puis les Hollandes tout aussi exubérantes de beauté.   Protégé par la barrière de corail, le mouillage est tranquille tout en laissant portée notre regard à l’infini sur cette mer vibrante au quotidien.   Elle aura droit à des couchers de soleil spectaculaires,  aux promenades sur des plages de sable blond habitées des cocotiers célèbres des San Blas, à des baignades relaxantes dans de véritables piscines naturelles, à des explorations en kayak ainsi qu’à des contemplations de nombreuses étoiles de mer, de crabes et même de raies. 

         

                                                     

            

Puis c’est la journée merveilleuse de navigation qui nous comble de plaisir,  les dauphins sont au rendez-vous.   Nous nous rendons tout doucement dans un nouveau mouillage, Saladup, et les voilà qui arrivent et jouent à notre étrave.  C’est un moment magique;  nous les encourageons à jouer avec nous en leur parlant et en  mettant une musique que nos amis, Suzanne et Daniel, nous avaient offert «   Call the dolphins ».

Ces dauphins au ventre tacheté de  blanc s’ingénuent à nous épater;  nous les voyons pirouetter, nager carrément sur le dos, nous regarder en espérant des applaudissements. 

             

                                                      

Aujourd’hui c’est une journée de visite d’un village traditionnel, Solidad Miria.  Dès notre approche, des pirogues ( ulu) viennent à nous dans l’esprit de nous vendre soit du poisson ou nous demander des choses que nous avons à bord en particulier des bonbons.  Nous descendons sur l’île et nous visitons le sahila, chef du village qui nous permet de se promener.  En une demi-heure, le tour est vite fait puis c’est la ronde des molas;  une femme kuna s’approche pour nous présenter ses molas et puis en peu de temps, c’est une dizaine de femmes kunas qui nous entourent, attirant notre attention pour nous montrer leur œuvre et espérant toutes nous en vendre.  Nous en avons plein les bras et nous devons choisir.  Puis elles se retirent sans rancune en se disant que ce sera pour la prochaine fois.  Nous avons la chance d’acheter des molas traditionnels. 

      

Nous arrivons le jour même à Lemmon Cay pour une plongée très agréable devant un récif.  Et dès le lendemain un retour à East Lemmon Cay pour une dernière journée dans ce décor bucolique. 

 

 

C’est maintenant un départ vers Colon mais avec deux arrêts en chemin.  D’abord Linton.  Cette navigation a duré dix heures dont huit heures de voile alors que notre invitée, navigatrice elle-même,  s’est régalée en barrant une grande partie du temps.  C’est une belle journée, nous avons de bons vents et c’est confortable. 

L’arrivée à Linton se fait facilement et le mouillage est déjà bien occupé.  En cette fin d’après-midi, il est agréable d’aller faire une balade en annexe.  Nous voulons nous approcher de l’île en espérant voir les singes qui l’habitent.  C’est en effet un jour de chance;  ils sont là à se pavaner et à espérer recevoir quelques bananes qu’un autre navigateur a eu la bonne idée d’apporter.  

Ils viennent même se promener sur le quai et nous pouvons les approcher mais ils ne tentent pas de sauter dans les annexes car ils semblent avoir peur de l’eau. 

Nous avons droit à toutes sortes de mimiques engageantes.  Mais la prudence nous empêche de trop les approcher car nous ne sommes vraiment pas tentés par leurs mamours.  Les guides donnent des avis à ce sujet;  si nous descendons ces singes nous affectionneront mais dès les signes de départ ils deviennent agressifs et accaparants.  Nous éviterons leur mordée qui peut être douloureuse.  Mais voici tout de même quelques photos amusantes. 

       

        

        

Le lendemain matin, c’est une balade en annexe dans un couloir de mangroves qui nous attire et qui nous mène vers Panamarina.  La beauté des lieux et le silence qui y règne portent au calme et nous n’avons pas assez de nos deux yeux pour en saisir toute la magie.  

           

                              

Prochain mouillage, Portobelo.  À peine quelques heures de voile et nous jetons l’ancre juste devant un ancien fort de style espagnol.  Que d’histoires cachent ces forts qui à ces heures étaient sans doute la gloire des conquérants!   Portobelo qui veut dire beau port, a été le lieu privilégié pour se mettre à l’abri des tempêtes en ces temps florissants d’un commerce si on peut appeler cela comme ça.  Au 16e et 17e siècle, des tonnes d’or et d’argent ont pris la route de l’Espagne en partance de Portobelo.  Des flottilles entières de vaisseaux repartaient à l’époque avec des millions de richesse à bord.  Cela porte à réfléchir quand nous voyons la pauvreté omniprésente dans ces pays.     

 

Dernier objectif, Colon.  L’approche est tout à fait spéciale, nous en reparlerons au  mois de mars et c’est ici que Laurence va repartir vers le Québec.  Nous passerons la dernière soirée à la marina Shelter Bay dans la baie de Limon où on a pu se laisser gâter par le confort de toutes les facilités offertes. 

Le mois de mars parlera de ce port et du canal de Panama que nous aurons la chance de traverser comme équipiers sur le bateau de nos amis, Aquarius.   Belle expérience en perspective!!

 

Mars,2008

Colon, Panama 

L’arrivée sur Colon est surprenante.  Cette immense baie est protégée par un mur construit il y a plusieurs années.  Notre approche nous permet de discerner pas moins d’une trentaine de cargos à l’ancre à l’extérieur de la baie en attente d’un passage dans le canal.  Nous nous sentons bien petits en s’approchant de l’entrée du mur après avoir eu la permission du maître de port de procéder immédiatement.  À l’intérieur de la baie, le même scénario, à bâbord un mouillage pour de grands cargos ou paquebots et à tribord, les quais du port en action jour et nuit.  Nous suivons un chenal balisé de bouées rouges et vertes qui conduit vers l’entrée du canal et le mouillage pour les voiliers et catamarans. 

Il y a ici beaucoup d’effervescence car tous les jours nous voyons les cargos et paquebots se diriger vers les écluses.  En début de soirée s’ajoutent deux ou trois voiliers.  Ils sont facilement reconnaissables car leur coque est ornée de plusieurs pneus pour les protéger.  Vers six heures du soir un bateau à moteur reconduit un pilote sur chacun des voiliers, cela fait partie des règlements de la traversée.  

Quelle différence avec le monde de calme des San Blas que nous venons de quitter!

Durant ces quelques jours à Colon, nous devons renouveler nos visas d’immigration.  C’est un agent qui travaille à Panama Yacht Club qui doit s’occuper des nombreuses démarches avec les navigateurs.  Ce n’est pas simple et les règles peuvent changer tous les jours dépendant des gens en poste.  C’est hallucinant!|  Après trois jours  de visite aux bureaux de l’immigration, on nous dit finalement que nous avons déjà en main un visa valide pour trois mois car nous sommes entrés au pays en avion ( retour du Québec ) et de ne pas s’occuper de ce qui est écrit à l’endos de ce visa qui ne nous donnait que 30 jours.  Belle affaire!  Espérons qu’ils ont raison de nous dire cela. 

Colon est une ville bien particulière et on nous recommande de prendre des taxis même pour quelques coins de rue.  Ce n’est pas sécuritaire et dès les abords de la marina, on aperçoit des édifices mal entretenus où la misère est apparente.  Gare à ceux qui s’hasardent sur ces trottoirs! 

C’est plutôt intrigant qu’on laisse cette ville dans cet état alors qu’elle est le port d’entrée du canal de Panama du côté Est.  Pourtant il y a beaucoup d’argent rattaché à ces transits. 

Durant notre séjour au mouillage de Panama Yacht Club, une équipe de tournage pour un nouveau film de James Bond, Quantum of Solace, visite différents bateaux pour les inviter à participer au tournage comme figurants dans plusieurs scènes sur l’eau.  L’expérience est tentante et fort intéressante.   Nous acceptons et dès le lendemain nous devons nous rendre dans un mouillage particulier et signer le contrat de l’Aquarel, à ne pas confondre, ce n’est pas l’équipage dont ils on besoin mais bien de l’Aquarel pour seize jours.  Et c’est comme cela que nous nous retrouvons en compagnie d’une vingtaine de bateaux en face de la marina de Shelter Bay. 

Cela nous permet d’observer toute la logistique déployée pour le tournage des scènes.  Sur terre, des camions pour la cantine, l’eau, les décors, les sanitaires, matériel de réparation pour les techniciens, des espaces pour les maquilleuses, les costumiers, les éclairagistes et les preneurs de sons, une ambulance et un hélicoptère.  Près du quais, des tentes, une centrale de communication et un régisseur qui  assure entre autres les va et vient des bateaux de l’équipe du film.  Au quai et sur l’eau, ils ont des bateaux aux montages sophistiqués pour caméra, certains sont des bateaux très stables à fond plat;  un autre, un beau yacht avec caméra montée sur une perche. 

 

 

Je ne saurais tout bien décrire, l’équipement est complexe.   Ils ont des bateaux avec des moteurs puissants pour les vedettes, des bateaux qui assurent la sécurité avec plongeurs, sauveteurs et infirmiers; des bateaux transportant une équipe technique pour suppléer rapidement à un problème sur l’eau ou même ajouter des ancres pour maintenir un angle; un autre bateau avec une équipe en charge du plan d’eau qui voit à l’emplacement des voiliers selon les différentes scènes, à diriger l’ajout de petites barques, ou autres éléments de décor comme de gros bateaux de la garde côtière qui doivent s’ancrer parfois au centre des voiliers.  Certaines scènes, James Bond, à bord de son bateau, était poursuivi par des « méchants » bien sûr et il devait foncer droit sur l’Aquarel et l’éviter à la dernière minute évidemment.  Cela déplaçait pas juste de l’air mais aussi de la mer. 

  

Une équipe doit aussi s’occuper au quotidien du bien-être des équipages des voiliers.  Ils font un travail formidable pour nous car la vie continue à bord et ils doivent organiser des services tels que le transport à terre et le  ravitaillement.  Aujourd’hui, jour de paie :  Mitch a toujours le sourire malgré ses journées de quatorze heures. 

Aujourd’hui c’est une journée un peu perturbée pour l’équipe de tournage.  En ce lundi l’équipe qui met en place les bateaux pour la scène du jour s’affaire très tôt à insérer des chaloupes parmi les voiliers.  Mitch, responsable du plan d’eau, en a plein les bras. 

En contact constant par VHF avec les équipes de tournage, il prépare le terrain marin du tournage de la journée. 

Vers quatorze heures, la scène est prête et les bateaux pour le tournage s’amènent dans le mouillage. 

Il y aura poursuite du bateau de James Bond par deux autres bateaux de tireurs.  Le visionnement de ces scènes est très intéressant.  Quelques reprises sont nécessaires et le travail des caméramans est remarquable.  Aujourd’hui un des  caméramans était sanglé à un support sur un des bateaux poursuiveurs.  Malheureusement cette journée semble avoir eu plusieurs imprévues qui ont sans doute apporté un retard dans l’horaire:

Une chaloupe du décor prenait l’eau et voulait couler

À la première prise, un poursuivant est passé par-dessus bord

Sa mitraillette s’est retrouvé au fond de l’eau, besoin de plongeurs pour la récupérer

Un voilier qui n’a jamais réussi à bien s’ancrer à l’endroit voulu, ils ont abandonné

Problème d’hélice sur un moteur donc perte de temps pour réparer

Un caméraman blessé en pleine action.

Le nombre de personnes qui font partie d’une équipe de tournage est impressionnant.  Ils travaillent très dur, les journées sont longues et les pauses se font rares.   Et tout le monde est à « l’eau ».   Et voici les vedettes James Bond et une  «  Bond » girl. 

 

                                  

Cela durera deux semaines pour l’Aquarel mais l’équipage peut s’évader à l’occasion.  Alors nous partons faire un tour à Panama City.  Nous faisons le voyage en autobus express et en une heure et demie, nous sommes sur la rue principale de cette grande ville.  On recommande de se promener en taxi dans nos déplacements car il y a des zones rouges et il est déconseillé de s’en approcher.  C’est une ville pleine de contrastes avec des quartiers bien nantis et sécuritaires qui voisinent des quartiers pauvres et insalubres.  Panama a différents visages :  de grands édifices modernes et des appartements peu entretenus, des rues commerciales délabrées et de très grands centres d’achats intérieurs à la fine pointe de la technologie et de la mode.  

Ce jour-là est consacré à des achats pour le bateau donc nous ne faisons pas de touriste sauf que nous revenons à Colon par le train qui nous dépose à l’entrée de Panama Yacht Club. 

Aujourd’hui nous embarquons sur l’Aquarius pour la traversée du canal.  Toutes les procédures sont complétées et les droits de passage payés, les démarches sont enfin terminées.  De deux à trois voiliers peuvent passer trois fois semaine.  Il faut imaginer que 24 heures par jour, il y a des passages de cargos ou de paquebots dans ce canal et qu’une toute petite plage horaire est réservée aux bateaux de particuliers.  En 2008, pour un bateau de moins de cinquante pieds, il faut calculer plus de 600$ comme frais de base; pour les cinquante pieds et plus, les frais augmentent de façon notoire. 

 

Question :  À qui cela a-t-il coûté le moins cher et le plus cher pour ce fameux passage du canal ?

Réponse : En 1928 Richard Halliburton a traversée le canal à la nage du 14 au 23 août et cela lui a coûté 0,36$.

                En 1997, le paquebot Rhapsody of the Seas, le 23 mai, a payé pour son passage la modique somme de 154 662,66$

 

Et ils sont à construire un deuxième canal pour de plus gros bateaux encore.      

Le 19 mars, Aquarius a enfin son tour. Nous arrivons sur Aquarius.  Retrouver nos amis, enfin réaliser ce projet attendu par eux depuis quelques mois!

Vers dix-huit heures, un pilote est reconduit sur chaque voilier et l’aventure commence. 

Dans quelques heures, l’Aquarius et son équipage auront changé d’océan.

Accompagnés de deux autres voiliers, nous partons déjà vers les écluses de Gatun.  Il est dix-huit heures.  À l’approche des premières portes nous rencontrons un énorme cargo qui nous oblige à serrer les bouées à tribord.  Peu après les pilotes dirigent l’opération de mise à l’épaule des trois voiliers.  Voilà la raison des pneus que les capitaines ont loués car les défenses ne suffisent pas toujours à absorber la pression des voiliers les uns sur les autres dans les remous des écluses.  À partir de ce moment, seul le voilier du centre utilisera son moteur.   Bien enlacés les trois voiliers avancent et à l’entrée des écluses de Gatun, quatre employés sont en place sur le haut des parois pour nous lancer des cordages que nous attachons aux grosses amarres prévues sur le bateau.  Ensuite commence l’entrée dans le canal; le bateau central fournit le pouvoir et les quatre hommes nous suivent sur le haut de la paroi en tenant les amarres.  Une fois à l’intérieur de l’écluse, ils attachent ces amarres à de grosses bites.  Les portes se referment, l’eau monte, l’équipage doit maintenir les bateaux au centre de l’écluse par la tension qu’on maintient sur les amarres en suivant le niveau d’eau.  Les portes du devant s’ouvrent et nous revoilà partis vers la seconde écluse.  Le système des trois écluses de Gatun avec ses murs d’approche s’étend sur deux kilomètres.  Elles nous élèvent de 26 mètres et nous libèrent dans l’eau douce du lac Gatun.  Il se fait tard; un bateau vient récupérer notre pilote.  Demain matin, un autre pilote prendra la relève.

Nous passerons la nuit bien amarrés à ce genre de bouées. 

                

Dès sept heures le lendemain, un nouveau pilote monte à bord et c’est un départ.  Indépendamment les trois voiliers avancent à moteur, nous avons trente milles à faire pour se rendre aux écluses de Miraflores.  Nous rencontrons d’énormes cargos  tout le long de la route. 

Ce bout de route est facile car le plan d’eau est très calme.  Nous observons parfois des parois de montagnes qui ont été ouvertes pour la route du canal, des îlots esseulés couverts de végétation, un environnement sauvage. 

Enfin les derniers milles et au loin le pont du Centenaire qui se fond dans le paysage des dernières écluses, d’abord celle de Pedro Miguel qui nous fera redescendre de 9 mètres, puis de 17 mètres grâce aux deux paliers de celles de Miraflores. 

C’est un moment privilégié, nous changeons d’océan.  Il y a de l’émotion dans l’air.  Quand les portes de la dernière écluse s’ouvre, la magie s’est opérée.   Nous sommes dans le Pacifique.

Nous passons sous le pont des Amériques et le capitaine ouvre sa bouteille de champagne pour fêter cet événement.  Il y a du bonheur dans l’air.  Quelques minutes plus tard, nous sommes au mouillage de Balboa Yacht Club à Panama City.

Et voilà nos amis Christine et Frans fort heureux et prêts pour leur nouvelle aventure dans le Pacifique après quelques jours de repos. 

Il est temps pour nous de retourner à Colon.  Le voyage se fait à bord d’un bus express, c’est beaucoup moins excitant!  De plus, quitter nos amis sans savoir dans combien de temps nous les reverrons rend ce départ triste mais nous savons que nous resterons en contact par courriel le plus souvent possible. 

Une dernière visite en touriste cette fois à Panama City nous a conduit dans le vieux Panama pour voir sa cathédrale, le musée du Canal, le musée de l’émeraude, le théâtre national et le palais présidentiel. 

La fin du mois de mars est consacrée à l’Aquarel.  L’entretien régulier nous gruge plusieurs journées comme toujours avant chaque grand départ.  Quelques travaux de réparation remis trop souvent, le ravitaillement fait, le dernier jour, à bout de souffle,  nous remettons le départ au lendemain et nous décidons de prendre un peu de repos, c’est l’anniversaire de mon capitaine après tout.