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Septembre 2008Souvenirs : En pensant à certains de nos amis navigateurs, où sont-ils donc en ce début de septembre?
Suzanne et Gérard de Soliton sont au Québec. Géraldine et Jeoff de Blue Dawn sont au Pérou. Christine et Franz d’Aquarius sont en Equateur. Jennifer et Drury, Always Sunday sont à Bocas del Toro Fanfan et José, du bateau Amuitz sont dans les pays basques. Daphnée et Éric, du bateau Voyage sont en France. Marlene et Mike, Drumbeat sont au Guatemala. Helmuth et Renata du bateau Naku’alofa sont dans le Pacifique. Francine et François de Captain Punch sont aux Marquises. Rachel et Arthur de Jonalisa sont à Bequia. Michel, de Graffitti est à Trinidad. Viviane et Jean-Jacques du bateau Belladona sont moitié en Méditerranée et moitié au Venezuela. Claude et Maryannick du bateau Chenapan sont en Calédonie.
Tous ces bateaux et la liste pourrait s’étirer encore et encore, avec qui nous avons fraternisé, voguent vers de nouveaux horizons. Le partage d’instants fabuleux, le temps d’une rencontre chaleureuse, d’un apéro sous le signe de la bonne humeur, les récits d’aventures partagés, les heureux tout autant que les douloureux évènements de nos vies durant lesquels le soutien de chacun apporte un baume. Que de beaux souvenirs d’émotions et d’entraide et que de rires!
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Au quotidienNous sommes toujours à Bocas del Toro; bien abrité des ouragans, décidément c’est un coin qui nous enchante. De petites idées nous trottent dans la tête mais ce n’est pas encore le moment d’en parler. Pour l’instant nous passons ce mois de septembre à bricoler, à bichonner l’Aquarel, à planifier un joli séjour à Tania, la sœur de Robert qui vient nous visiter à la fin du mois. Pour une semaine, nous avons changé de mouillage pour nous rendre à nouveau en face de la plage de Starfish Beach que nous aimons bien. Loin du bruit, de la foule, des moments tranquilles nous y attendent. Chaque jour nous consacrons quelques heures à nos travaux tout en se gardant nos après-midi pour la baignade, l’exploration, la plongée en apnée, la lecture, nos parties de scrabble et nos tranquilles apéros à observer le vol des perroquets ou à attendre le passage des dauphins.
Le ciel se fait chagrin certains jours mais cela nous permet de ne pas manquer d’eau douce. Comme le temps file quand nous sommes concentrés à nos tâches. Le jour de l’épissure, pour certains c’est sûrement intrigant, pour les autres, ils sont au courant. Il fallait changer la drisse du spi, cette grande voile que nous utilisons à l’occasion. En partant du cockpit, cette drisse passe par des passages secrets pour se rendre à la base du mât, elle entre dans le mât et ressort dans le haut pour redescendre cette fois à l’extérieur et s’attacher à la base grâce à un mousqueton. Cela peut paraître tout simple mais ce n’est pas le cas. Donc il fallait que l’extrémité de la nouvelle drisse soit attachée à un bout de l’ancienne ( couture et ruban adhésif ) pour permettre à cette nouvelle drisse de suivre le chemin alors que l’on retirait doucement l’ancienne. Une étape de l’audacieux travail était franchie. L’épissure devenait le réel défi; cette méthode pour former une loupe à une extrémité d’un câblot, renfermant le mousqueton, et dont le travail fini ne laisse paraître aucun brin est complexe et je me devais de suivre les étapes minutieusement : marquage à des distances précises sur la gaine et sur l’âme du câblot, introduire une section de la gaine amincie dans l’âme et une autre section de l’âme dans la gaine selon le marquage des points de couleur. Alors à vos marques, cahier d’explications, aiguille à épissure, crayons marqueurs, fil, ciseaux, ruban adhésif, une grande concentration est nécessaire et une heure plus tard, le résultat est satisfaisant; elle est réussie cette épissure et sa surliure en vert lui donne un petit air coquet. Cette loupe peut maintenant subir une très grande pression sans jamais lâcher.
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Mésaventures : Dernièrement nous avons eu des nouvelles du bateau Dream Odyssey, Roy et Michel ont vécu malheureusement une attaque dans le Rio Dulce; ils étaient au mouillage près d’une marina accompagnés de deux autres bateaux. Des malfaiteurs ont pénétré dans le bateau alors qu’ils regardaient un film le soir. Ils les ont ligotés et bâillonnés sans les molester heureusement, ils ont volé pour dix-sept milles dollars d’équipement à bord. Cela porte à réfléchir à coup sûr. Ébranlés, ils ont tout de même repris leur vie en main et ils ont décidé de ne pas se laisser abattre et de continuer leur projet qui était de se rendre en Europe avec leur bateau. Cela prend beaucoup de courage pour ne pas démissionner mais avec le temps la confiance revient et il faut se dire que de tels évènements arrivent dans tous les pays du monde sur terre, forcément et sur l’eau aussi à l’occasion. Il ne faut jamais baisser notre garde. Un autre évènement au Vénézuela, il y a quelques jours, a pris une tournure tragique alors qu’un capitaine a été tué. À son retour le soir sur son bateau, il a surpris des voleurs. Malheureusement ce bateau français se trouvait sur la côte du continent près de Caracas où le danger est plus marquant. Il est sûr que nous avons une grande compassion pour eux ; c’est un drame horrible et on ne peut imaginer que cela arrive vraiment. Ils ont besoin d’aide, là la situation est très compliquée; cela nous attriste beaucoup. Cette sécurité que les navigateurs recherche, il est difficile d’en connaître les réelles limites. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous protéger, être à l’écoute, se renseigner, suivre les conseils, laisser le moins de place possible au hasard. Ce n’est qu’à ce prix que nous obtenons une relative sécurité mais il s’agit parfois d’être au mauvais moment à la mauvaise place et tout s’écroule.
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Soirée amicale : Ce soir nous sommes invités sur le bateau Always Sunday. Nos amis, Jennifer et Drury, sont venus nous rejoindre à Starfish Beach. Nous partageons les mêmes plans de navigation pour la prochaine saison. Sûrement nos routes se croiseront à différentes étapes. Et ce soir c’est un dîner sous le signe de la bonne humeur qui nous rassemble. J‘ai préparé le dessert, ces barres aux dattes et canneberges à l’orange sont délicieuses. Avec ce festin au filet mignon, salade verte et salade de pommes de terre accompagné d’un bon vin, la soirée est très agréable.
Quelques petits bonheurs de Bocas : À Starfish Beach, dans le silence de cette baie alors que les bateaux de touristes sont repartis, le crépuscule nous permet d’entendre le cri des toucans et vers dix-huit heures, c’est le retour quotidien au bercail des perroquets dont le vol et le cri sont révélateurs. À huit heures le matin, il y a un net, c’est- à dire un rendez-vous pour les navigateurs sur la radio VHF pour connaître la météo et c’est le temps de partager diverses informations. Tous les matins, l’animateur demande aux bateaux à l’écoute de signaler leur présence en nommant leur nom de bateau et l’animateur répond « Good morning » car tous ces nets sont en langue anglaise. Robert s’annonce habituellement mais quand c’est moi, l’animateur dit avec son accent charmant « Bonjour Aquarel » car ils savent que je suis québécoise, la seule d’ailleurs dans les environs. Cela fait plaisir!
Arrivée de Tania : Vers la fin du mois de septembre, c’est le retour à la marina de Carenéro. Dans une semaine Tania sera là. Nous nous activons aux derniers préparatifs. Déjà mercredi nous partirons sur David afin de l’y accueillir car son séjour commencera par quelques jours dans l’environnement de Boquete et de David avant de revenir ensemble sur l’Aquarel pour le reste de son séjour. La voilà enfin et c’est avec un immense plaisir que nous passerons quelques jours avec elle à Boquete en lui faisant découvrir des coins charmants.
Un bain de nature l’y attendait, des paysages pittoresques, des chants d’oiseaux dès l’aurore et une flore omniprésente. Même si c’est la saison des pluies, les orages se font présentes surtout en soirée et les matins sont plutôt ensoleillés. Ce qui n’empêche en rien la végétation d’être luxuriante et de nous offrir ses couleurs resplendissantes.
Un souper à Punta Caracol, un resort sur l’eau de style polynésien, nous a ravis. L’accueil a été des plus chaleureux et la maîtresse des lieux nous a demandé si nous avions besoin de quelque chose à bord; j’ai osé lui dire qu’un pain nous comblerait, ce qu’elle nous donne aussitôt sans demander rien en échange. Cette soirée a été mémorable dans ce décor exotique grâce au service attentif, au délicieux repas servi à la lueur des chandelles dans une ambiance de calme avec musique en sourdine. Puis c’est le retour sur l’Aquarel, en annexe, dans la noirceur totale. Le sommeil vient rapidement car nos journées sont remplies d’activités plein air. De là nous allons nous rendre à l’île de Bastimentos à la voile. Une excursion sur un sentier en montagne nous conduit à la plage Red Frog Beach. Nous profitons des vagues pour prendre un bon bain de mer. Le lendemain ce sont déjà les préparatifs pour son retour au Canada. Tania repart avec plein de jolies images dans la tête de Bocas del Toro et de Boquete. Les consulter lui permettra d’oublier les longues soirées de l’hiver prochain.
Octobre 2008Anecdote. Ce matin nous avons bien ri. Il y a quelques jours, au net du matin, un capitaine annonçait qu’il s’était fait volé durant la nuit son ordinateur. Il n’a pas l’habitude de fermer son bateau et cela était possible quoique depuis notre six mois de séjour à Bocas rien de tel n’avait été rapporté. Il a dû se rendre au bureau de la police pour déclarer ce vol. Ce matin ce même capitaine rectifie la chose au net. Il raconte qu’il a retrouvé son ordinateur dans le four de la cuisinière. Explication, lors d’un orage il avait placé son ordinateur dans le four comme le font plusieurs capitaines afin de les protéger si jamais la foudre touchait le bateau. Mais il avait oublié ce geste; alors c’était plutôt drôle d’entendre ce capitaine annoncer le non-vol de son ordi et qu’en plus il devrait faire la démarche auprès des policiers afin de leur expliquer cette situation. Il aura besoin de son dictionnaire espagnol pour sûr. Hahaha!!! ………………………………………………… Quitter Bocas Del Toro n’est pas facile! Quitter tous ces gens que nous avons connus en leur donnant rendez-vous l’année prochaine, ce n’est pas facile non plus mais une saison de navigation nous attend et reprendre la mer réveille en nous ce plaisir des grands espaces. Nous avons levé l’ancre ce matin pour nous rendre d’abord à Zapatilla, trois heures de navigation à moteur sur une mer calme, Zapatilla qui est à l’entrée de l’archipel de Bocas del Toro. Une dernière nuit avant d’entreprendre les cent vingt milles qui nous séparent de Colon. Jolie plage, nous sommes seul à en profiter mais un gros nuage de pluie nous force à retourner au bateau.
Sept heures le lendemain matin, nous voilà en route toujours sur une mer calme et oui.
Vers midi nous passons tout près de Veraguaz où nous décidons de nous arrêter pour un peu de repos. Ce mouillage devant Booby Cay est charmant.
Le temps d’un dîner, d’une baignade dans des eaux bleues limpides, une douche et nous repartons; nous prévoyons arriver à Colon demain midi. Vers seize heures le vent se lève et nous permet de faire enfin de la voile. Toutes voiles dehors, le plaisir de retrouver ce vent qui fait avancer notre Aquarel est toujours aussi présent. Un petit clin d’œil, les dauphins viennent nous dire au revoir, à la prochaine. Au coucher du soleil, le vent faiblit et nous oblige à remettre nos voiles de fer. Notre équipement de nuit est bien en place, harnais, lignes de vie et nous commençons nos quarts; comme d’habitude vers vingt heures, je me couche jusqu’à minuit, heure où je prends mon quart. Nous sommes chanceux car c’est soir de pleine lune, donc nous voyons très bien la mer au loin et durant toute cette nuit, nous n’avons vu aucun bateau, si petit soit-il et le radar confirme nos dires. Robert tente de dormir un peu mais son instinct de capitaine le limite à peine à une heure de repos et le voilà éveillé prêt à reprendre un quart. J’en profite pour gruger encore quelques heures de sommeil et vers cinq heures je suis à nouveau dans le cockpit car j’aime voir le lever du soleil, heure sublime de beauté apaisante. Vers six heures, le vent se lève et passe en peu de temps de 10 à 15, 20 et 25 nœuds. Les voiles sont déjà en place, on éteint le moteur et pour les prochaines heures, ce sera de la voile sportive. Heureusement, notre cap nous permet de prendre les vagues sans heurts et le bateau file à vive allure même si nous avons décidé de ne prendre qu’une demie grande voile et deux tiers de génois. Durant six heures, le vent ne faiblit pas et nous approchons de Colon dans les temps prévus. À un mille de l’entrée du port, Robert annonce notre arrivée au capitaine du port et demande la permission de prendre le passage, ce qui nous est accordée à la suite d’un cargo. Nous nous dirigeons vers le mouillage non loin du Yacht Club où une vingtaine de bateaux sont ancrés. Nous changeons de décor bien sûr, ici dans le port, les cargos sont omniprésents et tout près du mouillage se côtoient de petits voiliers, de grands voiliers, des paquebots, des bateaux de la garde côtière, des remorqueurs et des bateaux à moteurs.
Oui l’Aquarel est bien là au mouillage, mais non! Pas le gros trois mâts, il n’a pas pris tant de poids, mais le petit à droite au loin.
Depuis Bocas, cent trente-cinq mille parcourus. Nous avons besoin d’une bonne nuit de sommeil, ce qui ne va pas tarder. Nous passons l’après-midi à relaxer, mon capitaine se présente pour faire son entrée officielle à Colon ( ici au Panama, on doit faire une entrée et une sortie à chaque port) et à dix-neuf heures, nous tombons dans les bras de Morphée pour un douze heures d’affilée. Dans trois jours ce sera le carénage, nous referons une beauté à l’Aquarel; les rendez-vous sont fixés. Notre sortie de l’eau se fera lundi à Shelter Bay marina. Cette marina nous est connue car nous y sommes restés au printemps dernier ainsi que durant le temps du tournage du film de James Bond, Quantum of Solace. Lundi matin, il est temps mon bel Aquarel de rentrer au salon d’esthétique. Ce chantier nous attend de bon matin. À notre arrivée, ils sont là, les gars à nous attendre ainsi que deux couples d’amis pour bien arrimer nos amarres, quel accueil! Sagement notre voilier se laisse emprisonner entre les courroies de leur énorme élévateur qui prendra soin de le sortir de l’eau doucement. Un plongeur est à l’eau afin de s’assurer que les courroies ne s’appuient pas sur la roulette de l’indicateur de vitesse puis arrive le moment où le voilier est déposé sur des pattes avec une infinie précaution car sur terre un bateau devient sensible aux contorsions. Tout va bien, le bateau ne craque pas de partout et les portes ferment bien, signe qu’il est bien installé confortablement. Le capitaine a suivi tout le processus avec attention bien sûr.
Déjà le travail va bon train. Le nettoyage de la coque, le sablage, la peinture de base sur la quille et la première couche de peinture antisalissure, tout cela est complété dès le lendemain. Pendant ce temps mon capitaine a sablé et repeint la ligne verte qui suit la ligne de flottaison et remplacé l’autocollant argenté qui lui donne son air coquet. Nous passons rapidement au travail à faire à la poupe. À ce rythme, dans trois jours nous serons de nouveau à l’eau. Pendant ce temps, l’intérieur est astiqué, les cales sont nettoyées et les boiseries reprennent du reluisant.
Vendredi matin, l’Aquarel retourne dans son élément naturel. Tout s’est bien passé et dans les temps prévus. C’est pas mal comme décor, il y a pire que l’environnement de ces grands palmiers pour les durs travaux. Mais quelle joie que d’avoir notre petite unité d’air climatisé, cela permet un repos plus réparateur car on imagine facilement qu’il fait chaud dans les parages. Nous prenons une place au quai de la marina. L’équipage a maintenant la liste des travaux à poursuivre et doit aussi prendre un peu de repos. La fin du mois vient vite. Nous devons préparer nos navigations. Notre prochaine destination est San Andrés; c’est une île colombienne au large du Nicaragua. De nouvelles découvertes nous y attendent et reprendre la mer nous fera le plus grand bien. |