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Mai 2010
C’est un mois très occupé, c’est le temps de refaire une beauté à l’Aquarel. Perché sur ses pattes, il laisse les travailleurs lui chatouiller le ventre avec leurs grattoirs, il fait peau neuve. À la mi mai, l’Aquarel est fin prêt pour sa peinture antisalissure. Nous équipons également l’Aquarel d’un nouveau profondimètre ainsi que d’un nouvel anémomètre. Nous avons hâte de le remettre à l’eau. On se sentira plus à l’aise. Mon capitaine examine les moindres recoins de l’Aquarel, une anode à changer, un peu de sablage et de vernis par là; une vis à remplacer, un boulon, un filtre ou un changement d’huile, rien ne lui échappe.
Vient le jour de la mise à l’eau. L’Aquarel dans son berceau refait le chemin vers l’élévateur qui le déposera dans son élément à notre grand soulagement.
Dernière vérification, pas de fuite d’eau, on peut ramener l’Aquarel au quai. C’est beaucoup plus confortable pour nous et nous avons besoin d’une semaine de plus pour finaliser le tout. Nous sommes enfin prêts pour notre retour à Bocas Del Toro. Nous profitons bien de la piscine à la fin de la journée, lieu qui permet aux navigateurs d’échanger et de partager un bon moment. Un beau jour l’Aquarel met les voiles doucement et nous reprenons la mer. Il est bon de ressentir à nouveau la douceur de la navigation sur l’eau. Peu à peu nous prenons de la distance avec Colon et nous retrouvons notre solitude, notre liberté. Après 24 heures de navigation, nous décidons de jeter l’ancre tout près de Escudo de Veraguaz. Les vents sont favorables à passer une douce nuit à cet endroit. Nous sommes seuls et nous en profitons pour faire une balade d’exploration en annexe. Ces eaux sont d’une transparence extraordinaire et comme c’est très particulier de voir ces îlots de palétuviers aux formes diverses formant un archipel miniature. Nous contournons plusieurs d’entre eux; ils ressemblent à d’immenses pots de fleurs plantés en mer.
Les fonds sont parsemés de nombreux coraux et nous restons vigilants pour ne pas les briser avec l’hélice de l’annexe. Enfin c’est le retour au bateau, la baignade, la douche, la préparation du souper avec un bon apéro bien sûr. Le soleil baisse et nous allons nous coucher sous un ciel lumineux d’étoiles car ici nous sommes loin de toute civilisation. Le lendemain on reprend notre route vers Bocas del Toro. Il nous tarde de retrouver des amis et cet endroit si joli que nous connaissons bien car voilà trois saisons que nous y revenons. Pourtant Bocas a encore à nous révéler de ses trésors. Nous prenons le temps de nous installer au mouillage pour quelques jours et nous retrouverons des amis, Bernard et France qui se font construire une jolie maison sur l’île Cristobal, j’aime bien ce nom qui rappelle les origines espagnoles de nombreux panaméens. Ils nous invitent à mouiller tout près de leur coin de rêve. Bien sûr ils sont isolés et c’est avec une lancha, gros bateau à moteur qu’ils s’approvisionnent et visitent leurs amis dans l’entourage. C’est un genre de vie tout à fait différent qui rejoint leur idéal. Cet endroit aura un charme certain et ils auront trois bungalows à louer pour des vacanciers. C’est un concept fort enchanteur pour un séjour de calme et de nature.
Nous devons les quitter bientôt car il est prévu d’installer l’Aquarel à la marina Red Frog pour quelques mois. Nous aussi nous avons un projet en cours et nous allons nous rendre à Boquete afin de garder un œil sur la construction de notre future maison. Avant de les quitter, nous nous promettons de nous revoir bientôt; France me prêtent des bouquins en français et toute une série de DVD qui seront notre divertissement lors de plusieurs soirées. Nous resterons en contact et nous les visiterons à nouveau dès que possible. Je veux me rappeler cette anecdote avant de continuer. Un soir Bernard et France nous ont invités à les accompagner pour un souper dans un restaurant où nous allons nous rendre en quinze minutes à bord de leur lancha. Ce fût une belle soirée avec bien sûr de nouvelles rencontres. Au retour je demande à Bernard de nous descendre sur le catamaran avec lequel nous sommes à l’épaule, ce qui veut dire que nous sommes attachés à ce catamaran avec des défenses entre nous pour protéger les coques. Il fait noir et nous descendons avec prudence. Puis du catamaran nous devons enjamber les filières pour rejoindre l’Aquarel. Malheureusement l’écart entre les deux bateaux m’apparaît soudain fort périlleux et dans ma manœuvre je perds l’équilibre et je glisse sur la coque du catamaran pour me retrouver dans l’eau, toute habillée avec mes lunettes et mes sandales que je perdrai dans cet exploit. Je n’ai pas de mal heureusement et je suis quitte pour une nouvelle douche et un lavage de cheveux en soirée, ce qui représente, descendre l’annexe de son perchoir, installer la douche et tout remettre en place avant le coucher. Que d’efforts pour une maladresse et adieu les sandales! Le lendemain c’est le départ vers Red Frog marina. Cette marina offre de très bons quais. L’Aquarel est tout en ordre prête pour ce long séjour de repos. Le lendemain nous prenons un water taxi et nous nous rendons à Bocas del Toro. De là un autre water taxi nous conduira à Almirante, de là un taxi pour nous rendre au terminus d’autobus puis de là, un autobus pour nous rendre à David ( 4 heures de route) et enfin la location d’une voiture pour nous rendre à Boquete. Nous avons la chance de nous loger dans une maison de ville sur le site même de Montanas de Caldera. Une amie nous prête cette maison qui appartient à sa sœur habitant actuellement en France. Tous les jours nous pouvons marcher jusqu’à la maison et voir aux détails, répondre à des questionnements ou noter des oublis. Cette construction est toute une aventure par elle-même. Nous sommes au Panama et le rythme du Panama n’est pas celui de l’Amérique du Nord. Là c’est nous qui devons s’ajuster. Montanas de Caldera, le développement où nous faisons construire offre une très bonne qualité de construction mais a du mal à trouver suffisamment de travailleurs à la hauteur de leurs attentes surtout dans la finition, les détails, l’esthétique qui rendent ces maisons attirantes à l’œil. C’est pourquoi la patience est de rigueur car ils ont plusieurs maisons en attente que les équipes se libèrent. Ces bons travailleurs auront du travail pour plusieurs années. Nous étions prêts pour un changement de vie. Passer de la vie de marin à la vie de terrien est plutôt facile quand on sent l’accomplissement de ce qui a été vécu. Après sept ans sur l’eau, le temps est venu pour nous d’avoir un pied à terre. Nous sommes tombés en amour avec ce développement d’abord pour son site panoramique, son climat, la qualité des maisons, la philosophie du projet et toutes ces structures respectueuses de l’environnement. Nous y voilà, depuis un an et plus, cette maison est commencée. Il s’en est passé des choses depuis. À chacune de nos visites nous avons vu croître le projet alors que d’autres développements stagnaient, Montanas de Caldera a continué sur sa lancée avec un certain ralentissement mais sans jamais s’arrêter. C’est un projet solide qui poursuit ses objectifs. Nous avons donc commencé à vivre à Montanas. Nous avons rencontré plusieurs couples qui sont déjà installés; nous partageons plusieurs idées et informations car nous devons acheter de l’ameublement, trouver diverses ressources, organiser notre quotidien. Nous changeons de pays mais aussi de langue, l’espagnol que nous devons apprendre au plus tôt. Parfois l’anglais sert d’intermédiaire et on arrive toujours à se faire comprendre. Les gens s’entraident et nos efforts en espagnol sont très appréciés. Depuis notre arrivée sur les lieux, Nous sommes vraiment très occupés. Nous avons d’excellents contacts avec les travailleurs et ils font de leur mieux pour répondre à nos attentes. Nous devons tout examiner, nous essayons d’être vigilants pour tout. Je ne peux énumérer toutes nos interventions et nous ne pourrons détecter nous-mêmes toutes les anomalies mais à la fin cette maison sera très confortable et nous la souhaitons chaleureuse et accueillante. Nous devons aussi nous préoccuper des achats du mobilier et de luminaires, des ventilateurs, des électro ménagers en passant par les parures de fenêtres. C’est une aventure en soi de partir à la découvertes des magasins et boutiques à David tout comme à Panama City. L’achat d’une voiture s’est imposé afin de nous donner toute liberté de déplacement. Et là encore il a fallu s’adapter; nous avons opté pour une Honda CRV 2009 de seconde main. Il a fallu deux voyages à Panama City pour conclure la vente et finaliser tous les documents ( deux semaines ) mais nous avions la voiture entre temps heureusement. Il faut juste savoir qu’au Panama rien ne se fait rapidement; il y a beaucoup de bureaucratie et il nous faut bien comprendre les processus. Finalement petit à petit, la maison avance. Au moment d’écrire ces mots, l’équipe de la peinture est sur le point de commencer les trois couches prévues, l’électricité est presque toute en place, ils sont à finir les tuiles de céramique d’une salle de bain, l’ébéniste va bientôt s’occuper des portes intérieures, finir la pose des vanités et à la toute fin il y aura les planchers de bois flottant ( il ne faut pas être trop dépaysé ). On attend la porte de garage, la baignoire, les lavabos, les cabinets de toilette, la robinetterie, les miroirs, les plinthes, etc… À l’extérieur, il reste le stucco, la peinture, le paysagement, le système d’irrigation et j’en oublie sûrement. Nous pensons avoir les clés de la maison à la mi septembre. Nous avons très hâte de nous retrouver chez nous. -------------------------------------------- Fin septembre, oui nous recevons les clés de cette maison.
C’est fait. Nous commençons une nouvelle vie. Depuis deux ans toutes les formalités et la bureaucratie était en marche et nous en sommes très heureux car il y avait tant à faire. Cette maison est telle que nous l’avions rêvée; il nous reste à y créer l’ambiance de tranquillité, de convivialité et de charme espérée. L’étape de la décoration sera sûrement très excitante. Il est facile de retomber dans nos habitudes terrestres même après sept années de navigation. C’est plutôt agréable. Les projets de manquent pas. Cette maison n’est pas une finalité. Nous repartons en navigation pour quelques mois cet hiver question de faire une douce transition entre notre vie de terrien et celle de marin. L’Aquarel est en vente. Ce voilier permettra encore longtemps à des rêveurs comme nous qui sommes partis à l’aventure un jour dans les mers du Sud et cette aventure aura duré sept ans. Nous avons des souvenirs précieux et tant d’images spectaculaires dont celles qui rappellent des moments d’amitié, des moments magiques, des moments inoubliables, des moments cocasses, des moments contemplatifs, des moments gourmands, des moments paisibles, des moments romantiques, des moments festifs, des moments fantastiques, des moments étonnants… Je laisse ces images souvent inédites parler pour nous du bonheur de ce voyage, du plaisir des rencontres, de cette nature si belle et si généreuse. Elles se présentent en vrac voulant ainsi attacher l’importance au moment et non au lieu. Ici se termine notre journal de bord commencé en 2003, récit de nos aventures dans la mer des Caraïbes. C’est avec un immense plaisir que nous avons partagé cette tranche de notre vie et si cela a pu vous faire rêver, c’était le but. Nous avons toujours pensé que tant qu’il y a un rêve à réaliser, la vie vaut la peine d’être vécue. Hasta luego Jocelyne et Robert
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