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Note : Beaucoup de retard pour mettre le site à jour car nous n’avions pas accès à internet depuis notre départ du Bélize.Début mars 2009Bélize Nous quittons Utila vers dix-sept heures. Nous avons 80 milles de navigation à faire. La nuit tombe rapidement. Les prévisions de vents étaient du NE de 10 à 15 nœuds et la réalité a été des vents du NO de 15 à 20 nœuds. C’était possible de faire de la voile mais le bateau était comme un immense pendule tout le long de notre route, la vague nous arrivant de côté. Il était presque impossible de dormir.Au petit matin nous voyons poindre à l’horizon les premiers îlots de la barrière de récifs du Bélize. Vers 11:30 heures, nous jetons l’ancre à Lime Cay pour un repos bien mérité. Les eaux sont de couleur émeraude avec toutes les nuances de dégradés. Ce n’est pas un truquage, c’est dans le même ton que notre Aquarel.
Le lendemain nous décidons de nous rendre à Tom Owen’s Cay dont l’îlot semble dans les environs, apporter la meilleure protection pour des vents du NO, front froid prévu dans deux jours. Quel beau mouillage sous ce soleil éblouissant! L’arrivée se fait en douceur et sur le pont avant, je surveille la couleur des eaux de notre passage qui se fait entre deux récifs. Il faut s’y habituer, nous naviguerons pour les prochaines semaines à l’intérieur de cette barrière de récifs.
Nous avons un excellent guide pour le Bélize : Belize and Mexico’s Caribbean Coast by Freya Rauscher. Nous sommes seuls au mouillage et nous allons visiter l’île où nous rencontrons Raphaël qui travaille depuis quatre ans à construire un petit hôtel avec quelques pavillons individuels à l’ombre des cocotiers. Très accueillant, il est heureux d’avoir des visiteurs et je lui apporterai un bon morceau de gâteau maison avant notre départ.
Le dimanche soir, le ciel s’assombrit et le vent nous atteint de plein fouet. Évidemment les prévisions sont encore dépassées. L’Aquarel reste bien accroché à son ancre toute la nuit et mon capitaine veillera avec l’alarme du GPS enclenchée car avec des pointes à 40 nœuds et la proximité des récifs tout autour, c’est assez inquiétant. J’aurais aimé que notre îlot soit au moins trois fois plus grand. Mais tout s’est bien passé et le lendemain le soleil était de retour en après-midi; la mer redevenue calme, on croirait que c’était juste un mauvais rêve. Nous reprenons notre route vers Ranguana. C’est un îlot de rêve avec une plage magnifique. Un mini hôtel à peine visible du mouillage y est installé. Nous sommes trois bateaux à profiter de ce décor enchanteur. En fin de journée, un bateau de pêcheur vient jeter l’ancre à l’abri de l’île. Nous allons les voir pour savoir quelle pêche ils ont fait. Nous voulons acheter du poisson frais pour le souper. Ils nous vendent gentiment plus d’une livre de poisson pour 4$ US. De plus ils veulent échanger trois langoustes de ¾ livre chacune pour trois sodas; nous n’avons pu résister. Nous avons mis le poisson au congélo et nous avons déguster ces langoustes fraîches le soir même.
Nous nous dirigeons maintenant vers Placencia où nous devrons faire notre entrée officielle au Bélize, je crois bien que nous y resterons quelques semaines ;-) Après trois heures de voile, nous devons d’abord arrêter à Big Creek, entrer dans une rivière bien balisée. Pour 25$US. les douaniers nous donne un visa d’un mois. Attention de ne pas passer chez les douaniers la fin de semaine ou un jour férié, ils peuvent demander jusqu’à 250$ US pour le même visa. Nous ressortons aussitôt de la rivière pour se rendre au mouillage. Bien situé entre une péninsule de terre et une île, ce mouillage est très confortable et très grand. À notre grande surprise nous y voyons une vingtaine de bateaux voyageurs et toute une flottille de bateau de location de la compagnie Mooring.
Notre première visite à Placencia est très agréable. Une seule route pavée et tout autour que du sable. Des maisons très colorées et très coquettes, de nombreux restaurants, quelques épiceries, quincailleries et des hôtels typiques et d’allure relaxe. Pour ajouter au charme de cet endroit, des palmiers et cocotiers bien sûr tout à côté de nombreux bougainvilliers en fleurs. Un trottoir étroit a été construit le long de la plage avec de petits sentiers menant à la route principale. Le locaux racontent qu’il a fallu trente ans afin de compléter ce trottoir de ciment qui relie la rue principale aux boutiques, à l’école et tout le long des hôtels et des restaurants.
Ce matin, les dauphins sont venus prendre leur petit déjeuner autour de l’Aquarel. Avec leur candeur habituel, ils suivent nonchalamment un banc de poissons qui semblent très appétissant à leurs yeux. La barrière de récifs du Bélize s’étend comme un faisceau Nord Sud faisant place à des sorties vers la mer à des endroits précis. Plusieurs têtes de corail isolées du côté Ouest se retrouvent sur les approches des îlots. À l’Ouest de tout cela le long de la côte un canal intérieur plus profond et très large relie Bélize City à Placencia, sur presque toute la longueur des atolls. C’est idéal pour les amoureux de la voile. Nouveau départ vers Laughing Bird, petit îlot, promesse de plongée tuba magnifique et d’eau émeraude bien sûr. En effet la vue est magnifique mais nous ne pouvons rester car il n’y a pas assez de protection du vent. Nous repartons en scrutant les zones de corail pour nous rendre à South Long Coco Cay suivant notre guide mais notre arrivée se fait un peu tard pour bien voir la passe, nous tentons de nous approcher mais vainement, dans le doute on s’abstient. Alors nous décrivons une large boucle autour d’un récif pour finalement accéder à notre mouillage de façon sécuritaire. Puis se suivront différents îlots tels que Cary Cay , Twin Cay et South Water Cay. Parfois le passage entre deux îlots fait qu’on retient notre souffle car les profondeurs peuvent descendre jusqu’à 1 pied sous la quille; notre cap doit être d’une grande exactitude. Nos yeux sont précieux, les couleurs d’eau nous donnent une bonne référence. Nous recommençons à respirer quand les profondeurs augmentent. Heureusement que les Bahamas nous avaient offert une bonne école dans ce sens.
South Water Cay nous a ravis avec ses palmiers, ses eaux, sa plage, sa tranquillité, un paysage de carte postale quoi! Nous y sommes restés deux jours. Un grand plaisir pour les yeux, une visite inoubliable.
Nous levons l’ancre, quelques autres mouillages dont Bluefield Range à la rencontre des manatees. Ils se font plutôt discrets ceux-là. Puis c’est un arrêt à un îlot du nom de Rendez-vous. C’est le plus beau mouillage de notre séjour. C’est la vraie carte postale, un coin de paradis. Je laisse l’image parler d’elle-même.
Deux jours à vivre loin de tout hors du temps. Mais comme toutes bonnes choses a une fin, on doit reprendre notre cap vers le Nord. En route vers Bélize City. Le mouillage en face de cette ville n’est possible que de jour car le courant ne s’accorde pas avec les vents à l’entrée de la ville. Le soir nous dormirons un peu plus loin près d’une autre île. Peu de choses à visiter dans la ville même. Nous pourrons toutefois s’y approvisionner. Voici une photo du palais de justice, un très beau bâtiment.
Des vents forts sont annoncés pour quelques jours. Nous décidons de nous mettre à l’abri à la Marina Cucumber Beach. Cette marina est très accueillante avec des prix raisonnables. Elle offre plusieurs aménagements tels qu’une glissade d’eau, un bassin d’eau avec trempoline, plage, chaises longues, restau; on offre aux voyageurs des Cruise Ship d’y faire un tour. Alors nous y voyons tous les jours des groupes en promenade. Nous décidons de faire une visite au zoo. Nous prenons le bus local. La visite est très agréable, nous avons la chance de voir toutes les espèces animales qui vivent au Bélize.
Peut-on être plus relaxe?
Le lendemain c’est une excursion avec quelques navigateurs de la marina. Nous nous rendons à Orange Walk, point de départ de notre excursion. Nous prenons un bateau moteur pour nous rendre sur un site de ruines Mayas. Notre guide est vraiment sympathique. Il prendra le temps de s’arrêter afin de nous montrer plusieurs animaux dans leur habitat naturel tels que des crocodiles, des singes, des oiseaux, des tortues et des iguanes.
Durant deux heures nous filerons sur cette rivière pleine de méandres et d’une grande beauté. Puis c’est l’heure du lunch et la visite des ruines. Nous monterons les marches d’un temple ma foi assez haut et nous utiliserons le câblot pour assurer notre descente. La vue en haut est spectaculaire.
Puis ce sera le retour par la rivière qui offre de ces moments magiques tels que cette envolée d’ibis blanches qui précèdent le bateau.
Il y a eu déjà une photo alors que je tenais un œuf d’où un bébé autruche sortait la tête et voici maintenant une primeur, un bébé crocodile sur la main de mon capitaine.
Notre fenêtre météo pour Cuba se présente enfin. Après avoir étudié toutes nos ressources à la recherche de la bonne fenêtre ce qui voulait dire des vents du SE autour de 15 nœuds, pas plus de 20 nœuds, avec une pleine lune si possible, une mer de moins de 6 pieds, pas de grain bien sûr, peu de vent au départ car il y a une passe délicate, en dehors de la fin de semaine car les douanes sont fermées, assez de vent pendant ces trois jours pour permettre une arrivée de jour à Cuba, pas exigeante trop trop, la madame, hahaha!! Donc aujourd’hui dimanche, nous quittons la marina pour nous rendre à Cay Caulker tout près de San Pedro et demain matin en deux heures nous serons à San Pedro, nous pourrons faire nos douanes et partir immédiatement après. Il fait un temps magnifique, le soleil est au rendez-vous ainsi que les dauphins pour un dernier au revoir. Le trajet se fait dans bien peu d’eau aujourd’hui. Sous la quille, la profondeur varie entre 0.2 et 0.3 mètre, parfois 0.0 m., nous savons qu’il reste à ce moment-là quelques centimètres à peine sous l’Aquarel. Le récit de la traversée sera retrouvera dans le journal de bord du mois d’avril.
Au revoir Bélize
Avril 2009 Cuba , Cuba Deux fois car il aura fallu deux départs. Cette fameuse traversée vers Cuba sera longtemps dans notre mémoire. Nous avions pourtant toutes les données mais les caprices de la météo sont parfois imprévisibles. Nous partons donc par un beau dimanche avec des promesses de vents de direction SE dans nos poches. Tout l’après-midi se passe bien, la mer s’agite un peu mais nous sommes sous voile et nous arrivons à garder notre cap NE vers Cuba. En fin d’après-midi les vents forcissent et se tiennent dans les 25 à 30 nœuds avec des rafales. Pas très confortable car ils ont tendance à passer à l’Est et nous avons les vagues dans le nez. Mais nous espérons toujours que ces vents vont se placer et nous changeons de quelques degrés notre cap. Impossible de dormir dans cette mer agitée. Le bateau pique dans les vagues, le pont et même le cockpit à quelques reprises sont envahis d’eau salée. À l’intérieur, les choses ont une forte tendance à changer de place, le plancher est de plus en plus salé, impossible de préparer un repas. Au petit matin, nous faisons le point : notre moyenne 3.5 nœuds après 20 heures de navigation. Avec 420 milles nautiques à faire, nous y mettrons 5 à 6 jours. La décision est maintenant prise, nous nous détournons sur le Mexique. Isla Mujeres ou Cozumel, les deux destinations nous rapprocheront de Cuba. Donc changement de cap, on tourne vers le NNW et nous voilà plus confortables, cette fois le vent nous pousse à une vitesse surprenante. Nous passons de nos 3.5 nœuds à 8, 9 et 10 nœuds que nous maintiendrons tout le reste de la journée avec une demi grande voile et un tiers de génois; nous évaluons qu’à ce rythme nous serons à Cozumel en soirée et nous pourrons dormir à l’ancre. Les vagues nous font faire du surf et je vois des 11, 12 et 13 nœuds sur le GPS du jamais vu à bord de l’Aquarel, j’hallucine quoi! Nous maintiendrons notre vigilance toute la journée et notre pilote a très bien répondu pendant toutes ces heures. À 23 heures, nous jetons l’ancre devant une série d’hôtels, les vents sont toujours présents mais le plan d’eau est protégé. Le lendemain matin, nous nous réveillons dans des eaux d’une grande beauté, nous venons de passer des couleurs émeraude du Bélize aux turquoises soutenus de Cozumel.
Ici c’est très touristique, trois paquebots sont dans leur zone de mouillage à tous les jours. Il m’arrive de rêver d’être à bord de l’un deux, de ne pas me préoccuper de la navigation, de la météo, de l’approvisionnement, d’avoir le confort mais c’est une autre histoire.
Les activités soleil sont multiples, les gens des hôtels et les voyageurs des paquebots en profitent pleinement : plage, moto marine, plongée en apnée, plongée bouteille, pêche en haute mer, tour de bateau fond de verre, journée catamaran, tour de bateau moteur à grande vitesse, planche à voile etc. Nous nous sommes rapprochés de St-Miguel pour descendre à terre au cœur de la ville et faire nos douanes tout en découvrant la place. C’est coloré, animé, des calèches offrent des tours, il y a foule sur la grande promenade au bord de l’eau. Il est vrai que les traversiers arrivent régulièrement du continent avec ses nombreux passagers. C’est un va et vient continuel. Il y a de nombreux restaurants, terrasses et boutiques. La grande place offre des aires d’ombre et de repos.
Nous surveillons fébrilement les rapports de météo deux fois par jour. Les vents sont très forts pendant quelques jours; nous devons attendre. Puis un petit indice, des chances que les vents tombent dimanche soir. Dimanche matin, ils sont toujours là, nous sommes prêts pour un nouveau départ mais nous surveillons. À dix-sept heures, nous n’entendons plus le vent, les rafales, c’est fini, est-ce bien vrai? Il semble que oui. On se consulte, on vérifie encore les rapports météo qui annonçaient cette accalmie jusqu’à mardi. Nous avons 240 milles à faire pour nous rendre à l’île de la Jeunesse, Cuba, trente-six heures à six nœuds en moyenne. Nous pourrions être à l’abri de Cuba quand arriveront à nouveau ces vents. J’ai déjà des positions estimées inscrites aux six heures sur la carte; nous tentons de prévoir quelle portion du parcours nous ferons à voile et si nous avons du retard sur notre itinéraire, le moteur nous aidera à rattraper du temps. La fenêtre est courte mais nous pouvons le faire. Une heure plus tard donc à dix-huit heures, nous levons l’ancre et nous filons cap NE. Nous pouvons faire de la voile jusqu’aux petites heures du matin quand le vent devient faible. Nous devons maintenant faire voile et moteur et cela pour les dix-huit prochaines heures. Nous en profitons pour augmenter le régime du moteur afin de parcourir le plus de milles possible avant mardi. Nous sommes un peu en avance sur mes points estimés, c’est parfait. Mardi matin quatre heures, les vents reprennent, on se remet sous voile et rapidement s’installent des vents de 20 à 25 nœuds du NNO tels qu’annoncés. Les vagues se remettent de la partie évidemment. Mais comme nous sommes déjà protégés de la plus forte houle par la pointe éloignée de Cuba NO , le bateau avance bien, c’est une voile sportive, dans trente milles nous serons sous le vent de l’Île de la Jeunesse et la houle sera encore moins grande. Tout va bien, vers quinze heures nous jetons l’ancre dans un mouillage désert. Nous voilà rendus à Cuba bien fatigués mais heureux d’y être. Une bonne nuit de repos et nous ferons le point pour le reste de notre voyage vers Cayo Largo. Le lendemain, nous nous rendons à Cayo Avalos. Il faut réaliser que nous sommes dans les nombreux îlots au sud de Cuba, îlots non habités où plages et mangroves se bataillent le terrain. L’eau est limpide et ses couleurs turquoise nous enchantent. Nous nous approchons avec précaution de l’îlot car les profondeurs sont à surveiller, nous jetons l’ancre dans 2 mètres d’eau. Le jour suivant c’est Cayo Rosario qui nous attend, là une belle protection des vents et une visite de pêcheurs qui viennent nous offrir du poisson et des langouste pour la première fois. Trop heureux à l’idée de ce festin, nous acceptons quatre grosses langoustes et un poisson en échange d’articles scolaires pour les enfants et de sodas. Leur sourire marque leur contentement et nous alors… Le soir même, nous faisons honneur à ces langoustes délicieuses. Moment insolite À bord, la vie a sa routine quotidienne, il me semblait que nous pouvions tout prévoir sauf… quand je suis entrée dans la cabine arrière cet après-midi, j’ai sursauté et pour cause. Perché sur le rebord d’une petite tablette, un oiseau silencieux, apeuré, probablement à la recherche d’un coin tranquille pour se reposer du vent, le moustiquaire n’étant pas en place, il était là sans bouger. Je me demande depuis combien de temps mais peu importe, il a fallu l’aider à sortir de la cabine, sans heurt. Il hésitait à repartir et même en navigation on a bien vu qu’il avait adopté l’Aquarel le gardant à l’œil pendant un certain temps. Prochain arrêt, Cayo Largo, île de sable consacrée au tourisme. À part quatre hôtels , un aéroport, une marina et quelques boutiques, il ne reste que quelques kilomètres de route ensablée à visiter. Située à 25 milles de la côte de Cuba, ce n’est pas la place pour un bain de culture cubaine, c’est un lieu de vacances uniquement. Mais pour les amateurs de plage de sable blanc ( dont je suis) , d’eau turquoise, de pêche et de navigation, c’est extra. L’accueil à la marina de Cayo Largo par les officiels, médecin, immigration, douanes, capitaine du port, responsables de l’agriculture et la visite du petit chien à la recherche de produits illicites, tout se passe très bien. Ils sont accueillants, polis, respectueux, gentils et ils ont des tas de paperasserie à remplir. On leur offre de quoi boire, ils s’excusent de prendre tant de notre temps. À partir de maintenant nous devrons faire une entrée et une sortie pour chaque port le long de notre itinéraire mais on nous rassure, les procédures sont plus courtes une fois l’entrée internationale faite. Nous profitons de notre passage à la marina pour dessaler le bateau, faire une lessive ( à la main car il n’y a pas de buanderie ici ), un grand nettoyage car nous recevons une visiteuse fort attendue dans quelques jours. Ma sœur Lise, mon fil d’Ariane du Québec, vient nous rejoindre pour deux semaines, nous en sommes très heureux. C’est maintenant une tradition, elle nous visite à chaque année là où nous sommes dans la mer des Caraïbes. Nous marchons jusqu’à l’aéroport et nous l’attendons. Un seul avion arrive à cette heure-là. Petite anecdote : Deux représentantes de tours organisés attendent aussi leurs passagers et l’une s’adresse à nous en nous demandant, à ma grande surprise, si nous attendons Mme Vinet. En fait elle est perplexe car tous les passagers sont déjà attendus dans les hôtels sur sa liste sauf cette dame. Elle s’en inquiète un peu ne sachant trop quoi penser. Je la rassure en lui expliquant qu’en effet ma sœur arrive sur ce vol mais elle est attendue non pas à l’hôtel mais plutôt à bord de notre voilier. On a bien ri car du même élan je prépare un carton avec le nom de l’Aquarel et je m’aligne avec les représentantes pour l’accueillir. Je crois que je l’ai surprise.
Avec sa venue, je reçois les nouvelles de la famille, plusieurs jolis cadeaux si bien choisis, des gâteries pour les anniversaires, des produits pour faire de nouvelles recettes, des articles que nous avions besoin pour le bateau, un approvisionnement de bouquins et de revues en français, notre courrier, quelques médicaments et quelques autres surprises qu’elle ne manque jamais de nous apporter. Nous partageons de très moments ensemble; je me dois de la remercier pour le pâté au poulet dont j’avais si envie, fait sur le bateau grâce à ses bons soins. Nous avons cuisiné ensemble, mangé de la langouste et tant d’autres bonnes choses, « nouillé » devinez c’est quoi, joué à des jeux de société durant nos apéros, lu, partagé de longues promenades sur la plage, visité trois jours Cienfuegos à pied et en boggey, navigué, magasiné, placoté, fait un pique-nique sur un banc de parc, nous avons eu la journée des poulettes, eu des fou rire qui font tant de bien et vécu des journées de plaisir qui nous donnent envie de recommencer dès son départ. Bien sûr mon capitaine nous a suivis dans nos activités et il a été bien gâté avec deux femmes à bord. Lise a bien aimé son séjour, notre piscine dans le banc de sable, la farniente sur la plage, les mojitos, ce cocktail national cubain, les petits oiseaux fureteurs, la pêche du Yellow Tail etc…
La navigation de Cayo Largo sur Cienfuegos est assez longue, il faut calculer 83 milles nautiques avec un arrêt pour la nuit à Cayo Guano Del Este. Ce n’est pas toujours facile de naviguer ces longues heures mais elle s’y prête en toute confiance. Juste à l’Ouest de la baie de Cienfuegos, c’est la Baie des Cochons où une large zone est prohibée pour plusieurs raison stratégique, historique et politique. Vaut mieux éviter ce secteur! Cienfuegos est une des plus vieilles villes de Cuba; tout de charme, elle a une culture et une âme. L’arrivée dans l’immense baie de Cienfuegos permet une vue magnifique sur le Jagua Castle puis nous approchons tout doucement de la marina où nous sommes très bien accueillis. Douche, électricité, eau sont disponibles pour les gens de la marina. Le vieux Yacht Club juste à côté de la marina attire notre attention dans la lumière de cette fin de journée doucereuse.
Le lendemain nous partons en taxi, pardon en boggey, pour nous rendre au centre ville.
Premier arrêt la Place Jose Marti, joliment parée de bancs, de statues, de fleurs voisinant de grands arbres tout autour du gazébo. De là nous découvrons de nombreux bâtiments historiques dont le théâtre Tomas Terry, authentique théâtre du 19e siècle avec ses rideaux de velours rouge, ses sièges en bois foncé et ses loges en fer forgé. De magnifiques peintures ornent le plafond et une sculpture en marbre de son fondateur se retrouve dans l’entrée. Ce théâtre est encore utilisé de nos jours par différents artistes.
Nous cherchons un restau, au premier arrêt, on nous offre le plat du jour qui ne nous sourit pas, au deuxième arrêt, le restau est plus attirant avec son décor de film des années 50, on offre quelques choix au menu. Les plats sont servis dans la plus grande simplicité, une tranche de jambon avec trois morceaux de pommes de terre sans autre légume, pas de pain ni beurre sera mon plat. C’est la sobriété même mais ils font avec ce qu’ils ont. Cela nous remet en mémoire tout le chemin qu’ils ont à parcourir. Notre promenade nous a conduit également au vieux cimetière de Cienfuegos dont les statues expressives gardent la mémoire les gens aimés.
Nous remarquons dans les rues de ces voitures d’âge respectable qui bien entretenues sont de service encore pour de longues années. Les cubains savent récupérer et donner longue vie à leurs choses. Et comment ne pas parler des fameux cigares de Cuba. Des boutiques spécialisées en offrent tout un étalage achetés à l’unité ou dans une jolie boîte.
Notre promenade sur la rue piétonnière avec au centre ses palmiers en pots est fort agréable. Il fait beau et comme chaque vendredi, cette rue se transforme en un étalage de petits kiosques qui vendent de tout, des petites choses pour le quotidien aux objets d’artisanat. Les cubains déambulent de kiosque en kiosque à l’affût d’un bon achat. Les quelques touristes font de même tout en profitant de cette atmosphère très détendue.
De la marina, il est possible de faire une jolie balade sur un grand boulevard tranquille qui nous mène au Palacio Valle. Cette splendide demeure avec vue sur la mer a été offerte en cadeau de mariage à un couple qui espérait sûrement avoir une grande famille. Il faut remarquer le raffinement de l’architecture, les balcons protégés tout autour, les différents étages qui assurent un espace pour chacun et une magnifique terrasse sur le toit où les possibilités pour des réceptions sont à faire rêver de romantisme.
Et cette balade se termine dans un joli parc, La Punta, bien entretenu où calme et propreté règnent en maître. C’est un oasis de repos avant notre retour à la marina.
C’est le temps du retour sur Cayo Largo et les derniers jours de vacances avec Lise sont sous le signe du soleil. Elle emmagasine des images d’eau cristalline, de sable blanc, de plage à perte de vue et elle se prépare à repartir avec des bagages beaucoup plus légers qu’à son arrivée mais remplis de repos, de détente et de couchers de soleil sur fond de mer.
Au revoir petite sœur du Nord
On reprend notre route dans le Sud de Cuba. C’est le lot des navigateurs, nos horizons changent si souvent et les au revoir trop nombreux sont parfois si difficiles à vivre. En ce moment je pense à nos amis de Soliton, Suzanne et Gérard que nous n’avons pas vus depuis longtemps qui sont maintenant en Grèce sur un nouveau bateau le Louisiana. Et voilà que ce matin, j’ai entendu la voix de ma belle Suzanne sur le réseau des Petits Bateaux. Quel bonheur! Il faut à notre tour quitter Cayo Largo. Notre destination, Casilda, dans le but de visiter Trinidad, ville protégée par l’UNESCO. Nous y voilà, seul au mouillage, à proximité d’une minuscule marina et d’une série de grands hôtels. Décidément Cuba foisonnent d’hôtels. Nous organisons notre visite à Trinidad. Un bus fait la navette entre une série d’hôtels où sont les plages et la ville de Trinidad. Hier nous avons parlé avec un sympathique chauffeur, Orete, qui nous attend ce matin pour faire ce voyage. Nous lui avions expliqué aussi que nous avions besoin de faire le plein de diesel dans quatre bidons de 20 litres. Spontanément il nous a offert du même coup d’apporter ces bidons dans le bus où il y a un genre de porte-bagages et qu’au retour il s’arrêterait à une station de service pour nous. Ce matin j’ai préparé un plein sac de petits cadeaux pour sa fillette de 7 ans, articles scolaires, petite poupée, attaches pour les cheveux, brosse à dent dentifrice etc… Trinidad est une jolie ville dont le cœur est réservée aux piétons. Les rues sont pavées; cela nous rappelle Copan au Honduras. Quelques parcs bien aménagés de verdure, des bancs dans les espaces ombragés, quelques familles s’y retrouvent pour profiter de la douceur de la journée. Quelques mots d’entrée en matière ont suffi pour alimenter une conversation avec un couple assis près de nous. Nous utilisons tout notre espagnol pour essayer de comprendre car nous pouvons apprendre ainsi de leur vie. Voyant quelques vieux messieurs qui profitent de ce dimanche ensoleillé pour boire du rhum ensemble dans la quiétude de ce parc, la dame nous explique qu’il y a une tradition à Cuba qui veut qu’à l’ouverture d’une bouteille de rhum, on jette une première lampée à terre avant de boire ce rhum, c’est pour la bonne santé.
Nous nous baladons d’une rue à une autre au fil de nos découvertes. Ici, l’hôtel de ville, là, la cathédrale, des musées, une rue où les artisans offrent leur réalisations, ils espèrent tous faire une vente et ils sont prêts à baisser leurs prix; il faut marchander tout en respectant l’artisan. Dans la rue, on nous accoste pour nous offrir des cigares à bon prix.
Bien sûr tout autour, se côtoient des boggies, des voitures, des triporteurs, des autobus modernes pour les voyageurs des hôtels seulement, des autobus locaux, quelques motos et bicyclettes. Les restaurants sont nombreux et les coûts assez élevés car ils s’adressent aux touristes. Nous avons bien aimé cette visite et de retour au bateau nous sommes déjà à préparer notre départ demain vers Cayo Zaza de Fuera, un îlot sur notre route vers les Jardins de la Reine. Une navigation toute en douceur nous conduit à cet îlot constitué de mangroves à l’image de tous ces îlots. Des pêcheurs viennent à nouveau nous offrir des langoustes. Nous en ferons un festin et plusieurs d’entre elles se retrouveront dans notre congélateur. Une journée de repos et c’est un autre départ vers Cayo Breton. Cayo Breton est la porte d’entrée des Jardins de la Reine. Différents mouillages se suivront dont Cayo Cuervo, Algodon, Cayo Grenada à repérer dans un labyrinthe d’îlots dont les profondeurs d’eau interdisent l’approche de certains. Des passages parfois étroits entre des bouées nous font éviter des hauts fonds après bien des observations sur nos cartes électroniques et autres guides. Les eaux sont d’un turquoise incomparable et les couchers de soleil se font somptueux.
Nos journées passent au rythme de nos navigations, au gré de nos rencontres, aux visites de pêcheurs et à notre quotidien qui implique une grande autonomie. Nous faisons notre pain, le désalinisateur est drôlement apprécié, le lessive se fait à la main, à petite dose, et c’est le temps d’user d’imagination dans la planification de nos repas car les fruits et légumes frais se font de plus en plus rares. Mais on a de la langouste … À partir de Grenada, nous avons fait une longue navigation de 65 heures vers Cabo Cruz. Nous touchons à nouveau à l’île de Cuba. Bien protégés derrière une barrière de récifs, nous passons deux jours à attendre une bonne météo. Nos déplacements se font toujours vers l’Est jusqu’à Santiago, notre point de départ vers la Jamaïque. Une situation fort troublante. Nous sommes habitués maintenant à ce que les pêcheurs viennent nous offrir de la langouste au bateau mais je réalise aujourd’hui que c’était toujours dans les îlots loin de la terre. Ils nous les apportaient en barque en fin de journée. Mais Cabo Cruz est un petit village de pêcheurs sur la côte de Cuba. Hier matin un barque de pêcheurs passent à côté de l’Aquarel et nous demandent si nous voulons de la langouste. Spontanément nous leur disons qu’on aimerait bien en avoir quatre, le congélateur peut encore en prendre. La journée passe et les vents sont très forts en après-midi. Toujours pas de trace de nos pêcheurs, on suppose qu’à cause des vents ils se sont mis à l’abri d’un îlot pour la nuit. À bord de l’Aquarel, l’apéro, le souper, la vaisselle, notre journée s’achève. Il fait nuit, il est huit heures quinze quand nous entendons « Hola! » Nous sortons dans le cockpit pour s’apercevoir qu’il y a deux jeunes hommes avec palmes et tuba dans l’eau à nous interpeller. Ils nous montrent un sac de toile avec six langoustes avec en plus des limes, des piments et de petits oignons en nous disant qu’ils sont les pêcheurs de ce matin. À notre grande surprise ils ont nagé depuis le village jusqu’à nous pour nous apporter ces langoustes. Ils ne veulent pas que nous fassions de la lumière car ils ne veulent pas être repérés par la garde côtière. La situation devient claire. J’ai peine à croire qu’ils sont là; nous devons réfléchir et vite décider comment leur donner des choses en échange qu’ils pourront ramener à la nage sans tout abîmer car bien sûr ils ne veulent pas qu’on les reconduise en annexe. Nous leur offrons quelques sucreries et de quoi boire pour les réchauffer pendant que je prépare quelques vêtements, des casquettes, des articles scolaires ( sans les cahiers), de la plasticine, des brosses à dents, des savons, une petite bouteille de rhum et quelques petits cadeaux pour les femmes et les enfants. Nous emballons dans des sacs Ziploc puis dans deux grands sacs de plastique que nous attachons solidement avec du « Duck Tape » espérant rendre le tout étanche. J’ai peine à croire en la situation, ils ont hâte de retourner à terre et ils disparaissent comme ils sont venus dans le noir de la mer avec leur sac. Cette situation m’inquiète pour eux et le reflet du phare du village illuminant la mer aux cinq secondes crée une atmosphère irréaliste, je crois rêver mais je n’y peux rien. Je réalise à quel point ils ont besoin de tout et prêts à faire de grands efforts pour améliorer leur sort. C’était une situation vraiment inattendue et je me suis promise de ne plus accepter à l’avenir de langouste dans les mouillages près des villages. Quelques escales encore dont certains nous feront réaliser la chance que nous avons de vivre dans de tels paysages.
Je dois dire que mon capitaine se régale vraiment de langoustes qui resteront gravées dans notre mémoire de Cuba. Même les pattes sont méticuleusement vidées!
Santiago, notre dernière escale à Cuba. Notre route des derniers jours nous a offert le plus beau des décors. Nous avons navigué à un demi mille de la côte en suivant de majestueuses montagnes qui laissaient place parfois à une petite plage bordée de palmiers, puis à des falaises abruptes. Ceci nous permet aussi de béninicier du contre courant et nous aide à avancer plus vite.
Le long de cette côte nous arrêterons à Portillo, petit lagon paisible. Une visite éclair à terre et nous rencontrons Johanna qui nous invite dans sa maison et prend plaisir à nous parler de son village, de ces quelques maisons perdues dans la nature aux cours avoisinantes reliées par des sentiers où courent poules, cochons et chiens en liberté. Ce petit village a tout de même une école primaire, quelques produits en épicerie et une clinique. Elle nous offre gentiment des mangues et de retour au bateau nous lui préparerons un sac avec différents produits. Nous devons toujours être discrets quand nous donnons des choses car les gens se surveillent et nous ne voulons pas causer d’impair. À notre prochaine escale, Maria del Portillo, nous avons dû être très vigilants lors de notre arrivée. Le passage pour entrer dans le lagon était très étroit et c’est toujours avec un pincement au cœur que je vois les hauts fonds à fleur d’eau à quelques mètres du bateau. Puis c’est le plaisir de se retrouver au milieu d’un lagon bien protégé, entouré de montagnes. Deux jours passent tranquillement.
L’arrivée à la marina Santiago àPunta Gorda donne lieu à des retrouvailles avec des bateaux français. Le capitaine du port nous accueille en français également à notre grande surprise. Les officiels sont venus nous voir à cinq s.v.p. et finalement ma copine Renée me présente à Pedro qui nous offre de faire quelques achats en fruits et en légumes pour nous. Oui, ici, il y a Pedro qui réussit à trouver sur le marché noir, de belles tomates, des bananes, des œufs, des pommes de terre pour les navigateurs. C’est le moyen qu’il prend pour se faire un peu d’argent. Lors de notre escapade dans la ville où Fidel Castro a fait ses études, un jeune cuisinier de la marina nous a repérés et nous offre de nous guider un peu dans la ville juste pour le plaisir de pratiquer son français qu’il possède déjà très bien. Nous en profitons pour lui poser des questions sur Cuba. Ainsi nous apprenons que les gens travaillent une journée sur deux dans le mois pour permettre à plus de gens de travailler, que son salaire à lui est de 125 CUC i.e. 174$ can. par mois. Que chaque famille reçoit des bons de rationnement pour la nourriture qui habituellement ne sont suffisants que pour la moitié du mois. Le reste du temps ils tentent d’améliorer leur sort soit en vendant des surplus de fruits et légumes de leur jardin ou en faisant de la musique, de la pêche, du troc avec les navigateurs. Bien sûr ils ont les soins médicaux et l’instruction gratuitement, même l’université, mais ils ont tellement de besoins autres, plusieurs maisons n’ont pas l’eau courante par exemple et ils ne peuvent combler certains besoins car les produits de toutes sortes se font rares ou tout simplement sont trop dispendieux pour eux. Il fallait voir la reconnaissance de Maria, la femme de Pedro quand je lui ai donné deux couvertures de laine; elle m’a prise dans ses bras avec beaucoup d’émotion et m’a dit que cela était très important surtout pour ses deux fillettes. Elle m’a montré sur les lits, directement sur le matelas, le drap et une simple couverture. Cela donne à réfléchir. Mais ils gardent le sourire et espèrent qu’un jour leur vie sera plus facile. Demain nous quittons Cuba pour la Jamaïque. Nous avons aimé Cuba particulièrement pour le contact avec les gens, cette grande générosité à tout partager et la sécurité en tout temps partout. Les paysages, la mer et les plages sont d’une grande beauté. Cuba avec son cachet du passé demeure une destination attrayante et pittoresque mais c’est le contact humain qui fait toute sa richesse. Nous décidons de prendre notre dernier dîner au restaurant de la marina avec d’autres équipages. Un buffet est offert aujourd’hui car ils attendent deux groupes de touristes. Un groupe musical formé d’un chanteur, de deux guitaristes et d’un bassiste crée une ambiance fort agréable au son de Cuba. Le temps est suspendu, plus rien ne presse; pourquoi pas profiter de l’instant présent tout simplement.
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