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Juin 2008

 

C’est vraiment agréable de vivre à Bocas.  Ville plutôt tranquille avec sa rue principale bordée de boutiques aux allures du sud; les piétons peuvent tout autant marcher dans les rues que sur les trottoirs puisque les voitures sont peu nombreuses.  Tout le bord de l’eau est occupé par des hôtels typiques de la place ou des restaurants avec des quais car forcément les « water taxi » ici sont le moyen de transport le plus utilisé.  Plusieurs excursions sont organisées aux touristes pour se rendre à la plage ou voir des dauphins. 

Nous avons accès à plusieurs marchés de fruits et de légumes frais, les épiceries sont bien garnies et au Gourmet, il y a d’excellentes baguettes en plus des produits importés.

Nous passerons le mois de juin dans les parages car nous n’avons pas eu l’opportunité encore d’explorer les différents mouillages et nous profiterons de ce mois pour redonner à notre Aquarel des allures de jeunes premiers avant de partir en juillet pour un grand voyage au Québec.  

Nos journées passent à une vitesse incroyable.  Il s’agit d’avoir un seul projet et le temps file.  En compagnie du bateau Always Sunday nous partons vers Starfish Beach.  Nous sommes ancrés ici devant cette plage bordée de palmiers.

   

Cette plage porte bien son nom;  les étoiles de mer sont nombreuses  et une exploration en plongée tuba nous les fait découvrir une à une.  La plage s’étire sur une bonne distance et tout le long dans un pied de profondeur ces étoiles se promènent sans se soucier du danger qu’elles courent car des bateaux à moteur viennent s’échouer sur la plage pour y débarquer des touristes et l’hélice de ces bateaux pourrait toucher ces merveilles de la mer et les faire mourir malheureusement.  Ces étoiles sont bel et bien dans l’eau.

Mais tôt en matinée, nous sommes seuls sur la plage et nous pouvons les admirer à notre guise.  En les observant sous l’eau, elles sont regroupées parfois comme en caravane mais ce qu’elles semblent préférer c’est le tombant où la température de l’eau change et la présence des herbages leur permettent de se nourrir. 

C’est toujours aussi fascinant d’observer cette vie marine. 

Un jour, une équipe est venue mettre en place un grand quai flottant à une extrémité de la plage et le lendemain, une équipe de tournage américaine pour un  « Reality Show » arrive en bateau et fixent deux étendards sur piquets où nous pouvons lire :The Island.   Piquant notre curiosité nous nous sommes approchés pour savoir ce qui s’y passait et on nous a expliqué que ce montage était là pour un  tournage.  Les concurrents sont arrivés à leur tour  et nous avons pu observer trois d’entre eux subir l’épreuve.  Cette épreuve d’endurance était de plonger chercher au fond de l’eau des petites pièces qui devaient être fixées une à une le long du billot pour s’en faire des marches et le premier qui arrivait à monter jusqu’en haut de son billot et à sonner sa cloche gagnait la manche.   Cette petite demi-heure de jeux se passait soit disant dans une île déserte.  L’enthousiasme était au rendez-vous et les caméramans n’ont pas hésité à se mouiller les pieds pour prendre les meilleures prises de vue.  À la fin de la journée, tout le monde repartait et tout l’équipement disparaissait;  l’île reprenait son visage naturel. 

  

Mon petit canard gonflable a repris du service à cet endroit car parfois un bateau moteur passe entre la plage et les voiliers à l’ancre, donc il est important de signaler notre présence quand nous sommes la plongée en apnée.  Fidèle il me suit et joue son rôle de bouée de plongeur. 

  

Puis c’est un retour vers le mouillage de la Marina de Bocas del Toro.  C’est un mouillage tranquille mais il y a toujours dès six heures le matin, les « water taxi »  qui font la navette à toute vitesse entre Bocas et Changuignola ou Almirante;  ce qui nous  nous fait valser à l’occasion.  Mais ce n’est pas si terrible car au cœur de la journée, cette circulation cesse. 

  

Cet endroit retient vraiment les navigateurs  tout simplement pour y vivre.  Bien abrité de la houle, c’est confortable.  Il y a un réseau au VHF, canal 68 à huit heures le matin qui nous permet de rester en relation avec les autres navigateurs, connaître la météo, et les diverses annonces.  Le restaurant de la marina est fort apprécié car le chef présente des spécialités savoureuses.  Le vendredi est la soirée des côtes levées si appréciées que cette soirée devient le rendez-vous des navigateurs.  En bordure de l’eau, à murs ouverts, les flambeaux allumés apportent une atmosphère de convivialité à ce lieu et avec les musiciens, la soirée prend souvent des allures de fête. 

En plus de l’aide mutuelle que chacun offre selon ses disponibilités et ses compétences, diverses activités sont proposées fort simples mais permettant des rencontres et un partage d’informations.   Par exemple,  Yoli du bateau Tabasco, colombienne, nous propose des rencontres dans la semaine pour nous aider à s’exprimer en espagnol.  Une autre organise les dîners du mercredi pour les navigatrices dans différents restaurants;  une petite rencontre au féminin.  Parfois il y a une journée spéciale pour visiter des personnes âgées dans leur résidence commune afin de leur apporter un peu de soutien de toutes sortes, bouffe, distraction, promenade.  Les navigateurs s’impliquent aussi dans la vie de la population locale, apporte un soutien financier pour l’équipement des écoliers qui ont besoin de souliers, d’uniforme, d’effets scolaires et d’un sac à dos afin de fréquenter l’école;  le tout revient pour chaque enfant à 69$ mais tous n’en n’ont pas les moyens.   Certains enfants dans les villages éloignés de Bocas ont à faire un long trajet pour se rendre à l’école; après un vingt minutes de pirogue, ils doivent marcher une demi-heure sur un sentier en forêt.  Plusieurs d’entre eux enlèvent leur uniforme, se changent à la sortie de l’école afin de protéger leur vêtement si précieux.  Mais cela ne les empêche pas d’être souriants et confiants en la vie.

À bord, l’heure a sonné pour refaire une beauté à l’Aquarel.  Le nettoyage de la coque qui prend plusieurs heures, le polissage de la coque au dessus de l’eau qui gruge beaucoup d’énergie au soleil, le portique en acier inoxydable qu’il faut astiquer inlassablement, la vérification et la réparation des coutures du bimini brûlées par le soleil,  le vernissage des mains courantes et des marches dans la descente du carré, le grand bain dessus et dessous de l’annexe à la plage,  les menus travaux tels la réparation d’une poignée de porte, un robinet qui coule, tout nettoyer l’intérieur des coffres, les équipets  et les plafonds, l’éternel combat comme les moisissures, un grand ménage printanier quoi!

C’est dans la joie et la sueur qu’on finit par y arriver.  On s’impose l’inventaire des vivres pour sauver un temps précieux en recherche.  On inscrit dans un cahier spécial où on range quelque chose de précieux hors des yeux;  c’est fou comme on peut oublier ces menus détails dans un espace pourtant si restreint.  Les inventaires sont toujours de rigueur pour le contenu du congélo, du garde-manger, des coffres;  même cinq ans plus tard, les listes sont toujours présentes pour les travaux à faire, les achats prévus.  Finalement la vie de navigateurs est très bien réglée et les temps de détente sont affaire de décision.

Juste quelques jours à Starfish Beach et nous voilà replongés dans la tranquillité d’une île au fond d’étoiles de mer sous un ciel où passent le vol des perroquets, où chaque jour nous réserve une visite matinale des dauphins et au soir tombant, la symphonie des singes hurleurs. 

  

Heureusement il y a encore de ces moments magiques qui nous font dire : « Que c’est beau cette vie! »!