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AUTOMNE 2009

                        

Maintenant que nous avons bouclé la boucle de 6 années de navigation dans la mer des Caraïbes,

on se prépare à une nouvelle aventure.

 

Mais avant d’en ajouter plus je veux encore parler de ce magnifique voyage que nous faisons.

Nous avions préparé ce voyage pendant de longues années en se disant qu’au moment de la retraite nous

allions partir vers de nouveaux horizons. Larguer les amarres en 2003 n’a pas été facile; laisser

famille et amis au pays et partir vers la découverte à bord d’un voilier qui allait être notre maison

flottante.  Cette aventure allait être pleine d’imprévues, de surprises, de moments d’extase, de

solitude, de partage avec d’autres navigateurs, d’apprentissages et de découvertes de toutes sortes. 

 

Il a fallu apprivoiser l’idée de l’éloignement du pays et de l’immensité de la mer.  Pour chaque pays

(île), on devait bien s’informer des procédures d’entrée et de sortie pour être en règle, chercher les

douaniers parfois tout près des mouillages, parfois si loin qu’on devait les rejoindre en taxi.  Il existe

beaucoup de contraintes de nature différente selon les pays pour les permis de navigation et les visas

de séjour.  Que de temps passé à repérer les épiceries, les buanderies, les magasins d’accastillage, les

cafés internet et les bons restaurants!  Partout nous avons fait connaissance avec des navigateurs

venus de par le monde; les amitiés  se lient très rapidement et l’entraide est omniprésente. 

 

Ce nouveau mode de vie  nous a permis de renouer avec les vraies valeurs, d’observer une nature

généreuse, de faire des rencontres formidables avec des personnes qui vivent parfois très loin du

monde moderne connu.  Leur accueil  était cordial et chaleureux. 

 

Bien sûr il a fallu aussi gérer des situations plus délicates.  Avoir en tête que la sécurité à bord doit

être une priorité et malheureusement nous devons vivre cette grande liberté en tenant compte de ces

risques;  ici je parle des possibilités de piratage à bord, de la prudence en tout temps quand nous

descendons à terre.   Écouter les mises en garde, ne pas s’isoler, avoir les yeux ouverts et même si la

tentation est forte de ne pas  fermer et barrer le bateau quand on quitte ou d’omettre le cadenas sur

l’annexe alors que nous sommes sous le charme des lieux, il faut s’astreindre à ses règles de prudence.  

Ainsi nous avons évité certains problèmes dont nous ne connaîtrons jamais le nombre.  Il ne faut

surtout pas courir après le trouble.

Déjà ce genre de voyage apporte son lot d’impondérables et exige une dépense d’énergie incroyable. 

Vivre sur un bateau dans l’eau salée représente une lutte continuelle contre la moisissure et les effets

de l’air salin, donc énormément d’entretien.  J’en ai assez parlé dans mon journal de bord au fil du

temps. 

 

Je continuerai à parler de la beauté de ce qui nous entoure, d’endroits fabuleux parfois accessible

qu’en bateau privé;  nous avons cette chance inouïe de visiter de ces endroits encore vierges et déserts

où la nature a tous ses droits. 

Les levers de soleil en navigation, les clairs de lune par mer calme, les dauphins qui nous font la joie

d’une visite imprévue, les étoiles de mer qui créent parfois un tapis sous notre quille, cette mer aux

multiples visages qui commande le respect, ce ciel étoilé qui sans les lumières des villes se laisse

admirer si facilement, tous ces petits bonheurs restent marqués dans notre mémoire.

 

Depuis le mois de juin nous sommes de retour à Bocas del Toro.  Juillet a été pour nous un mois complet

de voyage au Québec.  De retour en août, nous avons travaillé très fort sur le bateau pour lui

redonner un air de jeunesse.  Nous avons en tête de le vendre l’année prochaine.  D’autres s’en

serviront à la conquête de leur rêve. 

 

Pour le moment nous nous préparons à partir pour les San Blas, ces îles si exotiques du Panama.  Les

prochains mois d’hiver nous flânerons dans ces eaux afin de faire provision d’eau turquoise, de sable

fin et blond.  Nous nous laisserons bercer par notre Aquarel encore et encore.

 

Mais que s’est-il donc passé cet automne avec nous ?

 

À part ces longs travaux, nous avons exploré un peu Bocas del Toro et nous avons découvert une

nouvelle marina, Red Frog Marina, sur l’île de Bastimentos.  Cette nouvelle marina fait concurrence aux

deux autres existantes;  elle offre un meilleur prix de lancement cette année.  Très bien protégée et

loin des bruits de la ville et de toute la circulation sur l’eau, cette marina a intérêt à se faire

découvrir.  De plus à dix minutes de marche, une très jolie plage s’offre pour la randonnée et ses

vagues déferlantes invitent à jouer dans l’eau mais prudence, cette plage peut être dangereuse par

grande marée.  Nous y avons passé un agréable après-midi de soleil.

 

                                                                                

                                                           

                                                                                                                          

 

 

Octobre  a été aussi un autre mois de voyage.  Le bateau en marina, nous sommes partis pour Victoria au Canada et San Diego aux États-Unis pour des visites familiales.  C’est du sport en partant de Bocas del Toro pour se rendre d’abord à Panama City puis poursuivre ce voyage.  Onze vols planifiés, faut le faire!
 
Au retour nous sommes en attente d’une nouvelle grande voile qui nous vient du Texas et d’une nouvelle banque de batteries.   Décidément il est temps de partir de Bocas car cela n’en finit plus.  
Je continuerai aussi souvent que possible à envoyer le journal de  bord durant la saison qui vient.
 

Notre but au départ en 2003, c’était deux ans de navigation pour ensuite évaluer la situation. Le temps a passé et au bout de deux ans, en 2005,  nous avons réalisé que nous n’étions pas rassasiés, on en voulait encore.  Deux de plus dans les Antilles nous ont comblés.  En 2007,  l’appel vers l’Amérique du Sud s’est fait sentir.  Le contact avec les autres navigateurs, leurs expériences, nous ont attirés.  Donc la grande décision de partir vers l’ouest a été prise. D’aventure en aventure, nous prenions de l’assurance et nous avancions toujours; du Venezuela, à Bonaire, Curaçao, Aruba, nous sommes arrivés en Colombie où la vieille ville de Carthagène ainsi que son histoire nous a conquis. Puis nous avons fait notre entrée au Panama par les San Blas.  Plus tard Colon où de nombreux bateaux attendent leur heure afin de traverser le canal, c’est là que l’Aquarel a fait partie de la flottille des figurants dans le film Quantum of Solace ( James Bond )  et nous avons fait la très belle expérience de la traversée du canal comme équipiers à bord du bateau Aquarius, nos amis Christine et Franz.  Il était décidé que nous ne traverserions pas avec l’Aquarel dans le Pacifique. 

 

Nous avons poursuivi le voyage  l’année dernière en passant par San Andrès, Providencia car le Honduras, Belize et Cuba et la Jamaïque nous attendaient.

 

Nous avons la satisfaction de s’être dépassé dans cette aventure de voyager en mer.  Nous sommes conscients que détermination, planification et confiance peuvent nous mener très loin.  Nous avons vécu des moments extraordinaires;  ces années de notre vie nous ont marqués et nous sommes fiers d’avoir relever le défi.

 

Il est temps maintenant de commencer à parler de notre nouvelle aventure en cours. 

                

 

 

 

Nous sommes québécois et nous le resterons toujours.  On s’était dit qu’au retour de  cette aventure, nous allions nous installer confortablement  dans un condo en retrait de la ville pour notre futur … et voilà que le destin nous a joué un tour.

 

Il faut d’abord dire que Bocas del Toro n’est pas sur la route directe des navigateurs.  Il faut faire un détour pour s’y rendre;  ce que nous avions fait à l’été 2008.  En novembre l’an passé, il a fallu retourner à Colon avant de repartir vers nos nouvelles destinations.  Pourquoi ? À cause des courants et des vents dominants.   Je vous parlais des contraintes possibles en navigation, cela en est une d’importance.  Comme les temps de navigation entre les escales sont plus longs du côté Ouest de la mer des Caraïbes, les navigateurs recherchent donc les routes les meilleures et les plus directes  en tenant compte des vents et des courants.  C’est pourquoi beaucoup évitent de se rendre à Bocas del Toro.

 

Mais nous, nous avions décidé de faire ce détour car nous avions du temps et nous étions curieux de voir cet archipel dont on nous parlait en très bons termes.  Donc nous sommes venus à Bocas aussi dans l’esprit de visiter certaines régions sur le continent du Panama dont Boquete très connue des touristes.  Et là nous sommes tombés en amour avec Boquete.

Nous avons été attirés à visiter des développements car le Panama offre de grands privilèges aux retraités qui voudraient s’installer chez eux. 

Au début l’idée de déménager au Panama semble impossible voire irréaliste puis avec les recherches, les commentaires reçus et les découvertes, le projet semble plus faisable.  Mais c’est encore une nouveauté dans notre vie, qu’est-ce qui nous arrive?  Et je me suis rappelée, dans la vie on peut regarder passer le train ou on peut y monter.  Le Panama offre de gros avantages aux retraités afin d’attirer le flot des gens de notre génération et ça fonctionne.  Des retraités arrivent de plusieurs pays d’Europe, des États-Unis et du Canada pour y vivre.  Tous disent avoir une meilleure vie à bien des points de vue.    

 

Pendant un certain temps, nous avons étudié les possibilités, évalué le pour et le contre, pris le temps de se sentir à l’aise avec cette idée (cela prend un certain temps tout de même);  finalement on a plongé dans ce nouveau projet.  Est-ce une folie?  Si c’est une folie, c’est une douce folie qui nous entraîne à nouveau dans un nouveau monde de découvertes.  Prendre ces décisions dans un pays où tout se passe en espagnol ( beaucoup d’anglais par contre) est un tout autre défi.  Heureusement nous avons rencontré des personnes de confiance. 

Nous avons acheté un terrain dans un développement où les promoteurs britanniques ont beaucoup d’expérience et ils vivent déjà dans ce développement.  Les maisons proposées sont de style colonial espagnol et l’environnement offre un panorama de montagnes s’élevant au-delà du canyon qui borde le développement.  Ce paysage donne une impression de sérénité et de calme. 

 

Situé dans la province de Chiriqui, le village de Boquete est en pleine expansion.  Les touristes s’y attardent pour les randonnées pédestres, les petits hôtels coquets,  les restaurants et cette nature florissante qui caractérise Boquete.  Le climat d’éternel printemps a pesé fort dans la balance.  Nous avons rencontré plusieurs navigateurs qui ont succombé à la même tentation ainsi que des étrangers établis au Panama depuis un bon moment. 

Alors voilà à quoi notre temps a été aussi occupé depuis ces derniers mois.  Il a fallu scruter le plan et prendre de nombreuses décisions en plus de proposer de nouvelles idées à ajouter dans la maison. 

 

Cette maison est en construction et nous sommes très excités de voir que le projet est vraiment en branle.  Nous y reviendrons.

 

Mais à côté de cela, il faut aussi réorganiser notre vie sur tous les plans, services de santé, services banquiers, trouver une voiture, acheter du mobilier.  Ce n’est pas si facile car la barrière de la langue nous oblige à être très expressifs.  Heureusement nous avons une base en espagnol mais nous devrons assurément la fignoler dans le futur.

 

Plusieurs étapes sont à prévoir dans le  processus de changement de résidence de pays.  Au Panama, pour nous les retraités, il a fallu obtenir un  visa de pensionado en premier lieu.  Nous avons maintenant obtenu aussi nos permis de conduire.  Nous avons commencé à trouver nos repères dans la région.

Puis il y a toutes ces démarches pour devenir non résidants du Canada.   Là aussi on apprend des choses et grâce à notre conseiller financier et à un fiscaliste, on a pu démystifier le jargon des textes gouvernementaux sur le sujet.  Mais à vrai dire on préfère laisser le tout entre les mains des connaisseurs. 

 

Voilà et pendant ce temps on semble de paisibles navigateurs en éternelles vacances.  

 

Ce qui veut dire que depuis un an, nous partageons nos pensées et nos énergies entre la vie de navigateur et la planification d’un changement de vie c’est-à-dire une résidence au Panama pour l’année 2010.  Pas simple! 

 

 

Noël est venu et 2010 fait son entrée en force.  Ici à Bocas del Toro, la veille de Noël donne lieu à des festivités dont un feu d’artifice. Nous profitons du retour de l’été au Panama c’est-à-dire des journées chaudes sans pluie pour redécouvrir le plaisir de cette vie dans la nature.  Après avoir célébré Noël avec d’autres navigateurs, nous faisons quelques heures de voile pour retourner à Starfish Bay que nous aimons  bien.  Au mouillage nous sommes le seul voilier.  Quelques lanchas ont conduit des touristes de passage à cette magnifique plage.  En fin d’après-midi, alors que tout ce beau monde est reparti, nous retrouvons le calme des lieux.  Avec ce soleil couchant, la nature se révèle; un dauphin vient flâner autour de nous, les singes hurleurs annoncent la fin de la journée et les perroquets comme à chaque jour reviennent sur l’île de Bocas en survolant le mouillage.  Une nuit étoilée veillera sur notre sommeil.

 

Le lendemain une surprise nous attendait.  Un  paquebot moyen jette l’ancre au large de la baie. L’Europa vient d’Allemagne. Très tôt l’équipage s’affère;  plusieurs gros zodiacs sont mis à l’eau et le va-et-vient de la journée commence.  Certains membres de l’équipage viennent sur la plage et mettent en place toute l’installation pour le BBQ du midi, tables, nappes blanches, parasols, chaises, bar et le dernier coup de râteau sur le sable rend l’image directement sortie d’une revue de vacances.  Les zodiacs transportent les passagers tour à tour et cette journée magnifique entrera dans leur mémoire.  Je fais un tour en kayak et je rencontre Catherina qui nage doucement.  Elle vient de Suisse et me tient conversation un bon moment. Elle me parle de choses et d’autres comme si nous étions copines depuis longtemps.  En se laissant, elle me dit que nous nous reverrons peut-être sur la mer. Encore une belle rencontre, fortuite mais fort agréable. 

 

Je suis déçue par l’attitude de plusieurs visiteurs à Starfish; ils viennent pour voir les étoiles de mer mais ne respectent pas cette nature qui pourrait bien disparaître ici à cause de l’abus de l’homme. Ils sortent les étoiles trop longtemps de l’eau souvent en les tenant par le bout d’une des pattes et les rejettent dans l’eau sans se soucier si les pauvres étoiles tomberont sur le ventre ou sur le dos. Un touriste a rejeté à l’eau l’étoile qu’il manipulait et je lui ai dit qu’elle allait mourir et c’est bien arrivé, il ne me croyait pas, il disait juste pour la photo mais il a vu peu après l’étoile morte flotter. J’ai même vu quelqu’un en déposer une sur le sable (la pauvre) après l’avoir délogée et poussée avec un bâton et l’abandonner aux chauds rayons du soleil. Elles meurent très vite avec toutes ces manipulations hors de l’eau.  Quel dommage! J’ai pu sauver cette dernière en la remettant à l’eau mais je ne pouvais surveiller toute cette activité, il y avait beaucoup trop de monde. J’ai bien parlé avec un guide de cette situation; ils en sont conscients mais ils ne sont pas assez fermes avec les gens sur la façon de faire.  Ils sont pourtant les premiers concernés car la visite des étoiles de mer pourrait devenir une activité caduque dans leurs randonnées touristiques.

 

Bon voilà à quoi peut mener une vie dans la nature, à des combats qui semblent inutiles car l’intérêt de certaines personnes pour la protection de la faune et de la flore n’est pas encore généralisé.

 

Je tourne la page ici sur l’année 2009 avec cette vue sur une jolie porte dans les mangroves que les annexes utilisent comme raccourci. 

 

 

               

                      

 

                    De retour en 2010 avec la suite de nos aventures marines et terrestres.