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Novembre 2008C’est le début de notre nouvelle saison de navigation. Bien sûr c’est novembre et la saison des ouragans s’achève à la fin de ce mois mais nous pouvons commencer sans risque à remonter vers l’île de San Andrès. Nous avons hâte de reprendre la mer, de découvrir de nouveaux mouillages sur la côte ouest de la mer des Caraïbes. Ce matin c’est un départ. Nous avons planifié notre route et nous aurons quarante-huit heures de navigation pour se rendre à San Andrès. Il fait soleil, les vents de 15 nœuds sont constants et nous en profitons pour lever les voiles. Sortir du la baie de Colon veut dire se faufiler entre les cargos ancrés en attente de leur passage dans le canal. Aux abords de Colon, les vents sont souvent plus forts mais quelques milles plus loin, ils s’établissent réguliers. Nous tentons de suivre le bon cap mais la direction du vent, NE, ne nous aide pas beaucoup et après quelques heures, nous devons nous résoudre à faire voile et moteur. Nous préférons arriver en plein jour dans un port qui nous est inconnu; de plus nous aimons faire nos douanes le jour même. Il faut également souligner que si nous arrivons samedi, du temps supplémentaire est calculé automatiquement sur nos frais d’arrivée. Déjà à San Andrès nous prévoyons des fais de 100$ US. Alors là nous en tenons compte. Nous avons la chance de naviguer avec une pleine lune, c’est très agréable car nous voyons la mer tout autour. C’est une présence réconfortante durant les longues heures de veille la nuit. L’Aquarel est la tête de file et le serre file en même temps. Deux jours, deux nuits de navigation sans voir âme qui vive. Puis San Andrès apparaît au loin, petite île de verdure. Des bouées de chenal faciles à repérer nous conduisent au mouillage. L’eau est très claire, les dégradés de turquoise réapparaissent. Bien protégés par une barrière de corail et par l’île, les bateaux sont ancrés en face d’un grand hôtel non loin de la ville; les profondeurs sont minimes mais l’Aquarel a moins d’un mètre et demi seulement sous la quille. En fin de journée, sept bateaux voyageurs voisinent de nombreux bateaux locaux au mouillage.
Les formalités d’entrée complétées, nous nous offrons un repos bien mérité. Une petite marina permet d’amarrer notre annexe; nous suivons une promenade sur le bord de l’eau qui s’étire du côté Est de l’île en passant devant une série d’hôtels. Il faut dire que San Andrès est une île qui appartient à la Colombie, donc c’est un endroit de villégiature pour les colombiens. Ils s’y retrouvent nombreux à profiter des plages, des activités sur l’eau et de l’ambiance vacancière. Le jour suivant, la météo nous indique l’approche d’un front froid. Nous assurons nos ancrages et surveillons l’arrivée de ce front qui ne tarde pas à se manifester. Le ciel se couvre, la pluie nous inonde. Les vents forcissent en quelques heures et se maintiendront dans l’ordre des 30 nœuds, on a même enregistré des pointes jusqu’à 42 nœuds. Heureusement que mon capitaine avait décidé de placer une deuxième ancre; on a vu d’autres bateaux chasser en pleine nuit. Nous prenons notre mal en patience et déjà trois jours se sont envolés dans ces mêmes conditions. Chaque matin nous avons nuages, vents, pluie inlassablement. Les jours passent tous aussi sombres les uns que les autres. Nous sommes confinés au bateau sinon c’est la douche obligatoire, … voilà dix jours que cela dure. Cette pluie inonde même la mer, les coussins du cockpit n’en peuvent plus de dégouliner, les hublots s’échappent à l’intérieur. Nos occupations se résument à des activités de cocooning. Nous espérons chaque matin voir un rayon de soleil si timide soit-il. Finalement après douze jours, le vent faiblit et les premiers rayons de soleil se pointent. Il est bon de voir que le ciel bleu existe encore. La vie reprend à bord. Nous avons appris que malheureusement différentes régions du Panama ont souffert à cause de cet énorme front froid. Des dégâts importants sur les routes et les ponts sont constatés. Nous avons vu une photo, d’une route devenue rivière, sur laquelle nous avions roulé lors de notre passage à Boquete. Nous pouvons enfin aller nous promener dans la ville de San Andrès sans détremper nos sandales. Les gens expriment leur joie de retrouver le soleil, la vie se fait plus belle et le bord de la mer reprend ses airs nonchalants. La mer nous laisse voir ses couleurs turquoise encore envahie de gros bouillons au delà de la barrière de corail. Nous ne pouvons naviguer avant que la mer se soit calmée; cela prendra quelques jours car elle a été fouettée passablement par le vent. San Andrès est caractérisé par ses motos. Je crois qu’il faut compter cinq motos au moins pour une voiture ici. Les motos font même du taxi. Il n’est pas rare de voir sur le siège arrière d’une moto une dame en tenue de ville en route pour le bureau ou une autre avec un bébé dans les bras assise derrière le conducteur À midi, la majorité des commerces ferment pour n’ouvrir à nouveau qu’à trois heures et demi. À cette heure la ville s’anime jusqu’au soir, dans le secteur touristique particulièrement, avec ses kiosques de vente de bricoles et souvenirs sur la promenade le long de la plage, les terrasses et les promeneurs de tous âges. Des voiturettes de golf sont également nombreuses dans les rues de la ville. Nous pouvons les louer et visiter l’île de cette jolie façon. En quatre heures, il est facile de suivre la route qui nous offre des vues éblouissantes sur la mer. Il y a peu de voitures sur ce parcours, l’activité est vraiment concentrée à la ville même mais cette promenade nous a fait découvrir de jolis petits coins de l’île.
Certains hôtels se sont dénichés un bord de mer magnifique, ce qui enchante les touristes. Les plages sont longues, blanches et invitantes, lieu de prédilection pour la farniente. Près des hôtels, une rue piétonnière et plusieurs autres avenues offrent quantité de boutiques de toutes sortes. Puisque le temps de Noël vient à grands pas, ils décorent les parcs et certaines rues de personnages ou bien des représentants de la faune aquatique, très colorés, recouverts de papier miroitant. D’énormes crabes, tortues ou langoustes semblent être les porteurs de cadeaux.
C’est à nouveau un temps d’approvisionnement en frais car à partir de San Andrès, nos prochaines escales n’offriront que peu de choix d’ici Roatan. Nous prévoyons un départ sur Providencia dans la nuit de samedi à dimanche. Nous devrons profiter de cette fenêtre météo pour faire cette navigation de douze heures. Un autre front froid s’annonce pour lundi ou mardi. Heureusement que nous avons des sources sérieuses d’informations pour nos météos. C’est si précieux pour les navigateurs et cela fait toute la différence entre une navigation confortable ou éprouvante pour l’équipage. Nous nous sommes déplacés dans le mouillage pour être en retrait des autres bateaux et pouvoir en toute sécurité lever l’ancre cette nuit et s’enfiler entre les bouées rouges et vertes du chenal d’approche de San Andrès. Et en route vers Providencia…
Décembre 2008 3:00 am. Ce matin, nous levons l’ancre sous un ciel étoilé à souhaits. Nous sommes en route vers Providencia, l’île petite sœur du nord de San Andrès. Nous sommes quatre bateaux et nous prévoyons arrivés à Providencia vers quinze heures. La première heure, nous sommes à moteur, cela permet de remonter l’énergie du bateau, d’habituer nos yeux à la noirceur et d’atteindre un point GPS d’où nous prendrons notre cap vers le NE. Puis nous levons nos voiles, trois quarts de grande voile et plein génois. Nous éteignons le moteur ouf! Les vents sont franc Est de 15 noeuds, les vagues de quatre à six pieds sont longues et l’Aquarel semble tout à fait heureux de prendre son rythme vers notre destination. Marco et Polo sont à l’œuvre. Marco, le pilote automatique, tient le cap. Nous filons à bonne vitesse entre cinq et six nœuds sans relâche. Polo, notre ordinateur, grâce à notre programme de navigation nous indique constamment la position de l’Aquarel sur la carte électronique. Notre GPS portatif nous donne de nombreuse indications au fur et à mesure de notre avancée; entre autres, il fait le décompte du nombre de milles qui reste à parcourir avant le prochain point qui est à cinquante-cinq milles plus loin au sud de Providencia. C’est une ligne droite. On ne parle pas de virement de bord sur cette grande étendue de mer. Alors que l’aurore se lève à peine, des dauphins s’amusent autour de notre bateau; ils font de jolies cabrioles de si bon matin. Le vent est fidèle aux prédictions pour notre plus grand bonheur, des heures de voile s’additionnent. Nous surveillons le ciel car quelques grains se pointent à l’horizon, ils sont rapides dans leur déplacement et nous nous devons d’être vigilants. Mais leur trajectoire nous permet de les éviter tout en les frôlant. Leur vent augmente notre vitesse et nous nous permettons des pointes jusqu’à 8.5 nœuds. Nous sommes en avance sur notre temps prévu. Puis terre! Providencia se pointe et notre approche se fait en douceur. À l’abri de l’île le vent continue de nous pousser vers les bouées d’entrée. Nous entrons doucement dans le mouillage et nous jetons l’ancre avec une heure d’avance sur nos prévisions. De jolis palmiers ainsi qu’une végétation verdoyante recouvre cette île montagneuses sculptée en plusieurs mornes. Nous avons le temps de faire notre entrée officielle à Providencia et de profiter d’une baignade autour du bateau. Un sommeil réparateur nous attend. Providencia Île de paix, île de charme, île de verdure, île de couleurs, île de mer bleue, île apaisante, île de bonheur, île de soleil peu fréquentée par les touristes, ce qui est rare dans la mer des Caraïbes, je la contemple et je la qualifie d’île « bonbon ». Peu grande, petite sœur de San Andrès, elle côtoie la toute petite île de Santa Catalina; elles sont reliées par un pont pédestre en bois aux couleurs lumineuses. Nous avons fait le tour de l’île Providencia en moto, ce fût un plaisir rafraîchissant. Nous avons découvert de jolis coins panoramiques, des gens souriants, des hôtels tout petits mais mignons, de tranquilles plages de sable, des maisons coquettes débordant de couleurs, une végétation omniprésente somptueuse.
Imaginer Providencia c’est … _prendre une base solide pour une maquette de forme un peu ovale avec une baie ouverte à l’Ouest seulement, _placer du papier miroitant aux couleurs turquoises tout autour, _pour le centre de l’île, déposer de grosses montagnes dentelées et feuillues parsemées de palmiers _construire une route qui ceinture l’île, _prévoir quelques grandes plages sablonneuses face à l’Est, _ créer un seul petit village avec des maisons de toutes les couleurs, des églises, des épiceries, une place centrale, _quelques hôtels qui se fondent dans la nature sur le parcours de la route ceinture, _une large promenade piétonnière sur le côté Santa Catalina et près du village, _coller de nombreux bancs et des lampadaires à espace régulier sur la promenade, _des bosquets de fleurs autour de maisons, _sur la route, de nombreux scooters, une camionnette rouge, une bleue et quelques voitures, _quelques vaches en flanc de montagnes, _des oiseaux bien sûr, des lézards et gardez en réserve quelques maringouins pour la fin du jour, _ajouter quelques chiens bien portants endormis, _un terrain de basketball, _deux parcs de jeux pour enfants, _des clôtures peinturées aux couleurs de l’arc –en ciel, _des minois d’enfants heureux ou rêveurs, _des gens sur les balcons qui nous saluent, _quelques barques de pêcheur, _sept voiliers au mouillage, _un quai pour les petits cargos d’approvisionnement une fois semaine, _ajouter une toute petite île ( Santa Catalina ) reliée à Providencia par un pont piétonnier de bois peint en bleu, pêche, vert et jaune, _deux, trois canons vestiges d’un temps passé, _une madone sur un promontoire de Santa Catalina…
et vous aurez une bonne image de Providencia. Pour aider au visionnement voilà nos meilleures images de la journée.
En attente d’une bonne fenêtre météo pour un départ vers Roatan. Il reste 385 milles nautiques à parcourir. Deux escales, d’abord Vivorillos à 194 milles si le temps le permet puis 155 milles plus loin Guanaja qui fait partie des Bay Island. Dans l’Ouest de la mer des Caraïbes, ce qui fait une grande différence, ce sont les distances entre les mouillages. Presque à tout coup cela implique une ou deux nuits de navigation; nos fenêtres météo sont d’autant plus importantes. Samedi matin, six heures du matin, c’est le départ avec des vents du NE de 15 à 20 nœuds. Nous prévoyons arrivés près des récifs sur le banc du Nicaragua dans 24 heures et pouvoir par repérage visuel confirmer notre position. Malheureusement nous arrivons trop tôt, vers 5 heures et il fait très noir; nous décidons toutefois d’ajouter le moteur à la voile afin de demeurer fidèlement sur notre route malgré le courant qui nous pousse. Tout se passe très bien. À 19 heures nous arrivons à Vivorillos, trois îlots tout petits dans un récif où nous mouillons pour la nuit avec un autre bateau canadien. Nous sommes protégés des vagues mais pas du roulis; heureusement après ces 37 heures de navigation, la fatigue l’emporte et nous dormons quelques heures. Lundi matin, 7 heures, nous levons l’ancre à nouveau avec une belle météo pour la journée. Nous changeons de cap à partir de Vivorillo, nous fonçons vers l’Ouest. Les vents sont favorables et nous voilà partis pour un autre 28 heures de navigation. Quelques grains se pointent autour de nous mais nous avons la chance de les éviter. La nuit nous offre une lune presque pleine, ce qui est toujours très agréable. Vers 11 heures, nous arrivons à Guanaja où déjà une dizaine de voiliers sont au mouillage. Tous ces bateaux connus qui nous précèdent dans un trajet ou dans un mouillage nous donnent de précieux points GPS ou des informations fort pertinentes. C’est l’entraide légendaire entre navigateurs. Guanaja est une grande île entourée d’îlots. C’est une île verte où poussent de nombreux pins. Il est étonnant de voir que la majorité de la population vit non pas sur la grande île de Guanaja mais sur un îlot au sud nommé Bonacca Cay. À Bonacca Cay, quelques arbres seulement, pas de route, pas de voiture, que des maisons côte à côte et des trottoirs qui les relient couvrant ainsi l’espace complet de l’île. On raconte qu’il y a une centaine d’années, une épidémie de moustiques a poussé les gens de l’île à se réfugier sur cette îlot mieux ventilée. Ils y sont restés et au fil des années se sont installés les épiceries, marchés et services locaux. Depuis l‘approvisionnement venant du continent arrive aux quais de Bonacca Cay. Aujourd’hui, il y a bien sûr des résidents sur Guanaja dans la montagne et au bord de l’eau mais ils doivent se rendre à Bonacca Cay pour leurs achats. Et pourtant Guanaja est une grande île avec un petit aéroport. C’est étrange. Nous prenons quelques jours de repos. Avant de repartir de Guanaja, nous allons passer une journée à Josh Cay. À l’abri de la barrière de corail, Josh Cay appartient à un particulier qui y a installé un petit resort avec quelques chambres. Tout est coloré à souhait; ses tables de pique-nique, son restaurant, et même ses troncs de palmiers. L’accueil est chaleureux. Il nous invite à se promener sur son île, nous indique les endroits de plongée, les eaux sont transparentes et comme nous sommes dans le temps de Noël, les lieux sont décorés entièrement de minis lumières rouges. En soirée, du bateau, devant cette magie, nous nous laissons bercer par un vent léger.
Le jour suivant les conditions de météo sont parfaites pour nous rendre à Roatan. Les vents légers de 8 à 12 nœuds, le soleil mur à mur, la mer calme, nous quittons Josh Cay avec regret mais la journée qui s’annonce sera un vrai bonheur. Et effectivement une journée de voile parfaite pour finir ce périple; Nous sommes uniquement sous spi ( ce qui est rare) toute la journée. Nous laissons l’Aquarel avancer avec cette petite allure durant les huit heures du trajet. Nous enlignons les bouées d’entrée de la Marina Parrot Tree. Nous voilà à Roatan. Cet arrêt obligatoire à la marina a sa raison; la soudure d’une patte de notre arche a cédé en cours de route. Grâce à la radio à ondes courtes, toutes les démarches pour trouver un soudeur ont été faites. Peter de la marina a été d’une grande aide. Dès le lendemain la soudure est en place mais quel travail pour mon capitaine qui a dû vider la cabine arrière qui donne accès au coffre arrière bâbord où se trouvent les boulons de la base de cette patte car il fallait enlever les fils du radar et de la radio à l’intérieur de cette patte tout en y laissant un guide. Et de plus il a fallu débrancher les batteries qui sont évidemment dans le fond du coffre à tribord. Le jour suivant, tout remettre en place, trois jours s’étaient déjà envolés. Mais cette marina toute nouvelle nous a bien accueillis en nous offrant tout le luxe des douches chaudes, de l’accès à l’internet et un prix de lancement non négligeable de cinquante sous du pied par jour. |