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Mai
Nous avons réussi à quitter St Martin, île magnétique qui nous retenait avec toutes ses facilités. Nous voilà en route vers St Barths, un simple arrêt de repos avant de reprendre notre navigation sur Antigua. Trois heures de navigation et nous jetons l’ancre dans une eau cristalline qui laisse apparaître une grande famille d’étoiles de mer tout juste sous notre coque. Quelques heures de repos à bord et à deux heures du matin, Graffiti, Honah Lee et l’Aquarel reprennent leur route vers Antigua. Étant donné notre cap franc Est, nous gardons voile et moteur durant tout le parcours. La mer est calme et les vents sont légers. Nous prendrons seize heures pour cette traversée et c’est Marco qui barrera tout le long; quel bonheur d’avoir ce pilote automatique à bord qui, sans fatigue, gardera le cap jusqu’à Jolly Harbour. L’aurore est venue avec ses reflets aux couleurs tendres et Galarneau s’est levé de bonne humeur toujours aussi ardent à réchauffer le monde terre-mer. Jolly Harbour est une baie magnifique avec un lagon très calme. Nous y retrouvons une marina, un casino, une épicerie épicurienne, de jolies boutiques, une banque et des restaurants bien sûr. Nous pouvons faire nos douanes ici mais seulement en semaine. Et c’est ici que je voulais revenir car on m’avait montré des coquillages vraiment rares trouvés sur ces plages. Dès le lendemain me voilà à la recherche de ces fameux coquillages. La cueillette est fructueuse et ma collection s’est agrandie. À ne pas manquer pour les amateurs de coquillages !
Nous avons la chance d’utiliser Skype à nouveau; notre ami Michel sur Graffiti nous invite à bord car il capte internet sur le bateau grâce à une antenne. Avec notre portable nous nous rendons sur Graffiti et nous réussissons à parler à nos proches avec un grand plaisir. Et comble de surprise, des amis à nous, Johanne et Claude, pouvant détecter notre présence sur Skype, nous ont appelés sur notre ordinateur à ce moment-là et nous avons conversé facilement avec, en prime, grâce à leur Webcam, leurs mimiques amicales sur notre écran. C’était pour nous un grand bonheur d’entendre toutes ces voix familières.
Changement d’ancrage : Falmouth, on est toujours à Antigua. Quatorze milles de navigation et nous voilà rendus. En ce début mai, ici, les régates Rolex sont en cours. Ces courses s’échelonnent sur une semaine. De nombreux bateaux encore une fois se retrouvent pour participer. Le plaisir est au rendez-vous. Nous avons la chance aujourd’hui dans notre changement d’ancrage de croiser une centaine de bateaux en course. Ils ont déployé leur spi et ils offrent un spectacle merveilleux, ce sont les anges de la mer.
Falmouth est une vaste baie bien protégée qui peut accueillir des centaines de bateaux. À part les plages, la magnifique marina et les services de toutes sortes, il y a bien sûr des restaurants qui offrent le WI-FI gratuit. C’est vraiment apprécié des navigateurs. De plus en plus, nous voyons les navigateurs se promener avec leur portable et se servir d’écouteurs pour entrer en communication. L’annexe bien attachée au quai de la marina, nous voilà en marche pour se rendre à English Harbour. C’est un coin charmant avec ses immeubles restaurés d’un autre siècle. Nous décidons de prendre un « taxi de la mer » qui en dix minutes nous conduit à Calabash Bay d’où nous suivons un sentier pédestre conduisant tout en haut d’une montagne. Une pluie fine puis plus soutenue se met à tomber; aucun abri possible, nous décidons de poursuivre notre ascension. À notre arrivée, nous sommes détrempés mais cette vue panoramique est à la hauteur de nos attentes. Les deux baies, Falmouth, à l’arrière-plan et English Harbour, à l’avant-plan, où des centaines de bateaux sont au mouillage, s’étendent sous nos yeux dans une légère brume de pluie.
Nous prenons notre dîner au restaurant de la place et bientôt le ciel se dégage et permet une vue spectaculaire de ces baies ainsi que des flottilles de voiliers en course. Le temps de redescendre ce même sentier devenu glissant, c’est avec prudence que nous refaisons le chemin inverse en observant ici et là des chèvres de montagnes, toutes étonnées de nous voir dans les parages, des oiseaux aux chants joyeux et des plantes gorgées de pluie. Les derniers préparatifs terminés, nouveau cap, la Guadeloupe. Cinq jours de navigation en vue; cinq mouillages prévus successivement: Deshaies en Guadeloupe, Les Saintes, Portsmouth et Roseau en Dominique et finalement Anse Mitan en Martinique. Nous passons rapidement dans ces mouillages déjà connus; ils nous permettent d’éviter de naviguer de nuit. Nous devons descendre la chaîne des petites Antilles jusqu’au sud de St Vincent avant la fin de juin. Mais nous avons tout de même le temps de prendre un guide en Dominique qui nous amène dans Indian River. Cette rivière débouche dans l’ancrage de Portsmouth et permet une excursion pittoresque. Le guide vient nous chercher sur notre bateau avec son bateau à moteur; il se rend aux abords de cette rivière qui fait partie d’un parc. Nous payons les droits d’entrée du parc, évidemment, et à partir de ce moment notre guide prend ses rames. Nous nous retrouvons dans une rivière sauvage peu large, presque pas de courant, entourée d’arbres géants qui parfois se touchent en leur sommet. Le guide nous parle des hibiscus sauvages dont quelques fleurs se pavanent aujourd’hui à la surface de l’eau; il nous fait remarquer des chants d’oiseaux, des palétuviers de plus de trois cents ans, un iguane endormi sur une branche, des crabes rouges qui se retrouvent en festin sur leurs tables, certains poissons tout à fait nonchalants étant dans une zone interdite de pêche.
Cette balade dans un monde de silence est fort agréable. À chaque méandre de la rivière, les rayons de soleil de cette fin d’après-midi créent des éclaircies nouvelles ou des effets caverneux sur les énormes racines. La Dominique essaie tant bien que mal de mettre en valeur certaines de ses richesses naturelles pour attirer les touristes mais il faudra compter encore plusieurs années encore avant qu’un véritable réseau soit efficient. Des bouts de navigation à voiles, d’autres à voiles et moteur, nous voilà à Anse Mitan; nous y faisons nos douanes et dès le lendemain nous partons vers l’Anse Noire. Réputée pour la plongée en apnée, ses coraux et ses poissons exotiques, nous voulons découvrir ce nouveau mouillage. Petite baie enfouie dans le creux des montagnes, elle offre comme paysage, ces montagnes couvertes de feuillus avec cette plage de sable noir ( étonnant ), tout au centre, bordée de palmiers. J’ai nagé avec une tortue marine qui sous l’eau ne se déplace pas du tout comme une tortue... elles sont plutôt rapides. Je me surprends parfois à penser à l’impression que ces îles ont dû faire sur les grands explorateurs des autres siècles. Aujourd’hui encore nous tombons sous le charme de ces beautés. De l’Anse Noire, nous passons à Grande Anse d’Arlet avec sa plage de sable blanc et fin, ses eaux turquoises et cristallines. Que j’aime la Martinique !! Je crois que j’ai un faible pour cette île sans compter que mon capitaine peut aller me chercher une baguette fraîche tous les jours. Nos démarches de réservations à la marina de Bahia Redonda au Venezuela se finalisent. Cette réservation de la marina se fait de drôle de façon; il faut d’abord envoyer un courriel pour notre demande. À la réception de notre demande, ils nous écrivent les procédures qui consistent à envoyer un chèque personnel par la poste en argent américain dans une banque à Puerto Rico; puis la réservation est confirmée. Les courriels commencent à s’imager de «Muchos gratias ». Nous passons quelques heures à répéter à la volée des mots en espagnol. Nous sommes arrivés au Marin, à un mille de Ste Anne. Nous partagerons les prochains jours entre ces deux ancrages. Le Marin comme escale technique, et l’avitaillement et Ste Anne pour son charme et la détente. La saison des ondes tropicales a débuté. Une onde tropicale est le premier stade dans les perturbations tropicales. C’est une masse de nuages qui s’étend sur plusieurs milles transportant des pluies modérées à fortes et des rafales de vents sous les grains. Isolées, ces ondes tropicales prennent naissance sur la côte de l’Afrique et traversent l’Atlantique sur différentes trajectoires. Nous recevons ces informations par fax météo ou par le réseau du capitaine qui surveille pour nous leur progression au quotidien. Nous pouvons ainsi les situer sur un graphique et voir si nous nous retrouvons sur leur trajectoire. C’est donc une période de l’année où nous augmentons notre niveau de vigilance mais pour le moment, le temps demeure très beau et fort agréable à la navigation. La température de la mer est de 28 degrés; à l’intérieur du bateau, le thermomètre joue entre 26 et 32 degrés. Nous avons loué une voiture pour se rendre au centre d’achats Galeria au Lamentin. C’est un très grand centre d’achats à deux étages qui offrent de nombreuses boutiques très modernes. On peut y retrouver de tout. Puis nous avons fait un saut dans un magasin, Le Bricoleur, qui ressemblait en tous points à un Réno Dépôt, grande surface avec un éventail de produits digne des plus grands magasins. Nous avons clôturé cette journée par une visite à la rhumerie St Clément. Le temps passe et nous devons nous mettre en route bientôt pour Ste Lucie. Nous surveillons notre fenêtre météo. Il faudra dire au revoir à ces îles françaises qui nous ont gâtés de bien des façons. Nous emportons avec nous les odeurs de baguettes françaises et des bons fromages. Nous apportons avec nous quelques découvertes en vins et produits fins. |